ALICE ET MATHILDE BURGUIÈRE
C’est venu comme ça, l’idée d’offrir à Alice et Mathilde Burguière cette invitation. L’invité du mois qui devient les invitées du mois. Deux sœurs jumelles pour un texte qui nous parle d’elles et de la grande famille des Ogres de Barback, une belle aventure qui naquit en 1994.
Nous avons toujours été bordéliques, touche-à-tout, sans limite. Nous sommes quatre frères et sœurs, nés d'un père musicien et une mère «tolérante». Les murs et les armoires de notre maison étaient truffés de toutes sortes d'instruments sur lesquels on avait le droit de taper, gratter, souffler... Tout nous était possible puisque nous n'avions aucune pression. Nous partions faire des concerts dans des bars et faire la manche sur les marchés juste dans le but de s'amuser et de se faire un peu d'ar-gent pour mettre de l'essence dans le camion, afin de pouvoir mieux repartir. Pas du tout pour faire carrière! Nous avons donc multiplié les instruments sur scène (tant que ça rentrait dans le coffre) sans nous soucier de virtuosité. Les chansons venaient comme ça, une par une, les histoires racontées reflétaient souvent ce que nous avions vécu la veille au soir... Avec, souvent, des textes sombres sur des rythmes endiablés! Pour faire quand même guincher. Nous avons toujours attaché une importance particulière aux propos véhiculés à travers ces histoires de petites gens. Nous ne parlons jamais de petites fleurs (qu'elles soient bleues ou roses) mais plutôt de ce qui nous révolte, nous questionne. Nous cherchons toujours à suggérer une réflexion, plutôt que d'imposer un point de vue, en prenant bien garde de ne jamais nous poser en donneurs de leçons. Nous avons donc, dès le début, eu l'image d'un groupe «engagé». Et ce n'est pas pour nous déplaire. Puis la passion de «l'arrangement» est arrivée. Comme chaque instrument semblait élargir le champ des possibles (fanfare, violonades, musette ou rock....), nous en avons fait notre spécialité. Plus de quinze ans après, notre scène ressemble à une grande brocante musicale. Elle reflète ce que nous sommes. Tout comme nos lieux de vies. Dans une caserne désaffectée (La Caserne Bossut à Pontoise, Val d'Oise), un immense lieu mis à disposition d'artistes et d'associations, nous avons établi notre résidence durant cinq ans. Depuis le temps que nous vivions dans la région, que nous y montions des projets, y donnions des concerts, y collaborions avec d'autres artistes, cet espace commun de création artistique s'est imposé à nous comme une évidence. Et nous nous y sommes quasiment installés les premiers. Nous y avons placé nos caravanes, nos barbecues, et une grande toile de chapiteau nous y a servi de cuisine. Nous y avons également loué un hangar et un bureau. En fait, c'est presque un quart de cet immense espace que nous avons investi à nous tous seuls. L'ancienne maison de l'adjudant-chef nous a même servi de studio d'enregistrement. Enfin un lieu à la taille de nos espérances et de notre bazar géant ! Qui se sera avéré un vrai lieu de création et de rencontres.
En parlant de rencontres donc, nous voilà avec de nouveaux voisins. Par ici des circassiens, par là des danseurs, des plasticiens, et, bien sûr, des groupes de musique à foison. C'est à cette période que s'imposent à nous l'envie et le besoin de créer un spectacle un peu plus «travaillé» que d'habitude, qui aille au-delà d'un simple concert. Nous fréquentons le monde du cirque, et c'est comme une évidence que nous demandons à Boris (de la famille Zampanos, nos voisins de Caserne) de nous accompagner sur scène lors de nos futures représentations. C'est la première pierre dans la construction d'une véritable «identité» de spectacles, s'articulant autour du partage sur scène, que ce soit avec Boris, ou avec d'autres musiciens comme la Fanfare du Belgistan ou encore les Hurlements d'Léo. Mais aussi avec une vraie volonté de scénographie, voire de mise en scène, un décor souvent imposant, des jeux de lumière très travaillés, et l'intégration ces dernières années de la vidéo.
A tous ces projets un peu farfelus s'ajoute une grande soif de liberté qui a toujours été présente au fond de nous même, et qui nous caractérise encore aujourd'hui. Nous fonctionnons dans l'indépendan-ce la plus totale. Nous n'avons ni maison de disque, ni tourneur, ni producteur, ni éditeur... Ce sont nos propres structures, gérées par des amis de longue date, qui prennent en charge tous ces domaines. Ce qui nous a toujours permis de privilégier nos envies artistiques face aux enjeux commerciaux auxquels nous aurions été confrontés si nous avions suivi le chemin habituel des artistes «signés». En prenant du recul sur les dix-sept années que nous venons d'effectuer «la tête dans le guidon», nous sommes persuadés que nous n'aurions jamais pu faire autrement. Parce que nous tenons trop à pouvoir faire aboutir tous nos projets, en en maîtrisant tous les aspects. Aussi singuliers soient-ils. Pour cela, nous sommes bien évidemment entourés d'une solide équipe de gens aussi têtus et fous que nous. Aujourd'hui environ quinze personnes vivent du projet «Les Ogres», et nous sommes fiers de faire la preuve que, malgré les aléas et difficultés du métier, il est toujours possible d'être complètement indépendants, et de vivre en marge du système imposé. Nous sommes en quelque sorte des artisans de la musique.
Un livre : La pissotière de Warwick Collins, un livre sur la tolérance. Une confrontation entre rastas et homosexuels, dans un décor de toilettes publiques au cœur de Londres.
Une expo: Au coeur de l'Ardèche méridionale se déroule deux fois par ans le festival Bann'Art, festival d'art singulier. Pendant une semaine, le village de Banne se transforme en un magnifique lieu d' exposition. On y admire des œuvres colorées et farfelues d'une quarantaine d'artistes.
Un spectacle : Albatros, de Fabrice Melquiot, par Humani Théâtre C’est l’histoire drôle et bouleversante de Casper et Tite Pièce, deux enfants de 12 et 10 ans, à la fois normaux et exceptionnels. Au lieu d'aller à l'école, ils ont l’habitude de se retrouver à un carrefour pour regarder les voitures et les hommes en noir qui en sortent. Une école buissonnière pour se réconforter et rêver ensemble à une vie meilleure. Nous avons aimé cette mise en scène qui mêle énergie et émotions, humour et fantaisie, tendresse et rage. C'est un spectacle pour enfants, et pourtant nous (adultes) en sommes ressortis bouleversés, la larme à l'œil... Et nous aimons aussi les questionnements et débats qu'elle peut engendrer entre parents et enfants, notamment sur la mort, le sens de la vie et les choix que l'on doit tous faire un jour ou l'autre.
|