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AGAPES
LE JAZZ DANS TOUS SES ÉTATS

Depuis 20 ans, l’association Agapes œuvre à Lyon pour une musique jazz innovante, épisodiquement improvisée ou expérimentale et toujours ivre de liberté. Aujourd’hui sans salle de concert fixe, mais en phase de rapprochement avec le Périscope, Agapes a suspendu provisoirement sa programmation. Et tire la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics quant à la reconnaissance d’une véritable scène dédiée à ces musiques, certes avant-gardistes, mais qui s’appuient sur un vivier de jeunes talents et un public relativement nombreux. Elle entend même le démontrer lors d’une manifestation musicale, prévue le 12 février à l’Opéra puis au Périscope. Entretien avec son fondateur, Yves Bleton.

Un brin d’histoire ?
Nous avons créé cette structure en 1989 : Agapes pour Association du goût, de l’art et du plaisir de l’es-prit et des sens, et c’était pour nous tout un programme ! Nous avions remis en service, à l’époque, le caveau de la Rose des vins, qui avait déjà abrité dans les années 1950 des sessions de jazz endiablées du Hot Club. Et nous sommes partis comme ça dans l’aventure au rythme de 3 concerts par semaine durant 3 ans. L’ARFI, Sclavis, Vander ou Marc Ducret y ont ainsi joué, comme tant d’autres. Nous avons ensuite investi l’Élysée pour assurer une programmation jazz et musiques improvisées pendant 4 ans, tout en accueillant des résidences d’artistes, des ateliers (style workshop) et en produisant certains disques (aide à la création). Jusqu’à ce que l’activité “concerts” soit prise en grippe par certains voisins, mais c’est sûrement le lot de ces salles campées au rez-de-chaussée d’immeubles… Nous sommes donc devenus nomades tout en maintenant notre activité, ici à la Condition des soies, là au Magic Circus (devenu À Thou Bout d’Chant). Avant d’intégrer en 2002 la salle Genton – gérée par la MJC du 8e –, où nous avons pris en charge une grande partie de la programmation musicale jusqu’à l’été dernier.
Ainsi militez-vous pour la création d’une scène dédiée au jazz innovant, aux musiques créatives et improvisées.
Absolument : une scène comme il en existe à Marseille ou Lille, par exemple. Et nous avons dès l’an 2000 intégré la Fédération des scènes de jazz (FSJ), avec toutes les exigences que cela implique, notamment en ce qui concerne les obligations légales en matière de droit du travail. Il s’agissait ainsi pour nous d’assurer la transition vers une structure professionnelle capable de produire des feuilles de paye et non pas de rétribuer les artistes “à la recette”, comme cela se fait souvent par manque de moyens. Soutenir une scène dédiée à ces musiques, c’est également favoriser l’éclosion des jeunes talents et accompagner, autant que faire se peut, leurs projets artistiques. C’est dans ce cadre que nous avons signé une convention avec la Ville, la DRAC et le lieu en question (salle Genton) en tant que scène Découverte ; un dispositif qui nous a permis d’être subventionnés, sans pour autant nous donner les moyens d’une véritable professionnalisation.
Le jazz ne souffre-t-il pas d’un déficit d’image tant par rapport aux jeunes qu’aux pouvoirs publics ?
Certainement, mais c’est à nous de réfléchir à cette image pour la faire évoluer. Quoi qu’il en soit, il existe en Rhône-Alpes toute une scène émergente de jeunes musiciens créatifs qui méritent d’être connus et reconnus. Ensuite, il faut sortir de la représentation “clubs ouatés et élitistes – musique has been – gros festivals” : le jazz, qu’il soit contemporain, expérimental ou électro, etc., reste une musique libre, souvent improvisée et sans cesse renouvelée. Avec Agapes, nous sommes donc à 1 000 lieues de je ne sais quel revival.
Ainsi revendiquez-vous “des subventions pour un art qui dérange”.
Pour une musique plutôt “rebelle” à l’origine, qui, comme toute autre discipline artistique, fait avancer les choses, change les regards, permet d’appréhender le monde de demain. Certes, on demande du fric et ce n’est pas vraiment “rebelle” comme démarche, hein ?! Mais peut-être qu’il vaut mieux que l’argent public aille à ces formes d’art non conformistes plutôt qu’à TF1 ? À nous de médiatiser cette musique, même si ça peut paraître contradictoire, et d’aller chercher le contact avec le public qui est fondamentalement sensible à la nouveauté et à la prise de risques.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Notre convention “scène Découverte” se terminait au mois de mai dernier et nous avons plus ou moins été virés de la salle Genton, qui souhaite s’orienter vers une programmation autre et qui, de fait, reste et doit rester un pôle à vocation socioculturelle. Nous avons néanmoins présenté un nouveau projet et nous attendons de savoir comment les pouvoirs publics vont le recevoir alors que nous unissons actuellement nos forces avec le Périscope pour pérenniser notre action dans ce nouveau lieu en plein boum. Et puisque nous semblons être sur la même longueur d’onde, pourquoi pas, à terme, mutualiser nos 2 structures pour générer une scène spécialisée digne de ce nom dans l’agglomération ?
Qu’attendez-vous des pouvoirs publics (Ville, DRAC, Région) auxquels vous présentez ce projet en commun ?
Clarté, reconnaissance et engagement : qu’ils impulsent une vraie politique publique en faveur de la diffusion du jazz et des musiques improvisées à Lyon et en Rhône-Alpes. Alors que certains se demandent encore aujourd’hui “Pourquoi voulez-vous payer les musiciens ?”, nous revendiquons une prise de conscience quant à l’existence de cette scène, son foisonnement et sa professionnalisation inéluctable ! Nous sommes ainsi soutenus dans notre démarche par tous les festivals, salles et collectifs de musiciens de la région, et par la FSJ et le Syndicat des musiques actuelles au niveau national.
Que va-t-il se passer le 12 février ?
Une grande soirée “manifestive” pour interpeller et montrer ce qu’est le jazz aujourd’hui ! Nous servirons ainsi une soupe chaude à partir de 18 heures sous le péristyle de l’Opéra avant d’intégrer son amphithéâtre (300 places) pour une série de concerts, sachant que 50 musiciens vont se succéder sur scène. Nous lirons également des textes sur le jazz et les politiques publiques avant de nous rendre au Périscope pour y danser toute la nuit.
L’avenir ?
Un gros point d’interrogation. Il n’en demeure pas moins qu’il y a énormément de jeunes musiciens qui détonnent dans la région : il faut leur donner les moyens d’exister et de trouver leur public tout en dépassant les images surannées sur le jazz.

Manifest’Agapes, le 12 février à l’amphithéâtre de l’Opéra puis au Périscope. Gratuit sur réservation : 08 26 305 325

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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