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Loin de s’endormir sur leurs lauriers, les Stéphanois de Brain Damage continuent sur leur lancée et sortent un 5e album, Burning Before Sunset, qui une fois de plus prend son monde à contre-pied. Si le précédent, Short Cuts, véritable patchwork sonore, partait dans tous les sens avec ses voix et ses collaborations multiples, retour ici, presque aux sources, avec un travail à deux (basse/Raphaël + machines/Martin), sur lequel seul le poète Black Sifichi, véritable 3e membre de fait, vient déclamer ses textes énigmatiques. Pour un résultat assez bluffant entre ambient et dub spatial qui nous plonge dans des abysses infernaux. Sonorités aquatiques, nappes de synthés inquiétantes, claviers oppressants, beat lancinant de la percussion qui vous pousse à l’apnée, voix d’outre-tombe de Sifichi qui rend l’atmosphère un peu plus irrespirable : Brain Damage nous offre un voyage au bout de l’enfer (47 minutes et 12 titres) assez magistral. L’entrée en matière avec There is a wind résumerait presque tout l’album, tant il est beau et proche de l’alchimie parfaite. Visite guidée avec Martin, l’homme aux machines.
Peut-on parler d’album-concept cette fois encore ?
On peut dire qu’il y a des idées fortes : faire ça à deux, revenir à ce qu’on faisait à nos débuts, peu de prises instrumentales, peu d’interventions vocales. L’idée était de ne s’entourer d’aucun invité, à l’exception de la présence, sur chacun des titres, de Black Sifichi, avec lequel on travaille maintenant depuis 4 albums (depuis Ashes to Ashes, Dub to Dub). Je crois qu’on aime bien bosser avec des contraintes parce qu’on a l’impression que ça nous libère (comme sur le Short Cuts, où l’on ne devait pas dépasser 2’) ! Là, on s’était fixé de ne pas avoir plus de 15 à 20 secondes de texte (pour ne pas étouffer la musique), genre 3 ou 4 phrases. Il a vraiment joué le jeu en écrivant des espèces de haïkus psychédéliques new-yorkais-parisiens-écossais, comme il en a le secret. C’est assez barré, c’est de la poésie, mais ce n’est jamais dénué de sens et d’intention.
Qu’apporte Black Sifichi à votre musique ?
Il apporte une présence humaine supplémentaire. Ce n’est pas évident parce qu’on bosse surtout avec des machines (même si on fait des prises acoustiques et que Raph joue de la basse). Il vient contrecarrer cette rigueur générale en apportant ce grain. On a l’impression que son timbre de voix colle à notre musique, à ce qu’on fait, ce qu’on veut. Il y a aussi une vraie dimension au niveau du texte – même si ça échappe aux trois quarts des gens qui ne sont pas anglophones ! – qui correspond assez bien à ce qu’on peut vouloir exprimer au niveau de nos sons et de nos compositions. Ensuite, ce n’est pas un homme de slogans au militantisme facile, c’est toujours fait finement et ça nous va bien parce qu’on s’y retrouve
Un album très sombre, non ?
Très dark, ça c’est sûr. Froid, pas nécessairement accessible à n’importe qui, n’importe quand, à n’importe quelle heure. J’ai aussi l’impression que c’est le cas de chacun de nos albums. On a essayé de mélanger les prises de sons (instruments, électroacoustiques), il y a plein de bruits super organiques, il y a plein d’éléments liquides, de fluides, d’eau…
Vous aviez envie de quoi sur cet album ?
On le voulait plus monolithique avec un son du début à la fin. Alors qu’il y avait plusieurs couleurs sur nos albums précédents. Il est beaucoup plus axé sur les rythmiques basse-batterie, même si elles sont très simples et plus robotiques. Raph joue ainsi de la basse sur tous les titres.
On vous a souvent qualifié de cérébral, vrai ?
On va dire que l’on est un peu cérébral lorsqu’on est en studio. Mais ça redevient rock’n’roll et sueur sous les bras dès qu’on est sur scène ! Oui, je cogite beaucoup, on passe beaucoup de temps à tourner en rond lorsqu’on est en studio. Après, je crois que ça fait aussi des albums que tu peux écouter plusieurs fois, de plusieurs manières différentes, parce qu’il y a plusieurs angles ou dimensions à choper dedans. Ce qui n’est pas du tout le cas du live, qui est frontal, où ça joue super fort.
Brain Damage version scène ?
Par expérience, on le sait, il faut prendre les titres qui ont un peu de tempo, parce que sinon c’est très difficile de jouer nos morceaux les plus ambient. Brain Damage sur scène, ce sont 2 musiciens (machines + basse), il n’y a pas de vidéo ni de projection, et faire de l’ambient comme ça à deux c’est très difficile. Donc on prend les morceaux plus speed, on leur donne une couleur plus rugueuse, à savoir Raph change un peu ses lignes de basse, moi je vois ce que je peux faire au niveau du mix avec des trucs inventifs. Je travaille avec des machines, mais je ne suis pas DJ ! Moi, j’ai vraiment le sentiment de jouer des chansons, il n’y a pas d’enchaînement, c’est 1-2-3-4 et quand c’est fini, c’est fini. Ça nous plaît de développer ce côté-là frontal et énergique.
Reperkusound, espace Double Mixte, 9 avril Festival Lumières sur la Bastille, Grenoble, 28 mai
Anne Huguet
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