ARNAUD MEUNIER RÉVEILLE LA COMÉDIE
C’est un très jeune directeur de la Comédie de Saint-Étienne qui a été nommé, cette année : le plus jeune de tous les directeurs d’un centre dramatique national. Arnaud Meunier n’en est pas pour autant un inconnu, puisqu’il a mis en scène nombre de pièces en tournée dans la région et partout en France, comme Tori no tobu takasa, une adaptation japonaise signée Oriza Hirata de Par-dessus bord de Michel Vinaver. Le metteur en scène est d’ailleurs un fidèle de cet auteur, puisqu’il va créer, cette année, une 4e pièce de Michel Vinaver – sans doute un des plus géniaux parmi nos contemporains. Un premier coup d’œil sur le programme 2011-2012 de la Comédie est assez instructif, sur ce nouveau souffle qu’inévitablement une nouvelle direction voudra donner à une si vénérable institution. Les spectacles sont plus nombreux, la communication est plus joyeuse. Discussion avec Arnaud Meunier.
Vous commencez la saison les 4 et 5 septembre par une création, 11 septembre 2001, une pièce de Michel Vinaver
C’est bien sûr un projet particulier que cette pièce, sur laquelle je travaille depuis plus d’un an avec des lycéens de la Seine-Saint-Denis. Cela nous fera commencer la saison un peu tôt, mais ce sera une façon pour moi de me présenter au public de la Comédie. Il s’agit d’un texte brut, écrit en anglais, traduit ensuite par l’auteur, sur ce drame qui secoua la planète entière. Michel Vinaver ne voulait pas écrire une fiction, il voulait graver l’événement à l’état brut et il a fait un montage de textes lus et entendus dans la presse, à la télévision, etc. Je monte ce texte avec des lycéens de la banlieue parisienne, qui avaient 7 ans à l’époque des faits, mais qui, du fait de leurs origines, ont eu une vie différente après la chute du World Trade Center de New York : l’islamophobie s’est beaucoup construite à partir de ce 11 septembre.
Je remarque que vous invitez, cette année, 2 fois Olivier Py : Roméo et Juliette de Shakespeare en novembre et son Épître aux jeunes acteurs en février. Pourquoi ?
D’abord parce que je crois que les Stéphanois ont le droit de connaître le travail de ce poète et artiste de renommée internationale, et puis c’est l’occasion de faire connaissance non avec un spectacle d’Olivier Py, mais
avec une œuvre, une démarche artistique. Chaque année, nous ferons un plein feu sur un artiste comme cela, c’est notre rôle aussi, à nous, de présenter au public de la région ce qui se fait de mieux. D’ailleurs, dans l’esprit de rendre le théâtre plus accessible, nous avons aussi créé des cartes d’abonnement plus souples, qui fonctionnent un peu comme des abonnements au cinéma, et un tarif solidaire à 5€sera appliqué pour les étudiants boursiers, les gens qui sont aux minimums sociaux. Je le dis parce que ce n’est pas anecdotique dans une ville où 40 % des étudiants sont boursiers.
Comment se sont passés les premiers mois à la tête de la Comédie ?
Cette nomination, le 15 octobre dernier, est intervenue alors que je répétais Le Problème, de François Bégaudeau, avec Emmanuelle Devos et Jacques Bonnaffé, et la première de ce spectacle a eu lieu le 6 janvier au Théâtre du Nord, à Lille [spectacle à voir en janvier au Théâtre Jean-Dasté]. Autant dire que ces moments furent intenses pour moi. J’ai voulu ensuite rapidement me mettre au travail sur cette saison 2011-2012, et je me suis attelé à définir mon projet artistique. Il fallait que cette 1re programmation soit emblématique de ce que nous allons faire durant les prochaines années.
Quelles sont les particularités de ce projet ?
Il fallait que la Comédie assume son héritage, prestigieux, et j’espérais aussi lui donner un coup de jeune. Après tout, c’était sûrement dans l’idée de ceux qui m’ont nommé ici. Nous avons donc décidé de diversifier les spectacles accueillis, d’inviter de grands noms de la scène nationale et internationale, mais également des metteurs en scène émergents, parfois de la région. Cette année, nous présentons une quarantaine de spectacles, dont 8 créés par des compagnies régionales. De même, nous allons nous associer avec la Comédie de Valence de Richard Brunel pour mettre en commun le principe de Comédie itinérante. Il y avait déjà, à Saint-Étienne, la Comédie des champs, mais disons que cette rencontre de nos intérêts communs, avec Valence, devrait nous permettre de développer le concept. Je présenterai dans ce cadre, en octobre et novembre, En quête de bonheur, un spectacle qui peut se jouer partout, aussi bien dans les bars, les salles des fêtes ou les prisons…
Et il y a un changement d’image. C’est un signe fort, pour le public, non ?
Ce changement n’est pas anecdotique, en effet. J’ai demandé une communication plus en direction des gens, moins institutionnelle. J’ai donc demandé au photographe Sacha Goldberger de faire des photos de gens normaux, dans leur vie quotidienne, mais dans les vêtements pêchés dans le vestiaire de la Comédie de Saint-Étienne, ce qui donne des images fantastiques. Cette image rajeunie, je voulais surtout qu’elle s’adresse aux gens.
Et il y a l’école de la Comédie
… dont nous fêterons la 25e promotion. J’ai bien l’intention de renforcer cette formation, avec des interventions d’artistes programmés à la Comédie, et nous allons chercher à créer un système d’insertion de nos jeunes comédiens, grâce à la région Rhône-Alpes, avec une aide à l’emploi… L’ambition serait que cette école soit de plus en plus reconnue.
11 septembre 2001, 4 et 5 sept., Comédie de St-Étienne Mythomanies urbaines, 28 sept. au 1er oct, en déambulation
Étienne Faye
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