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OLIVIER REY

L’ACHAT DU CUIVRE

Vingt ans. Vingt ans que le mur de Berlin a été abattu. Le 9 novembre 1989, un jour de joie, de musique, un beau soir, comme un printemps avant l’hiver. Cet anniversaire n’a pas échappé à Olivier Rey comme à ses amis comédiens, qui, dans l’idée que le marxisme n’est pas mort avec la réunification allemande, montent L’Achat du cuivre, de Bertolt Brecht. L’auteur communiste allemand, fondateur d’un théâtre populaire du XXe siècle et du très fameux Berliner Ensemble en pleine République démocratique, n’a pas toujours eu cette image d’auteur difficile qu’on lui donne trop communément aujourd’hui. La jeune troupe rassemblée autour du metteur en scène, composée d’artistes de talent, comme Sylvain Bolle-Reddat et Magali Bonat, vient pourtant sur la scène du Théâtre du Point du Jour avec cette ambition de montrer le contraire. À partir d’un texte déjà ancien, les artistes veulent ni plus ni moins créer leur manifeste pour l’avenir et s’adres-ser au public d’aujourd’hui.

Dans un café hypocrite et enfumé du centre-ville, rencontre avec Olivier Rey.

En quoi le texte de Brecht, aujourd’hui, nous concerne ?
En fait, nous nous sommes surtout demandé en quoi il peut nous aider. L’Achat du cuivre est un récapitulatif de 15 ans de notes, des textes inachevés, des petits dialogues, des personnages, bref, on dirait du théâtre ! C’est après avoir publié cette sorte de recueil que Bertolt Brecht a écrit son Petit Organon pour le théâtre, une espèce de dogme brechtien qui a fait date dans l’histoire de notre art. Nous avons donc eu la sensation d’aller fouiller aux sources de cette révolution, au demeurant trop formelle à mon goût. C’est donc pour nous l’occasion d’interroger le mouvement même qui inspira Brecht, pour, peut-être, à notre tour, nous en inspirer. Aujourd’hui, comment peut-on imaginer une nouvelle façon de faire du théâtre ? D’ailleurs, je pose l’idée que parler de théâtre, c’est déjà faire du théâtre, et nous nous permettrons d’intervenir, nous les comédiens et le metteur en scène, en tant que tels, entre chaque scène.

C’est très ambitieux, et en même temps cela semble une démarche qui pourrait ignorer ou rebuter le public, non ? Est-ce que vous ne vous regardez pas un peu le nombril ?
Bien sûr que je parle de mon nombril. Comment saurais-je parler du monde, si je ne parle pas de mon monde ? Certes, nous cherchons à nous amuser sur scène, et puis pendant les réunions de travail, où nous aimons boire, discuter, fumer, certes nous racontons chacun notre histoire, mais dans un esprit d’ouverture maximale vers le public. Si je raconte mon histoire, c’est toujours pour que le spectateur puisse prendre en charge la sienne, et j’ai toujours le souci de la pédagogie. Quand je dis que ce spectacle est l’occasion pour nous de parler de notre pratique, ce n’est pas une petite causerie entre nous, nous nous confrontons au public, nous partageons avec lui, jusqu’à avouer nos doutes et nos incompréhensions. Dans la pièce, le personnage que je joue, le Philosophe, est un spectateur, il réclame qu’on lui parle de lui-même : je n’ai pas d’autre ambition. Quand j’évoque le théâtre, j’entends, par extension, la société.

Du 5 au 22 novembre au Théâtre du Point du Jour, 04 78 15 01 80

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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