|
UN WEEK-END,
2 FESTIVALS
ANTICODES ET ÇA TCHATCHE ! AUX SUBSISTANCES
Foisonnante, élitiste, culottée, too much, on a déjà tout écrit, on entend tout à propos de la programmation des Subsistances. Les détracteurs et les amateurs sont nombreux, ne s’affrontent encore que dans les salons, donc ça cause, ça cause et c’est déjà pas si mal. C’est même une des vocations de l’endroit, faire parler. Pendant le week-end Ça tchatche !, les spectateurs en entendront d’ailleurs sur tous les tons, voire de toutes les couleurs, puisque ce festival, désormais traditionnel, a pour thème le langage. Tous les langages, bien sûr, l’idiome de Proust, de Joyce, et puis tant d’autres… Les Subsistances sont dirigées par Cathy Bouvard et Guy Walter, 2 globe-trotters de la culture, on les aperçoit surtout à Lyon, mais également à Berlin, Londres, New York, Barcelone ou Milan, à Paris, aussi, ou à Brest, bref, partout où la curiosité les pousse. Ils reviennent à Lyon avec dans leurs bagages des rencontres avec des artistes du monde entier, des propositions artistiques originales, innovantes, et beaucoup de désirs à l’endroit de ces artistes qu’ils veulent montrer au public lyonnais. Cette année, les artistes se sont soumis à la question, thème secondaire du week-end. Je rencontre l’accueillante directrice, Cathy Bouvard, au cœur de cet ensemble superbe, un peu propret, des Subsistances.
Je vois que vous titrez aussi ce week-end “Anticodes”…
Ah oui, le message est peut-être un peu brouillé. C’est que nous créons dès cette année un nouveau festival avec la scène nationale de Brest et le Théâtre national de Chaillot, un festival, Anticodes, donc. Aujourd’hui, ce festival est enchâssé dans Ça tchatche !, mais l’année prochaine ce sera un rendez-vous différent. Nous présenterons en commun, dans ce cadre, un certain nombre d’artistes, comme, cette année, la magnifique contorsionniste Angela Laurier, avec J’aimerais pouvoir rire. C’est une femme de 48 ans, elle ne peut plus exercer son art aussi bien qu’autrefois, ce serait douloureux. Mais elle a le sentiment que si elle ne l’exerce plus, son corps déborde, elle déborde de son corps, elle a peur de devenir folle. Alors elle se déplie devant la parole de son père, en plein délire, et elle fait venir son frère, grand schizophrène. Elle danse pendant que son frère raconte ses visions, comme la première fois qu’il a été interné, il avait vu une femme crucifiée, nue, et il s’était déshabillé. Ce spectacle est vraiment exceptionnel, mais il n’aurait pas la visibilité qu’il mérite en dehors d’un partenariat comme celui que nous créons avec les Anticodes. D’une manière générale, nous prenons très à cœur de soutenir et montrer des projets qui n’ont pas toujours l’au-dience qu’ils méritent.
Mais n’est-ce pas justement la cause de votre réputation de lieu élitiste ?
Ça tchatche ! est un bon exemple de ce que nous essayons de faire. Il y a des spectacles comme ceux de BAM, c’est du cirque, ahurissant de technicité, ou celui de Carnage Productions, un spectacle de rue, Domi and Claude, qui n’est pas un spectacle qui va révolutionner le genre, ni notre vision, mais c’est génial quand même. Nous sommes un peu comme le 491, en fait, nous aimons la pluralité du public, qu’il se mélange, que le spectateur cultivé s’ouvre aux formes plus populaires et que les formes populaires permettent la visibilité des spectacles réputés plus difficiles
J’ai vu le spectacle de Jeremy Wade, le mois dernier, c’était en anglais, je n’ai pas tout compris…
Bon, je m’empresse de dire que nous produisons beaucoup de spectacles, la plupart en français, et souvent des artistes de la région ! Mais je crois que c’est à nous de montrer ce qui se fait ailleurs. Un texte en anglais fait toujours l’objet de discussions avec le créateur, nous en assurons souvent une traduction. Un spectacle en langue étrangère est peut-être difficile à comprendre, mais il faut former le regard du spectateur, l’œil aussi des artistes de la région, qui, sans doute, doivent savoir ce qui se fait ailleurs. Par exemple, cette année nous faisons venir une artiste exceptionnelle, Cynthia Hopkins, de New York. Elle ne parle que très peu le français, mais sa très belle voix, lorsqu’elle chante avec son groupe Gloria Deluxe, sa performance solo, comme ici avec The Truth: a Tragedy, entre danse, théâtre, vidéo, c’est un grand moment ! En plus, avant chaque représentation, nous allons organiser des petits cours de langue, pour en faciliter la compréhension. Et à côté de cela, dans cette programmation hétéroclite, je peux ajouter la présence de Joris Mathieu, avec Bardo, un spectacle pour une personne, très étonnant, il est en train de devenir un grand metteur en scène, et il est lyonnais.
Du 25 au 28 mars aux Subsistances, 04 78 39 10 02
Étienne Faye
|