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NICOLAS RAMOND,
EN CONSTRUCTION

Nicolas Ramond est de ces artistes peu connus, qui n'ont pas l'honneur des grandes scènes, et qui ne sont, pourtant, jamais tout à fait absent du paysage de notre région. C'est qu'à force d'y creuser son sillon, d'y cultiver son art et ses obsessions avec la constance et la personnalité qu'on peut lui reconnaître, le metteur en scène a su convaincre les programmateurs les plus exigeants. Entre les formes courtes de spectacle de rue, les spectacles de salle, ses propositions artistiques ont séduit l'Orchestre National de Lyon qui lui commande régulièrement des mises en espace, et, fidèlement, le Théâtre de Vénissieux qui le programme. La compagnie des Transformateurs, qu'il dirige, est aujourd'hui associée au Nouveau Théâtre du Huitième, ce qui lui permet de trouver un peu d'espace pour travailler. Cela ne l'empêche pas de réfléchir à l'avenir, au contraire, puisqu'il voudrait lancer l'idée d'un lieu d'un genre nouveau, spécialement dédié aux répétitions des artistes de spectacle vivant, conçu avec eux et pour eux... En attendant l'édification de cette salle, Les constructeurs, c'est le nom du dernier spectacle de Nicolas Ramond. Trois personnages vont devoir construire une maison, alors qu'ils le l'ont encore jamais fait... N'est-ce pas la métaphore même de l'existence ?
Rencontre avec Nicolas Ramond.

Vos 3 personnages, Jacky, Gasoline et Boris, ne sont pas du métier, comme on dit… Alors pourquoi veulent-ils construire cette maison ?
Cela leur est imposé par les circonstances. Leur oncle Barnabé est mort, c’était un homme très riche, mais qui a préféré léguer toute sa fortune aux habitants de son village. En revanche, considérant qu’il était lui-même l’héritier d’une tradition familiale de constructeurs, il a laissé son entreprise de construction à ses neveux. Ceux-ci croyaient gagner au Loto. Et ils se retrouvent avec du travail. Vous parlez d’une déception ! Contraints de collaborer, les 3 compères vont devoir construire une maison, mais, puisqu’ils ne savent pas faire, ils vont devoir apprendre, tâtonner, échouer, et, finalement, leur maison finira par leur ressembler. Gasoline, la sœur, est la plus douée, elle sait répondre au téléphone, par exemple. Boris, c’est une brute épaisse, mais qui sait lire les plans. Et, enfin, Jacky est plutôt du genre à multiplier les bêtises, tout en étant le plus instinctif, capable de construire le parquet…
Ce que vous me racontez me fait penser à un théâtre comique, voire burlesque.
Ah, je me méfie de ce mot, “burlesque”, qui voudrait peut-être dire “drôle”… Or, si je veux assumer, avec Les Constructeurs, l’héritage de Buster Keaton, c’est aussi bien dans son acception comique que dans ses inspirations poétiques et absurdes, ou encore dans la progression de ses histoires. Dans ce spectacle, j’ai voulu une forme qui rappelle sans cesse le cinéma muet, et c’est un musicien, HC, qui fait en direct la bande-son, bruitages compris. De grands cartonnages projetés égrènent un texte, comme dans le cinéma muet. Et puis les spectateurs se rendent compte très vite que les personnages sont tout à fait mutiques, malgré les mouvements de leurs lèvres, et je crois que, placés dans cette situation, les spectateurs sont obligés de faire d’autres connexions, de solliciter leur propre imagination
Comment vous est venue l’idée de cette maison en construction ?
Plein de choses m’ont amené à ce sujet. La crise économique a remis en perspective qu’il nous faut chacun vivre sous un toit, et que ce n’est pas si évident… Il y a cette France de petits propriétaires [que vantait Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale, ndr], aussi, plein de gens sont naïvement dans cette idée. Au point même de créer ce phénomène de l’autoconstruction, qui est quelque chose d’incroyable. Imaginez-vous ces gens qui cherchent à édifier leur propre maison. Ils ne se rendent pas compte de la technicité, du coût, des difficultés qu’ils devront affronter. C’est le genre d’histoire qui, en s’allongeant dans le temps, fait exploser les couples. In fine, il faut bien se rendre compte que c’est dans une maison que l’on se protège des intempéries, du froid, des autres. Un homme dans la rue, comme il y en a tellement, vieillit plus vite : à cause du manque de repos, de la tension permanente à laquelle il est soumis. Et c’est ainsi que des familles doivent construire leur maison, de bric et de broc, dans des bidonvilles, au bord de nos autoroutes… Bref. À partir de ce thème très sérieux, j’ai voulu un spectacle pour tous, afin de provoquer le rire des enfants et, aussi, une réflexion sur notre société.

Du 1er au 3 décembre au Théâtre Jean-Vilar de Bourgoin-Jallieu Du 14 au 18 décembre au Nouveau Théâtre du 8e Les 20 et 21 janvier au centre culturel Charlie-Chaplin de Vaulx-en-Velin Du 15 au 17 mars au Théâtre de Vénissieux

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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