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SOPHIE BROYER ET L'ÉPICERIE MODERNE
On la croise à l’Épicerie moderne sans savoir que c’est elle. Sophie Broyer est aux manettes de ce gros vaisseau musical depuis 2007, avec la double casquette de directrice et programmatrice, nous concoctant, avec passion, une programmation gourmande sur mesure et d’excellente facture. Elle boucle donc une saison 20092010 des plus percutantes avec de très belles découvertes (dont les iconoclastes et foldingues DD/MM/YYYY, pour ne citer qu’eux) et des soirées étonnantes et détonantes (Vandaveer, Slow Joe, DAAU). “Hasard du calendrier… Il y a eu beaucoup de beaux artistes qui sortaient un album et qui tournaient, ça a donc donné une très belle programmation 2009-2010. Après, effectivement, il m’a bien fallu un an pour voir comment le public lyonnais réagissait, ce qu’il aimait ou pas, ses codes… On s’est ainsi forgé une image de scène rock indé-folk. Alors qu’on fait du blues, de la soul, du hip-hop… ! Avec un public plutôt fidèle qui apprécie l’éclectis-me de la programmation, les artistes un peu pointus, les découvertes qu’il fait chez nous. Qui nous fait confiance. Et vient de loin (Sud lyonnais, Saint-Étienne, Ain, parfois même Dijon ou Marseille) ! résume-t-elle. On essaie vraiment de défendre des artistes – et d’abord des auteurs-compositeurs-interprètes – qui n’ont pas vraiment accès aux médias (souvent des 1res scènes françaises), qui sont intéressants dans leur recherche artistique, dans ce qu’ils font, ce qu’ils défendent, ce qu’ils sont sur scène. Je défends le spectacle vivant : il faut qu’il y ait quelqu’un sur scène, une personnalité, un charisme, qu’il se passe quelque chose. Des gens qui passent peu en France alors qu’ils sont très connus à l’étranger (cas de Wild Beasts, Noah and the Whale). Ou des groupes français inconnus. Après, on a aussi envie de faire des soirées où les gens s’amusent, des choses peut-être plus grand public, mais toujours avec une vraie démarche artistique et où ça joue sur scène. […] Je trouve qu’on a une responsabilité artistique : c’est notre rôle d’‘ouvrir’ les gens, de leur faire entendre d’autres musiques, aimer, ne pas aimer, critiquer, avoir le choix, découvrir… Quand on vient voir Charlie Winston à l’Épicerie moderne, c’est un concert plaisir. Mais les gens qui y viennent un peu comme ça, sans vraiment savoir ce qu’ils vont voir, et qui découvrent Vic Chesnutt et que ça les bouleverse, tant mieux ! C’est ce que je recherche avant tout.” Thématique oblige, on s’est amusé à la titiller sur la question homme-femme dans un milieu musical plutôt masculin – elle fait partie des rares femmes directrices de salles : 4 sur 80 si l’on s’en réfère à la seule Fédurok (fédération regroupant quelque 80 lieux de diffusion des musiques actuelles), le chiffre est éloquent ! “Comme nous sommes très peu de femmes en direction ou en programmation, il faut du coup faire nos preuves, être ‘acceptées’ dans le petit milieu des directeurs de structures. Si tu as du caractère, ça passe. Il faut juste s’affirmer rapidement. Je n’ai pas de souci au quotidien avec mon équipe, c’est plus difficile avec les autres directeurs, mais aussi parce qu’ils sont plus âgés et ont une expérience plus grande. Ce qui pèse un peu ? Ce sont les plaisanteries sexistes, les petites blagues… Les hommes sont souvent soit paternalistes, soit distants, et te regardent un peu de haut. Mais, après, il n’y a pas que le fait d’être une femme qui joue, il y a aussi le fait d’être jeune et de ne pas avoir 20 ans de direction derrière soi. C’est aussi bien un fossé de génération que de genre. Malgré tout, je pense toujours qu’une femme doit travailler plus pour avoir la confiance et le respect. Pourtant, le milieu évolue ; en tout cas, artistiquement parlant, on voit les filles de plus en plus. Sauf en technique, où ça reste assez rare. Quoi qu’il en soit, c’est aussi les codes qu’on donne à voir depuis des lustres… Le batteur d’un groupe est très rarement une fille, du coup les jeunes filles qui veulent faire un groupe peuvent plus difficilement se dire que c’est possible. Idem pour les postes de direction. Il y a très peu de candidatures de femmes, comme si ce n’était pas dans l’ordre des choses… Et inversement, tu n’au-ras que des filles sur la communication, par exemple. On parle ici de schéma d’ha-bitude, on prend le général pour une norme. Du coup, on se construit avec cette image-là. Regarde les contes pour enfants, la place de la femme est très claire… Le héros est rarement féminin ! Et on se construit aussi avec ça.” CQFD. En tout cas, chapeau bas à sa programmation tout à la fois pointue, élitiste, éclectique et généreuse. Coup de cœur du mois de mai : Budam, artiste des îles Féroé, est un showman attachant qui “raconte ses histoires en anglais avec une voix bien grave et bluesy à la Tom Waits et dans une approche cabaret (avec piano) car il est tout seul sur scène”. Mais encore Wire, Dead Meadow ou The Buttshakers.
L’Épicerie moderne, à Feyzin, www.epiceriemoderne.com
Anne Huguet
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