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MILKYMEE

Derrière Milkymee se cache Émilie Hanak, petite brune au caractère bien trempé tombée dans la musique dès son plus jeune âge – dans la famille, il y a aussi les frères JB et Fred, soit le duo furieux de dDamage. Premiers émois punkisants et premiers morceaux électro-punk, la suite (le prometteur Songs for Herr Nicke en 2006) sera plus éthérée, voix fumée et harmonies aériennes à la guitare. Elle enchaîne en 2010 avec To All the Ladies in the Place, with Style & Grace, soit 14 petites vignettes sonores à l’orchestration bigarrée (avec ukulélé, banjo, viole, mélodica) qui papillonnent dans les styles (folk minimaliste, country, rock rageur voire grunge ou pop guillerette), et participe même à la BO de Domaine de Patric Chiha (avec Béatrice Dalle). La voilà propulsée à la une des nouvelles filles qui comptent, à l’instar des Vale Poher et Amélie.

C’est l’échappée suédoise qui vous a donné des envies de folk ?
C’est l’isolement et le déracinement qui m’inspirent. Aller voir ailleurs qui je suis, prendre du recul sur mon environnement, bousculer mes habitudes… Aujourd’hui je considère la Suède comme mon second pays. La folk ?… Je ne sais pas. C’est devenu une appellation fourre-tout. Je me considère un peu comme un troubadour ou un singer songwriter à l’ancienne qui se nourrit des voyages et des expériences pour les réinjecter dans sa musique. Moi, les grands espaces, l’Amérique, les buffalos, ce n’est pas trop mon trip ! En écoutant mes albums ou la BO du film Domaine, on y entend des influences grunge, country, on m’a même dit que certains arrangements rappelaient la musique berbère. Ça m’a beaucoup amusée, car, ma mère étant d’origine kabyle d’Algérie, j’ai été élevée à coups de musique de là-bas. […] Mon truc à moi, c’est de faire de la musique. Cette année (2010), à Kyoto, j’ai monté le pan japonais de Milkymee avec du koto, de l’accordéon et du shamisen. J’ai aussi en projet de partir en Arménie, pour voir quelle couleur prendra ma musique là-bas. Ce n’est pas l’exotisme de la musique world qui me stimule. C’est de mettre la créativité à l’épreuve du hasard et des rencontres.
Comment analysez-vous votre évolution ?
Mon 1er album est éthéré, il n’y a que très peu d’arrangements, ma voix est plutôt réservée. Je ne regrette en rien ce travail, je trouve même qu’il a une grande valeur documentaire sur la personne que j’étais alors. Avec mon 2e opus, j’ai choisi de prendre mon temps (pas de studio, enregistré dans un squat, une manufacture, une vieille maison en Haute-Savoie, etc.). Je fais moins les choses dans l’urgence, je respire un peu, et mes morceaux avec. Puis je me sens moins illégitime en tant que musicienne. J’ai longtemps eu le syndrome de l’imposture… Le sentiment de ne pas être à ma place, quoi que je fasse et où que je sois : dans la musique et dans ma vie en général, je crois. Ça doit être une des raisons pour lesquelles je passe mon temps à voyager, histoire de voir si ça ira mieux ailleurs.
Vous restez une artiste plutôt confidentielle ?
J’essaye d’être libre par rapport aux médias. Ne pas me travestir pour plaire, ne pas cacher des choses importantes sur moi, des valeurs. Au risque effectivement d’être moins médiatisée, peut-être. Mais tout est une question de qualité, non ? À la fin de la journée, il faut être fier de ce qu’on a fait ! La culture de masse, je ne la cautionne pas. L’important aujourd’hui, selon moi, c’est la scène. Je vends des disques après mes concerts, je rencontre les gens, on parle. J’aime les concerts en appartement, les festivals improbables et activistes (leplacard.org, http://battantes-festival.over-blog.com). Les tournées, le do it yourself, et puis bien m’entourer, c’est ce qui compte. Ce sont les rencontres qui me stimulent. Quand je ne m’amuserai plus, je ferai autre chose.
Comment faites-vous vivre vos titres sur scène ?
Dorénavant je mets mes morceaux à l’épreuve de la scène avant de les emmener en studio. Ils grandissent à l’épreuve du réel. Mes intonations évoluent, les structures changent… Sur scène, les accents et les émotions sont exacerbés. Il y a cette volonté de communication avec le public. J’ai envie de raconter mes histoires, en me basant sur mes expériences personnelles. Ce qui se passe sur scène, c’est avant tout cette expérience commune. Il n’y a pas 2 concerts qui se ressemblent. On pense souvent que la qualité d’un concert dépend de l’état dans lequel l’artiste se trouve. Mais il ne faut pas oublier que chaque concert est également façonné par l’état de vie du public. C’est une histoire d’alchimie, une expérience humaine.

L’Épicerie moderne, 2 février - Festival Plug & Play, Kraspek Myzik, 3 février La Bobine, Grenoble, 4 février - Marché Gare, 19 février

Anne Huguet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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