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La 9e édition du festival pas pareil se tiendra du 16 au 19 juin partout dans Villeurbanne. Au programme : arts de la rue, concerts et scénographie urbaine monumentale !
Entretien avec Patrice Papelard, directeur artistique.

Quid de la singularité revendiquée des Invites ?
Nous avons employé cette expression “festival pas pareil” dès la 1re édition des Invites, comme une sorte de gimmick marseillais pour donner du sens à ce que l’on allait faire. L’idée ensuite, c’était simplement de créer un festival qui se différencie des autres. Et c’était déjà le cas dans le cahier des charges de par la volonté affichée de gratuité de la manifestation. Mais cette tradition de festival gratuit date, sous des formes différentes, de 1977 : il y a donc depuis cette époque un vrai réflexe pavlovien de la fête à Villeurbanne avec l’arrivée de l’été !
Après les Éclanovas et les Vivats, 2001 marque un changement de cap ?
C’est vrai qu’en 2001 nous sommes tombés d’accord avec le maire pour mettre plus spécialement l’accent sur la dimension citoyenne et participative de l’événement. Il était aussi question de se réapproprier l’espace public en affichant une vraie ambition artistique. Et il y a eu une véritable ébullition dès la 1re année, à travers cette œuvre collective de transformation urbaine. Au final, on s’est baptisé festival, mais on a surtout inventé une grande fête où les disciplines (musiques, arts de la rue, arts plastiques, etc.) sont confondues. Un moment d’exception dans la ville. Et sans trop enjoliver, on peut également ajouter que vivre à Villeurbanne, c’est pas pareil.
En cultivant leur différence, les Invites aspirent ainsi à être le reflet culturel de la diversité sociologique de la ville ?
Nous ne sommes qu’un miroir. Une sorte d’amplificateur des phénomènes de société et tout simplement de ce qu’il se passe dans ce territoire. Ici où nous aimons vivre et ici, en l’occurrence aux Ateliers Frappaz, où nous avons appris à travailler ensemble en stimulant le sentiment d’appartenance à un collectif.
En dehors de la face émergée de l’iceberg (la programmation), il y a donc tout ce qui se passe aux Frappaz à l’année ?
Exactement. Et vous l’avez bien vu en arrivant ici : par principe, les grilles sont ouvertes. Nos bureaux sont au rez-de-chaussée, et nous invitons ainsi les gens à venir nous voir, à s’inscrire aux différents ateliers, à participer à la création matérielle du festival. Dès le départ, nous nous sommes demandé comment faire pour éveiller des sensibilités, faire adhérer différentes populations à un projet tout en gardant le contrôle artistique. Au fil des années, nous avons réussi à impliquer les gens et à construire des villages où la population a pu se mettre en scène le temps d’un festival, avec ses Habits du dimanche ; et je pense que c’est vraiment devenu la force des Invites. Il y aura ainsi, pour cette édition 2010, près de 70 structures (associations, centres culturels, conseils de quartier, etc.) impliquées directement dans le festival
Chaque année, l’espace urbain connaît pendant les Invites des transformations éphémères. Ne rêvez-vous jamais de transformations durables ?
Ce n’est pas évident de vous répondre du tac au tac. Nous sommes dans l’éphémère, et l’objet de notre mission ne peut s’appréhender que de façon éphémère. Pierre Berthelot (de la compagnie Générik Vapeur) ajouterait que les artistes sont là pour poser des questions, mais pas pour résoudre les problèmes… Il se trouve néanmoins qu’ils sont de plus en plus sollicités par les décideurs, bâtisseurs et autres architectes, en ce qui concerne les projets d’urbanisme. Nous (Ateliers Frappaz) avons d’ailleurs été sollicités par les Espaces verts de la ville quant à la configuration d’un jardin public pour enfants qui sera bientôt construit à côté de nos murs, et c’est vraiment un beau projet !
À partir du fil de l’histoire, thème de cette 9e édition : ainsi allez-vous tirer le portrait des Villeurbannais…
Nous travaillons sur la mémoire des habitants de cette ville depuis longtemps, et nous avons eu finalement envie, cette année, de montrer qui ils étaient et de l’afficher : 1 000 personnes ont ainsi été photographiées et leurs portraits imprimés sur tee-shirts. Ceux-ci seront suspendus tout le long de l’avenue Henri-Barbusse, le fil de l’histoire devenant alors un fil d’étendage géant ! Au final, on décrochera les tee-shirts, chacun en enfilera un au hasard, et l’on fera une immense photo communale de tout ce beau monde…
Un étendage géant en centre-ville, alors que dans certaines résidences il est interdit d’étendre du linge aux fenêtres !
C’est sûr que l’on aura droit à des remarques, de gens pas contents… Nous ne sommes pourtant pas là pour faire de la provocation, mais bousculer un peu les habitudes ne fait pas de mal. Lorsque nous avions déboulé une année place Grandclément avec 2 dromadaires et des chèvres… nous avions effectivement eu droit à des remarques désobligeantes. Tant pis ! L’intérêt, pour nous, c’est que ça fasse parler d’art dans la ville. Nous n’avons pas vocation à faire de l’animation ; nous sommes là pour poser des gestes artistiques et pour que les gens appréhendent ensuite l’art avec leur propre regard. J’irai même plus loin : dans ce monde de mépris dans lequel nous vivons, nous, habitants, élus, artistes (etc.), continuons de croire en certaines valeurs humaines, comme la fraternité. Il s’agit même de les afficher. En toute modestie. Et je suis sûr que les gens qui vont aller voir cet étendage ne le verront pas comme une simple exposition de tee-shirts.
Nombre de compagnies et structures programmées aux Invites distillent une approche franchement singulière de leur discipline (par exemple, les Requins Marteaux, Blood Red Shoes ou 26 000 Couverts), comme une sorte d’alternative à la culture tout-terrain et au divertissement ?
Oui, et le choix n’est pas anodin. Il y a actuellement une reprise de parole dans l’espace public par certaines compagnies, réussie ou non, mais qui me semble fondamentale. Un élan nouveau pour les arts de la rue ; et en l’espèce, on n’a pas le choix, c’est ça ou crever.
Les surprises du chef dans la soixantaine de spectacles proposés ?
J’aurai évidemment tendance à défendre toute la programmation, mais j’attends par exemple avec impatience de voir ce que vont nous faire Théâtre Group’, l’Illustre Famille Burattini et 26 000 Couverts. Il y aura aussi le spectacle de la CIA à propos de 1789 qui vaudra franchement le détour. Mais j’invite surtout les gens à nous faire confiance et à prendre le temps de venir tout voir.

Les Invites, du 16 au 19 juin à Villeurbanne (69)

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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