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DENIS PLASSARD
un homme pressé ?

… Pressé par l’urgence du temps qui passe (il l’avoue), pressé par les idées (elles se bousculent), pressé par les projets à porter “J’ai l’impression que ça va s’arrêter : il faut que je fasse vite”, pressé par ses envies, son insatiable curiosité et ce besoin de faire se télescoper univers et esthétiques différents pour provoquer les frottements et les rencontres artistiques. Denis Plassard est danseur et chorégraphe, c’est surtout l’un de ces passionnés toujours en mouvement perpétuel (plus de 30 créations depuis 1990). Après les battles hip-hop DéBaTailles, l’ironie loufoque Critique, un roman-photo muet Les cadavres se regardent dans le miroir ou Kafka (reprise de son duo Le Terrier), il s’attaque dans sa prochaine création avec la Cie Propos – Encore quelques illusions – au monde de la magie et ses tours. “Avec tous les rituels qui vont avec ! Plus que la magie, c’est le rapport à l’illusion, au trouble, qui me fascine. Qu’est-ce que c’est que l’illusion ? Comment passe-t-on d’une normalité à quelque chose d’extraordinaire ? détaille-t-il, enthousiaste. Ce n’est pas seulement la magie qui m’intéresse, mais c’est de jouer avec. Jouer avec les codes, les casser. Parfois on tente un truc bluffant, là on s’amuse à faire de la magie qui ne marche pas vraiment ou qui ne se passe pas comme on l’at-tendrait.” On y verra donc un magicien et son assistant, le duo emblématique, aux prises avec 7 tours dits de magie. “Un pour chaque principe de magie. Je les vois comme des vendeurs de cuisines, des représentants de commerce. Il y a dans la magie, pour moi, ce côté bateleurs de foire, tels ces mecs qui vendent des couteaux sur les marchés, et à l’extrême le côté mystique de la magie qui va jusqu’à la magie noire.” On y entendra aussi live un petit orchestre de poche qui viendra ponctuer les effets et souligner la performance. “Un rôle de bruitage du tour.” Il y a un 5e protagoniste sur scène, un technicien qui créera les lumières en direct. “Pas de rideau, pas de machinerie théâtrale, pas de vidéo. On montre tout, on ne cache rien. Tout est fait artisanalement sous les yeux des spectateurs. La magie, c’est aussi cela, le côté close-up, le magicien avec ses cartes devant nous qui nous embrouille. Je veux créer le trouble, le dédoublement. Qui des deux, entre l’assistant et le magicien, dirige ? Qui est qui ? Sont-ils vraiment ce qu’ils ont l’air d’être ? Tout ce jeu sur le personnage, le rôle qu’on joue.” Difficile de savoir si l’on va voir un spectacle de magie. Un spectacle de danse ? Une magie chorégraphique, résume, facétieux, Denis Plassard. “L’idée, c’est de travailler avec le mouvement. Il y a dans la magie ce rapport au mouvement : dans le cérémonial, dans les techniques de magie, dans la vitesse, dans la posture… Ce qui m’intéresse ensuite, c’est de le pousser à fond, de l’écrire vraiment, le chorégraphier. Voir comment naît l’effet magique, le multiplier, le refaire pour l’inscrire dans une écriture chorégraphiée.” Le mouvement, toujours : obsession et passion de cet artiste inventif qui n’est jamais là où on l’attend. “Je reste danseur avant tout, même si je suis curieux de tout. Avec une gourmandise du mouvement. Y compris dans les pièces les plus théâtrales. Bizarrement, je n’ai pas une conscience de la danse en tant que telle, car c’est toujours au service de quelque chose. Je me focalise sur un principe de jeu – ici, la magie et ces 2 personnages qui font des tours – et cela entraîne la danse quelque part. Toute l’écriture du mouvement va là-dessus. De là naît, par exemple sur la lévitation, un duo de portés de danse très particulier ; il y a une sorte de marionnette qui vole et l’autre qui la porte. Cela m’amène à travailler une gestuelle précise. Sur un lien aussi très sensible entre le personnage et le mouvement. On n’est pas dans un mouvement abstrait, conceptualisé ou pensé en tant que mouvement. Le magicien ou son assistant bougent. C’est le personnage à l’intérieur du mouvement qu’on voit au-delà du mouvement en tant que mouvement.” Pas d’improvisation, mais une précision diabolique dans le geste et le détail, car ce spectacle ne supporte pas “l’approximation, parce qu’on travaille vraiment sur le fil du rasoir à plein d’endroits. D’autant plus qu’on n’est pas magiciens !” Précision, un mot qui revient souvent dans le discours du chorégraphe lyonnais, presque un leitmotiv. “Je n’aime pas que cela se voie, mais je ne peux pas faire autrement. On travaille beaucoup pour qu’il y ait même un côté presque négligent dans la façon de faire, en même temps extrêmement précise. Pour les interprètes, il y a un truc assez savoureux dans ce rapport à la précision jusqu’au moment où on la dépasse et on joue avec. La prise de risque est ailleurs chez moi. J’aime bien sauter dans le vide, aller chercher à des endroits un peu gonflés : la magie, il y a des gens qui font ça admirablement bien et qui en font leur vie. Moi, je n’ai jamais fait de magie et j’y vais à fond !” Dernière minute, il part ensuite au Brésil pour une création avec les danseurs brésiliens de Mourad Merzouki avant de s’atteler à un “chœur chorégraphié au millimètre” avec 2 comédiens, Michel Raskine et Pierre-Jean Étienne. Il rêve aussi de n’être de nouveau que simple interprète… mais il n’a pas le temps, c’est un homme pressé !

Théâtre de Vénissieux, 26 et 27 janvier,
L’Embarcadère de Montceau-les-Mines, 13 mars,
Théâtre Astrée à Villeurbanne, 15 mars
Maison de la culture de Firminy, 3 et 5 avril
+ Bals au Studio Lucien, 3 décembre et 10 mars

Anne Huguet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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