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YUVAL PICK

À 41 ans, le chorégraphe Yuval Pick, ancien danseur du Ballet de l’Opéra de Lyon, a pris les rênes du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape. À l’instar de Maguy Marin, qui, tout en quittant ce centre, y laisse une forte empreinte, Yuval Pick ne se revendique d’aucun courant spécifique. “Je trace un chemin qui m’est propre”, affirme-t-il. On le croit volontiers : l’énergie qu’il déploie au CCN depuis son arrivée témoigne d’un engagement sans faille vis-à-vis de la création et du public. Comme 1ere pierre à cet édifice, il ambitionne de donner une meilleure visibilité au Centre.

Comment êtes-vous “arrivé” à la danse ?
J’ai toujours dansé, même bien avant l’intégration d’une compagnie de danse à l’âge de 16 ans en Israël. Je dansais le folklorique, le disco… J’étais toujours en mouvement. Pour moi la danse a été un choix, notamment pour mieux m’exprimer. C’est ma manière de dialoguer avec le monde.
Faites-vous un lien entre ce choix et votre histoire familiale ?
Je suis issu d’une famille laïque israélienne simple, mais très ouverte. Personne ne m’a jamais poussé ni dirigé dans telle ou telle direction. Au contraire, on m’a toujours laissé une porte ouverte… On m’a donné la liberté ! En effet, un mec qui dansait dans les années 1980, ce n’était pas si courant que cela ! Pour moi, l’identité d’Israël a été plus forte que celle de la religion juive. La formation à la danse folklorique israélienne constitue une partie de la nouvelle identité de la diaspora juive, c’était une façon de revendiquer une autre manière d’être ensemble.
Quelles sont vos priorités au CCN ?
J’ai toujours rêvé de diriger un lieu de création. Créer, c’est résister à une réalité, c’est offrir des solutions pour continuer… Ici, il y a des missions assez complexes : celles des résidences et celles du travail avec les publics. Ce que j’ai envie de faire en premier, c’est de donner la possibilité au public de bien identifier ce lieu.
Vous avez le sentiment qu’il manquerait de visibilité ?
Oui, cela manque déjà à l’échelle de la ville. Il y a 72 nationalités ici ! Tout le monde ne désire pas forcément voir de la danse contemporaine, mais j’ai envie que les gens sachent que ce lieu existe. En novembre, nous avons organisé un 1er événement, intitulé “Bonjour !”, où le public a pu assister gratuitement à des performances et des spectacles. C’est un 1er geste d’ouverture.
Et au-delà de Rillieux ?
Oui, j’aimerais aussi inverser un peu la tendance qui fait que tout se passe toujours à Lyon, et faire en sorte qu’il y ait des temps forts également à Rillieux : autour de la Biennale de la danse, et plus proche dans le temps, en mars 2012, il y aura des événements au CCN dans le cadre de Musiques en scène.
Mais vous, personnellement, qu’allez-vous chercher dans cette nouvelle fonction ?
D’abord, comme je travaille sur l’écriture corporelle, j’ai la nécessité d’inscrire mes projets dans la durée. Ici, c’est désormais possible. Ensuite, je suis un immigrant, et l’existence des étrangers est beaucoup liée à l’adaptation. Or, si l’on peut décoder la langue, des comportements sociaux, on ne peut pas décoder les non-dits. Dès le début, j’ai senti qu’avec mes capteurs corporels je pouvais transformer toute cette communication non verbale en mouvements, en sensations, par la danse. Pour moi, un lieu de création, c’est aussi pouvoir décortiquer les non-dits d’une société dans laquelle je n’ai pas grandi, et donc questionner un héritage sociétal.
Pourquoi avoir choisi la France ?
Tout le monde fait un amalgame avec la culture juive, ancienne, et la culture israélienne, très jeune. J’ai vécu dans un pays très jeune, et si j’ai senti que j’avais une attirance pour l’Europe, et la France, c’était sans doute par besoin de m’appuyer à un mur culturel plus fort que celui dont je disposais dans mon pays. Mais j’apprécie aussi les jeunes pays qui gardent une certaine fraîcheur. En Europe, on sent une certaine décadence, de la stagnation.
Vous voyez donc le CCN comme une sorte de… centre de réanimation ?!
La création doit apporter de la fraîcheur, donner la possibilité de porter un autre regard sur le monde pour compenser cette stagnation. Les gens sont très pessimistes : nous devons réfléchir à ce que nous pouvons proposer pour qu’ils changent de regard sur le monde. Créer, c’est résister, et résister, c’est aussi espérer !

Caroline Faesch


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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