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IMAGINEZ MAINTENANT
Quatre beaux jours de juillet, les premiers, seront animés par de jeunes artistes, aux Subsistances. Il s’agit d’une initiative de M. Hirsch, oui, celui qui a créé le RSA et qui était, ministre, également chargé de la jeunesse. Cerise sur le gâteau, ma foi, l’idée n’est pas mauvaise, puisqu’il s’agit, dans plusieurs villes de France, de produire le travail de jeunes créateurs de moins de 30 ans, précisément ceux qui ont, d’ordinaire, le plus de mal à se montrer. Les Subsistances, qui se définissent comme un laboratoire, ne pouvaient passer à côté. L’institution a pensé à des “Imaginoires” et des cabinets de curiosités pour présenter un maximum d’œuvres différentes. Ah, mais… diable, qu’est-ce qu’un Imaginoire ? C’est un lieu, nous explique-t-on, investi par une bande d’artistes en vue d’une création originale. L’équipe des Subsistances a mis à leur disposition un scénographe, un plasticien, des “médiateurs”, parfois des performeurs, pour permettre une dynamique de création associant d’autres artistes, des amateurs, des étudiants… Quatre Imaginoires ont ainsi été créés, 4 thèmes, 4 spectacles. L’Imaginoire Territoires s’organisera autour de 4 jeunes chercheurs en sociologie, ethnoanthropologie, histoire et sciences naturelles, qui exposeront leurs travaux sur le fleuve lors d’une balade en péniche sur la Saône. L’Imaginoire Mode, comme son nom le dit, sera un grand défilé de mode, dans un jardin qualifié de “magique”. L’Imaginoire Groin est une création de cirque par Nathan Israël et Volodia Lesluin, qui impliquera beaucoup d’autres jeunes artistes, à partir de Lardon, pièce sur l’homme et le cochon. Enfin, il y aura l’Imaginoire Louche, celui de François Beaune. Guy Walter, directeur des Subsistances, a eu la riche idée de mettre en relation l’auteur d’Un homme louche (éd. Verticales) et le collectif ildi!eldi avec François Sabourin pour un spectacle d’hommage à Jean-Daniel Dugommier, le Majestic Louche Palace. Rencontre avec un homme occupé, François Beaune.
Qu’est-ce qui vous a tellement donné envie de rendre hommage à ce grand homme, et, accessoirement, personnage central de votre roman ?
Jean-Daniel Dugommier est tout de même le penseur du manifeste Louche, jamais lu, et dans cette affaire je me sens plutôt comme un passeur, très modestement. J’ai eu l’idée de ce spectacle dans le prolongement de l’Homme louche d’abord parce que je n’ai pas voulu adapter le roman. Mais, puisqu’il est mort, il me semblait normal de lui rendre un hommage posthume. Avec des moments graves, et d’autres plus joyeux, et c’est pour cela que nous avons pensé à la forme du cabaret. J’ai demandé à l'écrivain Yves Pagès de prononcer un discours, comment a-t-il découvert l’existence du manifeste Louche, et puis le maire et Guy Walter évoqueront à leur tour ce Lyonnais célèbre. Je suis allé chercher les témoins de sa vie, depuis sa petite enfance jusqu’à sa mort, et, de fait, le cabaret se structurera en 4 temps : la petite enfance, l’adolescence, l’âge adulte, et la fin de la vie. Entre les interventions, il y aura de la musique pop-rock, et, après les remises de prix, un grand bal louche ! Les gens pourront s’inscrire en amont sur le site Imaginezmaintenant.com, en répondant à un questionnaire, genre Marie Claire, qui déterminera leur degré de louchitude : Vous êtes collectionneur de quoi ? Quelles rumeurs voudriez-vous colporter ?
L’homme louche, qui mate une femme et sa fille au bord d’une piscine, camouflé par un feuillage épais, n’est-il pas un peu dans la position de l’écrivain ? N’êtes-vous pas un peu louche vous-même ?
Pas du tout. Il faut me voir plutôt comme un folkloriste, entomologiste. Le théoricien du sous-réalisme, c’est bien Jean-Daniel Dugommier. Céline dit que dans la vie nous sommes soit jouisseurs, soit voyeurs, qu’au bordel il y a ceux qui regardent par l’œilleton et il y a ceux qui consomment. Jean-Daniel est un voyeur, mais plutôt d’un genre généreux, ai-je envie de dire. Il cherche à savoir comment ça marche. Du reste, à la lecture de son journal, on peut se rendre compte qu’il n’opère pas d’introspection, c’est le monde, tel qu’il l’observe, qui renvoie son image. C’est le regard extérieur qui définit Jean-Daniel Dugommier.
J’ai entendu un critique littéraire dire qu’il y avait eu La Nausée de Sartre et qu’il y avait aujourd’hui l’Homme louche de François Beaune. N’est-ce pas un peu lourd à porter ?
Ah, je ne me compare pas à Sartre ou à quiconque. Le parallèle avec La Nausée, en toute modestie, bien sûr, c’est ce rapport que pouvait avoir Jean-Daniel Dugommier avec la solitude, l’ennui et le silence. Pour regarder le monde à sa façon, sous-réaliste. Il y a la solitude de Roquentin, donc. L’ennui, source de créativité, du personnage des Carnets du sous-sol de Dostoïevski. Le silence, la terreur silencieuse, comme dit le titre original d’Un tueur sur la route d’Ellroy. Je pense que ces 3 livres ont fort influencé Jean-Daniel Dugommier. Tout comme Ignatius Reilly, le personnage de John Kennedy Toole dans La Conjuration des imbéciles, ou Bouvard et Pécuchet, de Flaubert, pour le procédé littéraire comme expérience sur le réel.
Imaginez maintenant, du 1er au 4 juillet aux Subsistances, à Lyon (69).
Étienne Faye
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