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MATHURIN
BOLZE

Mathurin Bolze est artiste de cirque (acrobate et trampoliniste entre autres), il est également danseur ou metteur en scène. A la fois concepteur et interprète, il poursuit au sein de sa compagnie MPTA (les Mains les Pieds et la Tête Aussi) un travail exigeant, défricheur et plein d’humanité qui n’a de cesse de réinterroger les arts du cirque et les arts de la scène. A la croisée des genres entre cirque, danse et théâtre, ses spectacles défient l’apesanteur inventant de nouveaux rapports à l’espace et questionnent sans relâche les notions d’enfermement, d’identité, d’altérité, de corps, de mouvement, de danger ou d’enjeu physique.

Ce rendez-vous avec le …491 était pris depuis longtemps, il m’offre l’occasion d’une rencontre sous une nouvelle forme avec les lecteurs qui sont aussi spectateurs. Une sorte de correspondance redoutée, car l’écri-ture et la parole ne sont pas les arts auxquels je me confronte habituellement au plateau. Je pense et je penche plutôt pour les arts du mouvement, la recherche de la voix des corps et de leur chant. Mais dans le contexte de cette page blanche, je vous propose un aperçu des différents projets qui font l’actualité de la compagnie Les Mains, les Pieds et la Tête aussi.
Aujourd’hui, l’actualité nous rattrape. Il se trouve des moments rares où les petites histoires rencontrent la grande, celle des révolutions et des enthousiasmes, celle du flot des émotions contenues qui soudain explosent en d’immenses colères, en des gestes de courage, de résistance, de solidarité qui nous secouent et nous en remontrent sur la vitalité citoyenne. On finissait presque par penser que nous vivions ici en France dans une situation normale, et voilà que le mouvement surgit là où on ne l’attendait pas, ouvrant l’espoir de nouvelles organisations humaines, d’un rapport de forces changé, d’une remise en cause des pouvoirs, d’un souffle de liberté. Il faut s’en réjouir avant d’en avoir peur, c’est ce que j’ai perçu de mes amis tunisiens, lors de folles embrassades.
Dans quelques jours, nous allons jouer notre petite histoire,
Ali, à Tunis avec Hedi Thabet, héron belgo-tunisien. Raja Ben Ammar, qui dirige le festival Danser à Tunis avec l’association Mad’art à Carthage, nous invite à rejouer ce spectacle en ces temps où les théâtres redeviennent emblématiques d’espaces de résistance, de liberté, d’échanges, de points de vue singuliers et d’écoute collective. Je suis heureux d’y être invité.

Ali, c’est une histoire d’amitié qui a pris la forme d’un spectacle. Comme souvent, ce qui n’est pas prémédité contient une profonde intensité. C’est une fleur sur notre chemin sur laquelle nous veillons et qui n’est pas fanée. Nous n’avons pas fini d’y puiser les interrogations et les joies contenues dans l’amitié, l’altérité et la fraternité. En ce moment, nous jouons aussi Du goudron et des plumes, et cette aventure est réjouissante car elle fédère et fait exister le projet de la compagnie. Sans cesse, il nous faut trouver le point d’équilibre entre la fidélité à ce projet et la possibilité/nécessité pour l’équipe de travailler à d’autres aventures. Cet équilibre passera par un rapport permanent à un lieu dédié à la création, un lieu physique de rencontres et de déplacement des imaginaires. Ce projet existe, nous l’avons conçu lors de ma candidature au Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape. Nous continuons de travailler à sa réalisation.
Le futur proche nous promet de belles aventures avec UtoPistes du 9 au 22 mai prochain au Théâtre des Célestins. Leur proposition d’occuper les lieux sera l’occasion de présenter, dans l’espace revisité du théâtre, des spectacles et des créations qui s’attachent à l’invention de nouveaux langages et à la transversalité des arts. Ce temps fort se déroulera au travers de soirées composées, conçues comme des parcours liant des propositions artistiques hétéroclites aux multiples résonances. Les spectateurs se verront invités, depuis leurs premiers pas sur la place des Célestins, jusqu’à l’intimité de la salle. L’événement UtoPistes est pour nous un grand plaisir, celui de rassembler un public et des artistes dont les parcours se questionnent et se complètent, s’opposent ou s’influencent, et trament ensemble un bout du paysage possible des hommes.

Rédigé le 7 mars 2011.

Livre -Sur le théâtre de marionnettes de Kleist Pour cette phrase qui devrait hanter tout danseur circassien : “L’affectation apparaît […] au moment où l’âme se trouve en un point tout autre que le centre de gravité du mouvement.”

Musique - Colin Stetson
Solo d’un souffleur soufflant qui multiplie les prises de son de ses respirations et des mécaniques de l’instrument. Un homme-musique. Plusieurs voix en une.
Danse -Park-in-Son Récit autobiographique et chorégraphique de Giulio D’Anna. Lauréat 2011 du festival Equilibrio à Rome. Ce spectacle de 20 minutes devrait se prolonger dans les mois qui viennent pour aboutir à une forme longue. Avec humour et distance, il promet une percée émouvante dans la vie d’un fils et de son père, tous les deux présents au plateau. Des gestes qui sont beaux ainsi représentés.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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