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JEAN LACORNERIE

TENDRE JEUNE FILLE DU MIDDLE WEST
The Tender Land
à Oullins

Un opéra. Ce n’est tout de même pas chose courante, sur une scène de région, même spécialisée dans le théâtre musical, comme le Théâtre de la Renaissance. Alors, cela ne se rate pas. Jean Lacornerie met en scène, en ces lieux qu’il dirige, The Tender Land, l’opéra d’Aaron Copland. Le directeur de la salle oullinoise est dans ce répertoire américain qu’il connaît parfaitement, en admirateur qu’il est des comédies musicales américaines et de toute cette foisonnante production des années 1950 qui n’est plus guère jouée ; il est aussi un artiste dont les projets de scène pourraient donner un peu d’air frais au genre, qui, malgré les interventions de plus en plus nombreuses des metteurs en scène venus du théâtre (les excellents Laurent Pelly, Olivier Py…), n’est pas toujours de la plus grande modernité. L’Opéra de Lyon, fidèle à sa – remarquable – politique de décentralisation, de rayonnement, coproduit ce spectacle : “Une assez petite production pour eux, énorme pour nous”, dit Jean Lacornerie. En effet, une quarantaine de personnes travaillent sur ce spectacle, la distribution est internationale, avec Elena Galitskaya la soprano russe ou Monte Jaffe, le baryton-basse originaire du Tennessee… Et puis les choristes de l’Opéra de Lyon, l’orchestre, le directeur musical Dominic Grier, des infrastructures uniques dans la région sont mis à la disposition du metteur en scène.

Rencontre avec Jean Lacornerie.

Cet opéra, c’est une histoire américaine…
C’est le Middle West de la grande crise. Celle de 1929, bien sûr. Une famille de métayers, déjà miséreuse, embauche 2 pauvres hères jetés sur les routes par le chômage. L’un d’eux séduit Laurie, la fille de 17 ans dont la maison s’apprête à fêter le diplôme, alors que le grand-père, la mère, qui ont beaucoup investi pour qu’elle fasse des études, entendent bien en tirer des bénéfices, pas question, donc, de la laisser s’enfuir. Pourtant, c’est bien ce qu’elle fera… Malgré le contexte, c’est une belle histoire, optimiste, je veux dire qu’el-le finit bien, puisque la jeune fille réussira à s’émanciper. C’est après la lecture de Louons maintenant les grands hommes, livre de James Agee, poète barjo et marxiste, et de Walker Evans, photographe, qu’Aaron Copland a imaginé les personnages de ce spectacle. Ces 2 jeunes intellectuels avaient décidé de vivre dans une famille de fermiers pendant la grande crise, et les idées comme le verbe délirant d’Agee avaient alors contribué à faire interdire le livre, jusqu’à sa réédition dans les années 1950. Copland a été frappé par 2 photographies, 2 femmes aux lèvres scellées, et parce qu’elles sont silencieuses il a voulu les faire “chanter de l’intérieur”.
Un opéra américain, c’est assez rare, non ?
En effet, quand Aaron Copland écrit The Tender Land, dans les années 1950, l’opéra est français, italien, russe… Il a donc le désir de composer une œuvre typiquement américaine. C’est aussi ce qui explique qu’il ne va pas chercher, à l’instar de Bertolt Brecht, à détruire l’opéra. Il travaille sur la musique populaire de son pays, avec l’ambition d’en faire une musique savante. Il a beaucoup écrit pour le cinéma, et cela se ressent beaucoup, sa musique est lyrique, respire les grands espaces.
En effet, à l’écoute, ce sont des images, des souvenirs de cinéma qui me viennent…
C’est une dimension qui sera présente sur scène, avec un travail sur les gros plans. Ce n’est pas facile, au théâtre, je ferai donc appel à la vidéo, ce qui multipliera aussi les mouvements. Je vois d’ailleurs cet opéra comme un enchaînement de moments, dont la narration n’est pas forcément linéaire, et je chercherai une dynamique de scène dans différentes dimensions. Ainsi, j’ai demandé à Émilie Valantin de fabriquer des marionnettes qui seront filmées en direct, dans un décor réaliste jusque dans les petits détails, et ceci dans l’idée de ne surtout pas faire carton-pâte. C’est ce que j’appelle la “couleur locale” de ce spectacle, que j’es-père, bien sûr, dépasser en racontant l’histoire universelle de cette jeune fille. Ah, et puis il y aura des scènes chorales, avec beaucoup de monde, une scène de carnaval avec cette fameuse danse apache des années 1930, où les hommes commencent à battre les femmes, puis ce sont elles qui se retournent et les rossent sans ménagement. Et on verra des minstrel shows, qui sont des petites formes de spectacle de rue, avec des comédiens grimés de noir… Bref, je veux que The Tender Land soit un grand spectacle !

Du 3 au 14 mars au Théâtre de la Renaissance, 04 72 39 74 91

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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