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VIVRE LIBRE OU MOURIR

Le Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation (CHRD) présente jusqu’au 18 septembre une exposition singulière baptisée “Traits résistants” et destinée à se représenter l’évolution de l’image de la Résistance dans la bande dessinée, de 1944 à nos jours. De La bête est morte !, Vaillant ou Coq hardi jusqu’à De Gaulle à la plage et Résistances, en passant par Tarzan, Il était une fois en France ou Le Journal de Pif (etc.), les journaux, périodiques et albums ainsi exposés permettront à un public intergénérationnel de se remémorer certaines planches croisées à un moment de sa vie, mais aussi d’apprécier la qualité de la production actuelle. Quand l’histoire du 9e art épouse celle de la Résistance pour des aventures hautes en couleur.
Entretien avec Xavier Aumage, commissaire de l’exposition et archiviste du musée de la Résistance nationale (MRN).

En quoi consiste votre travail d’archiviste au MRN ?
D’une part, accueillir les chercheurs en essayant de les orienter quant à leurs investigations, et, d’autre part, la collecte de dons, quasiment quotidienne au musée. Il y a ensuite tout un travail de classement et d’in-ventaire, sachant que le MRN est à la fois Musée de France et possède une collection dévolue aux archives nationales. Nous avons par exemple récupéré dernièrement un fonds d’archives exceptionnel lié au tournage de La Bataille du rail, le film de René Clément.
Comment a germé l’idée d’une telle exposition ?
C’est une longue histoire… Avant d’entrer au musée, mon travail universitaire s’articulait déjà autour de la transmission de la mémoire de la Résistance à travers la littérature de jeunesse, et il se trouve que j’ai rencontré il y a 3 ans le scénariste de BD Jean-Christophe Derrien alors qu’il était venu faire des recherches au MRN. Nous avons ainsi travaillé ensemble jusqu’à ce que sorte le 1er opus de la série Résistances (éd. du Lombard) en juin 2010. Dans le même temps, Isabelle Doré-Rivé, conservatrice du CHRD, m’avait également sollicité pour être commissaire de cette exposition “Traits résistants”. En plus des périodiques, journaux, livres et objets d’époque (…) que nous avions prévu de présenter, nous avons décidé avec M. Derrien que 2 albums de BD seraient élaborés en parallèle à l’expo ! L’un réunissant 9 illustrateurs différents et m’ayant finalement permis de concevoir le synopsis de “Traits résistants”, et l’autre (dont nous présentons les différentes étapes de la réalisation) qui s’intitulera Vivre libre ou mourir et qui paraîtra à l’automne 2011. Au final, nous avons une exposition à la fois d’art et d’histoire, qui est le fruit de 10 ans de recherche.
Et qui souhaite interpeller les jeunes générations ? J’ai pu assister lors du vernissage à un échange entre un grand-père et son petit-fils comparant leurs lectures respectives (Coq hardi versus L’Histoire de France en BD), et je crois que cette expo peut ainsi stimuler un dialogue intergénérationnel, sur un sujet qui n’est pas forcément facile à aborder. La BD fait de surcroît référence à des moments de notre vie différents ; notre jeunesse, bien sûr, mais pas seulement.
“L’exposition reprend cette clef de lecture universelle qu’est le conte…” C’est effectivement cette transmission de la mémoire de la seconde guerre mondiale par un grand-père à ses petits-enfants dans La bête est morte ! (de Calvo, paru à la Libération) qui m’a aidé à construire l’expo- sition. Dont l’objet est bien de raconter une histoire (l’épopée de la Résistance), mais aussi de savoir comment la représentation et le traitement de cette histoire ont évolué à travers le temps dans la BD.
Évolution il y a bien eu, et vous en présentez les grandes étapes…
Oui, sachant que l’évolution la plus nette est constatée depuis une dizaine d’années : la Résistance est désormais systématiquement abordée sous l’angle humanitaire, avec notamment l’aide aux personnes persécutées durant la guerre.
Comment l’expliquer ?
De par le processus de repentance que connaît la France depuis plus de 20 ans, spécialement en ce qui concerne les mesures prises par le régime de Vichy (et donc l’État français) quant aux déportations des juifs. Le discours de Jacques Chirac au Vel’ d’Hiv’ en 1995 fut un peu l’apogée de cette période et a amorcé une nouvelle ère, tant à travers le cinéma que la BD, qui s’approprient à leur manière le devoir de mémoire. En traitant également des sujets longtemps tabous comme la collaboration.
Une œuvre de fiction (la BD) peut-elle faire bon ménage avec des faits historiques ?
Il existe en l’espèce de nombreux albums de BD construits à partir de témoignages et d’histoires vraies, et il y a effectivement beaucoup de fictions qui nous renvoient à l’imaginaire collectif. Et c’est la même chose au cinéma, par exemple dans Inglourious Basterds, lorsque Tarantino réinvente à la fin de son film la mort d’Hitler dans un cinéma à Paris… C’est bien sûr de la fiction, et grâce au libre arbitre on sait comment recevoir cette fiction en termes de ressenti. Il est quoi qu’il en soit primordial que la BD et le cinéma continuent symboliquement de nous raconter des histoires, fictives ou non.
Fin de l’expo avec la BD SF (science-fiction), qui, via l’influence des comics américains, effectue une sorte de parallèle entre résistants et superhéros !
Parce qu’ils ont des points communs : souvent une double vie, voire une double identité, parfois un événement douloureux qui leur fait franchir le cap et combattre le mal de façon héroïque, etc. Sans éluder non plus leurs divergences, puisque de prime abord la spécificité du résistant n’est pas d’être invincible comme le superhéros. Il n’a pas non plus de costume spécifique (!), mais a plutôt vocation à se noyer dans la foule… Entre Superman et L’Armée des ombres, il y a du chemin à parcourir.
Imaginez-vous une suite à cette exposition ?
Cette exposition est pour nous le début d’une aventure qui en appellera d’autres ! Mais la première suite, c’est la parution prochaine de l’album Vivre libre ou mourir.

“Traits résistants”, jusqu’au 18 septembre au CHRD

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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