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CLAIRE RENGADE

Le CERN, c’est incidemment que nous y sommes allés. On est en résidence à Château Rouge à Annemasse, et à ce moment-là la presse n’était pas partout pour en parler, on est en 2008 et dans la rue on me dit oui tu n’as pas entendu parler de la particule Dieu (Annemasse ils sont loge 1 ils entendent tout). Et tu ne sais pas qu’il y a un anneau sous terre, même qu’il ferait disparaître la Terre l’Univers nous avec dans un trou noir ah bon j’ai dit je peux y aller ? J’avais le trac comme avant de naître un trac joyeux plein de curiosité j’ai dit on y va. Oh pour rentrer ce ne sera pas facile vous connaissez quelqu’un ? On y est allés on connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un il y en a toujours un. Pour remonter aller partout sur les travaux interdits du TGV on s’était déjà James Bondés, on adore aller là où finalement c’est pas prévu qu’on soit, c’est comme cela qu’on invente en compagnie c’est comme cela que j’écris, pas loin loin dans la géographie mais loin de moi vers ce que je ne connais pas, en jouant. (J’en profite au passage maintenant que je le sais, la particule Dieu c’est un boson et Dieu n’y est pas et en ce qui concerne la disparition c’est pas un scoop soyez rassurés en confiance absolue et sous le manteau c’est sûr que vous disparaîtrez, mais pas de la façon prévue.) On y est allés on a vu, radioactivés. Les grands tunnels et les machines sous terre il y fait chaud, les écrans de toutes les époques de monstrueux en nano il y a surtout, et ça c’est la merveille absolue, du j’invente à tour de bras. Ça se construit du prototype pour faire marcher le prototype, on chante, et quand on parle c’est pour longtemps à plein, on est adoptés ça échange et dans l’échange on crée. On parle toutes les langues on s’invente en parlant, le cernglish c’est pas méchant on peut approximer, et si ça marche c’est adopté. Néo direct dans la boîte à parler à tous. Je saute les étapes, on vire documentés mais je n’écris pas ça. J’entends j’écris et vice versa. J’écris à cause des chercheurs, des physiciens des chefs de train des secrétaires, pompiers vidistes paysans fromagères enfants joggeurs, le nez sur continent, je plonge le texte re d’où il vient. Ça s’écrit de plusieurs façons mais il y en a une optimale : quand c’est indécidable c’est rond, en un mot au cœur des directions, on est suspendus entre. Ça fonctionne les mots en volume, ça tâche les doigts de les dé-brailler. Les acteurs ont d’énormes fesses et des seins débaroulés partout on peut, grossir avec le son seulement, toucher les lignes de fuite, paroler c’est de l’air qui traverse tout. C’est incroyable à l’intérieur, on s’au- tocolle sur nos parois oui, ils l’ont dit les géomètres et les cryogéniens, la physique a de la peau à l’intérieur le monde vibre, de tous les organes on est le contenant puis pof, c’est vide, on est un tube à vent, sans gorge, groggy. L’air monte à la tête tellement qu’on a vu des migraines, des étourdissements, des révolutions. Postons-nous à entendre avec les mains, on va se mélanger les instruments. Il faut beaucoup de monde il faudrait qu’on soit cent. D’accord on dit cent, des chœurs et des soufflants. Il y a même un compositeur. Radek compose et on touillera tout. L’interprétation c’est de la traduction, c’est cela mitonner. À l’oreille tout se voit. Le texte en braille est mutant, je le vois chez les écrivants.

Par exemple au festival Essayages (textes mi-cuits par leurs auteurs, qui vient d’arriver via Sébastien Joanniez, et là ce sera dans deux ans, vivement !) Corinne Lovera Vitali, regarde ses mains les mots dans les doigts elle a, elle donne des coups dans la page quand ils sortent elle tape oui elle assomme, elle tient le texte par le collier c’est du texte amicalement latté, un bétail, qu’elle garde à mi-dompté. Marion Aubert quand elle lit, parole le texte le bras en l’air elle se pend au texte sous vos yeux, et l’autre main les pages elle dit tenu les pages précis vers braises les pages à travers je suis le volcan. Ce sont des prête-corps les texteux devant vous : ils écrivent du dedans, vous entrez dans le piano ! Ce sont vos mots qui explosent en un tout retenu, les grandes fusées boum très grand (page 14) déploie ment ralenti, boum on croit que c’est nous qui l’avons produit, c’est mon ventre ça ? Les mots dits d’Emmanuel Darley sont des figurines qui dansent, ils tombent de sa bouche ventre rebondi, ils riment dans le tempo, au bord chuchoté des lèvres ce sont des mots qui se sont levés tôt. Marie Dilasser a une voix du dedans qui parle d’ailleurs d’elle, si si elle lit son texte d’outre-part. (Elle c’était à Débordement d’auteurs à Vienne, on y reviendra, déjà pistez Sylvain Levey qui en parages a juré de rester musicien.) On garde des textes mais les auteurs en sont, et en vivant tout s’écrit. C’est inégal on me dit. Non mais regardez : les acteurs écrivent, entre eux et le texte il y a leur texte à eux tendu sans l’auteur le danseur parle le chanteur a tout dit. Tout comme les écrivains 3D qu’on dit “metteurs”, Marthaler orfèvrerise l’espace sonore en nommant muet, quand Pommerat dédouble le texte à vue. Je tremble, c’est un titre, et c’est votre état itou. Googlisez-les pour rien manquer, si jamais. Ou foncez sur Rasposo pour pleurer debout sans un mot. On va charger les mots du décor, on va faire un lâcher de mots autonomes. Laissez-vous suspendre. Et pour de l’oral en barre et du texte mutant lisons La vie est un caravansérail de Emine Sevgi Özdamar, Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal ou Lise de Corinne Lovera Vitali. Grande musique garantie.

Les Terriens / petit mémo Chantier 1 / L’oreille dans nos brouillons le 20 novembre on sera nus (NTH8, 17 heures). Chantier 2 / Conviés les chœurs entiers le 19 février [buffet] (Château Rouge, 19 heures). Troisièmement : automne 2011 : Les Terriens, création à Genève et non loin de chez vous.

Slash Gordon issu de la compagnie Théâtre Craie vient de sortir son premier disque, On ne peut pas le dire autrement (myspace.com/slashgordon), sur des textes de Claire Rengade. Concerts en septembre, décembre, janvier, avril… Renseignez-vous!


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JANVIER N°155
Festival du Film Court
Le Rize
Sylvie Mongin Algan
Le Sonic

FÉVRIER N°156
Gilles Verneret
Agapes-Jazz
Karelle Prugnaud
Sandrine Lano

MARS N°157
Thierry Serrano
Jean Lacornerie
Cathy Bouvard
Printemps Hurlants

AVRIL N°158
Reperkusound
Assises Internationales du Roman 2010
Gilles Chavassieux
Brain Damage

MAI N°159
Margot Carrière
Claire Rengade
Catherine Hargreaves
Clara Arnaud
Genevieve Brissac
Sophie Broyer

JUIN N°160/161
Les Invites
Musiques Innovatrices
Balades d'été
François Beaune

SEPTEMBRE N°162
Bruno Amsellem
Paroles de metteur en scène
Biennale de la danse 2010
Stéphane Bonnard

OCTOBRE N°163
Amphithéâtre de l'Opéra
Claire Rengade
Jean-Philippe Salério
Vincent Bady

NOVEMBRE N°164
Sarah Fourage
Bruno Boëglin
Gislain Drahy
Brion Gysin

DECEMBRE N°165
Lionel Martin
Alfredo Arias
Nicolas Ramond
Martin Zimmerman