LE PEUPLE DE L’HERBE
AU-DESSUS DE LA MÊLÉE
Le Gang Gravement Groove de la X-Rousse nous revient en force avec un 5e opus qui fera date dans les esprits et inévitablement Tilt (BonePlak / Discograph) entre les oreilles. Un grand cru du Peuple de l’Herbe, auquel il vous sera donné de goûter sans modération le 28 novembre au Transbordeur. En attendant, nous avons testé pour vous et l’album et le nouveau set live du groupe. Grisant.
Tilt. Hier paumé dans l’arrière-salle d’un troquet enfumé, en rudoyant une improbable babasse mécanique. Tilt. Aujourd’hui en écoutant le nouvel album du Peuple, ondulant sous les coups de basses numériques. Hier quand le juke-box crachait “On joue sa vie comme on joue au flipper”, et bientôt game over ! Aujourd’hui avec un sample de circonstance : “Tu crois que l’on va s’en sortir vivants ? On a une chance…” Connexion entre hier et aujourd’hui : un superbe flipper avant-gardiste trônant sur la pochette du disque et dessiné par Der Kommissar, à qui l’on doit également quelques-unes des plus belles affiches de concerts rock vues à Lyon ces dernières années. Tilt est ainsi l’intitulé de ce déjà e album ; c’est également le terme adéquat pour signifier l’effet qu’il vous procure. Un tilt High Voltage. Un peu comme si vous aviez mis les 2 doigts dans la prise. Il devient ensuite limite inconvenant d’essayer de cataloguer cette musique, si ce n’est pour répéter gauchement qu’elle parle au peuple et qu’elle se reconnaît entre mille. Le grand détournement, évidemment, mais ça va bien au-delà. Fusion de rap qui se décline en version vengeur masqué, de funk teknoïde qui groove et qui accroche salement au bassin, de ragga dub déjanté qui fait secouer frénétiquement les guiboles, et de noise mid-tempo qui vous fait froid dans le dos. Le tout passé à la moulinette électronique du nouveau siècle. Musique plus profonde, surprenante à des égards, plus rude parfois et quoi qu’il en soit plus aboutie. Celle d’un Peuple de l’Herbe maîtrisant parfaitement son art. Au top du hip-hop. Et pour s’imprégner d’un album, le mieux c’est sûrement de l’écouter toute la sainte journée : à fond les manettes au réveil, puis en sourdine au moment de cuisiner, l’esprit perdu dans les odeurs. Replay l’air de rien pendant la sieste, avant de remettre les watts au bureau les yeux scotchés devant l’écran. Mais l’écoute au firmament, c’est indéniablement plus tard en conduisant, puisque c’est là, dans l’habitacle de la carlingue, que l’on sait : soit ça coince à se morfondre dans les bouchons, soit ça vous satellise au-dessus de la mêlée. Et ça tombe plutôt bien puisque c’est l’heure de bondir dans ma voiture, et elle saura où m’emporter. Mardi 6 octobre : direction la salle des Abattoirs à Bourgoin-Jallieu, où le Peuple effectuera ce soir un filage du nouveau set live, après une semaine de répétition montée en résidence. Comme un concert, mais sans public, pour tester en conditions réelles (sur scène avec sons et lumières) l’impact et l’enchaînement in situ des nouvelles compos, combinées aux anciennes. Trajet musicalement sans encombre, quasiment sur coussins d’air, et voilà que nous dépassons Saint-Exupéry, où, vraisemblablement, il n’y a pas que les avions qui décollent… Arrivée aux Abattoirs, dans un petit bijou de salle, déjà en termes de configuration et d’acoustique.
À jauge égale, c’est même sûrement la meilleure salle de la région. Et puisque l’accueil est ce soir du même acabit, c’est sans retenue que nous goûtons aux plaisirs démodés : un verre, une tranche de saucisson et quelques sourires francs du collier. Extra Ball. À ma gauche, Sir Jean sirotant son mix de lait au miel, parce qu’avant d’aller bondir sur les planches jusqu’aux limites du raisonnable, il s’agit aussi de préserver sa voix, torride et accrocheuse devant l’Éternel. À ma droite, JC 001, qui, avec le flegme tout britannique du puncheur qui va bientôt pénétrer sur un ring, dévisage tranquillement l’assistance, sûr de son fait. Nous ajouterons : et de son phrasé exceptionnel, sans même qu’il soit besoin pour nous d’évoquer le penchant human beatbox de l’animal. Et quand les 2 fauves se retrouvent sous les projecteurs, force est de constater qu’ils sont dans leur élément, arpentant sans relâche le devant de scène, prêts pour bientôt invectiver les foules. Look Up, Get Stronger, Back Against the Wall… Le duo de toasters donne ainsi sa pleine mesure sur les nouveaux titres qui s’intercalent haut la main. Avec N’Zeng (cuivres et chant) qui s’en donne désormais à cœur joie aux claviers (assemblage orgue Farfisa + ampli à lampes avec une distorsion entre les deux), on dira du front de scène qu’il est chaleureusement bien rempli. Évidemment, derrière, ça ne chôme pas non plus : samples & scratches en cascade, basses ondoyantes, rythmiques élégantes et soutenues ; le tout mis en valeur par un son énorme, gravement groove et jamais agressif. Une vraie machine de guerre scénique avec à son bord une ribambelle de tubes potentiels. Autant dire que le Peuple de l’Herbe est paré pour partir en campagne et qu’il vous attend de pied ferme au détour d’une botte de foin. Première bonne nouvelle : vous n’aurez pas à attendre longtemps, puisqu’il éprouvera son nouveau set au Transbordeur le 28 novembre prochain. Deuxième bonne nouvelle : il sera accompagné ce soir-là par Mix Master Mike, c’est-à-dire le dejay des Beastie Boys… Quant aux Abattoirs (www.lesabattoirs.fr), ils préparent déjà leur festival Électrochoc pour le printemps prochain ; un rendez-vous où le Peuple de l’Herbe sera également à l’affiche… La boucle est visiblement bouclée. Sur ce, satellisation.
Laurent Zine
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