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AMPHITHÉÂTRE DE L’OPÉRA

Entrez par la
grande porte

Il y a 11 ans déjà, un changement de cap s’opérait au cœur de l’Opéra de Lyon avec l’ouverture de la programmation de son amphithéâtre au jazz et aux musiques du monde. Un décloisonnement volontaire toujours d’actualité alors que vient de s’achever, sous le péristyle du bâtiment, la 8e édition de l’opération Café Jazz en terrasse, qui aura connu un franc succès pendant tout l’été. Entretien avec François Postaire, directeur de l’Amphithéâtre.

Vous évoquiez, il y a 11 ans, votre ambition d’“ouvrir le bâtiment opéra au plus grand nombre”, notamment via le nouveau fonctionnement de son amphithéâtre. Quel bilan d’exercice dressez-vous aujourd’hui ?
Conforme à ce que nous avions prévu avec Alain Durel [ndlr : le directeur de l’Opéra d’alors], spécialement en ce qui concerne l’élargissement du public et la diversification des programmations. Nous avions, à l’époque, largement donné le cadre en passant très vite à une programmation de près de 180 concerts-spectacles par an, en mêlant au répertoire classique de la maison (opéras et musiques de chambre) les musiques vocales et les musiques du monde, etc. Nous organisons désormais chaque année un nombre de concerts un peu moins élevé, afin de trouver le véritable équilibre avec ce nouveau public qui n’a pas forcément l’habitude de venir dans le bâtiment de l’Opéra. En termes d’identité, nous avons en revanche renforcé cette volonté de décloisonnement en ouvrant la programmation aux musiques traditionnelles, mais aussi à la danse, à la musique contemporaine, aux expositions, voire aux débats et discussions, concernant des sujets qui nous tiennent à cœur. Et l’accent est bien sûr mis chaque été sur le jazz sous le péristyle, et ce, depuis 2003 avec l’arrivée de Serge Dorny à la direction de l’Opéra.
Peut-on dire que l’Opéra est devenu un lieu “populaire” ?
Je n’irai quand même pas jusque-là… Il y a deux choses qu’il faut différencier : le bâtiment de l’Opéra de Lyon, qui reçoit effectivement plus de monde et de façon plus variée, et le genre opéra en lui-même. Pour le genre, on ne peut pas dire qu’il soit populaire, ne serait-ce parce que cette forme d’expression est la plus onéreuse qui soit et que le prix des places s’en ressent forcément. L’Opéra de Lyon reste, quoi qu’il en soit, un lieu d’excellence artistique, et déjà simplement au regard des moyens (techniques, humains, etc.) qui sont mis en œuvre. On peut néanmoins regretter le côté élitiste qui collait à l’opéra, dans les années 1970-1980, en tant que domaine réservé aux connaisseurs et aux gens du sérail. Mais je crois que, depuis, l’image de l’Opéra de Lyon a beaucoup évolué, notamment viades actions menées en direction des jeunes et du grand public.
Ainsi le Péristyle n’a-t-il pas fermé de l’été…
Café Jazz en terrasse est l’exemple type de cette volonté de diversification et d’ouverture. Nous avons envie que l’Opéra sorte de ses 4 murs, sorte de son sérail et de son lieu “sacré” pour se retrouver finalement plus près des gens de l’extérieur, proche des passants ! Et ce, en déclinant un mode (le jazz) qui a déjà plus d’un siècle d’histoire. Nous invitons pour ce faire, chaque année, musiciens, collectifs et big bands de Lyon et de la région Rhône-Alpes qui représentent absolument toutes les tendances du jazz. Avec l’idée, à terme, de toujours élever le niveau en programmant les formes d’expression musicale les plus diversifiées et les plus enrichissantes.
Quant à l’Amphithéâtre, il s’ouvre, et bien au-delà du jazz ?!
Bien sûr ! Y compris sur des sujets qui n’entrent pas forcément dans la programmation “normale”. Par exemple, en s’engageant aux côtés d’actions humanitaires, comme ce fut le cas au printemps dernier au profit d’un orchestre symphonique en Haïti. Et même si les musiques accaparent les 9/10 de notre temps, nous organisons parfois des tables rondes sur des sujets, entre autres, philosophiques. On se doit également d’accueillir, dans cette institution qu’est l’Opéra, des partenaires qui organisent d’autres manifestations locales et qui développent leur propre auditoire : ce sera le cas, par exemple, en ce mois d’octobre, avec le festival Belles Latinas imaginé par l’association Espaces Latinos, qui fournit un travail passionnant. En conclusion, l’Amphithéâtre est un lieu obstinément ouvert.
Quels sont donc vos souhaits concernant l’avenir de ce lieu ?
Ce qui importe le plus, c’est de continuer à travailler sur la spécificité de la salle (230 places) en tant que lieu de proximité ! Sachant qu’il n’y a pas de scène aménagée dans cet espace, le public se retrouve autour des musiciens et artistes lors des représentations ; il se crée ainsi une relation très humaine, dans une atmosphère forcément conviviale. Et c’est finalement notre obsession que de développer des relations de proximité entre les hommes. Également de faire découvrir des musiques et des cultures. D’apprendre à se connaître. Et plus on se connaîtra, mieux le monde se portera.

1er et 2 octobre, Cie Fred Bendongué, Le 6 octobre soirée Bizarre,
les 8 et 9 octobre Michel Portal et Jacky Terrasson,
du 7 au 22 octobre
Belles Latinas, le 23 octobre Dhafer Youssef Quartet

Interview Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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