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NUITS SONORES
Nous danserons
sur le cadavre
du rock et nous aimerons ça
Une nouvelle fois, le festival des Nuits sonores est de retour à Lyon avec le printemps et une programmation bicéphale conjuguant électro d’un côté et rock de l’autre (ces 2 termes devant être pris au sens large). Éloignées de l’image d’un festival gigantesque façon abattage à la chaîne de spectateurs perdus dans une foule immense et ne goûtant aucunement au plaisir de la musique si ce n’est pour avoir la satisfaction de dire “oui, j’y étais”, les Nuits sonores tentent toujours de concilier souci musical et impératifs de popularité. Mais n’oublions pas que ce festival est la caution culturelle et “musique de jeunes” d’une municipalité toujours en quête de visibilité politique, alors que cette même municipalité n’assure même pas le minimum vital pour des lieux tels que le Sonic et le Grrrnd Zero, qui pourtant en auraient bien besoin, et alors qu’ils opèrent un excellent travail de défrichage et de découverte tout au long de l’année. Quoi qu’il en soit, il y a un phénomène intéressant à constater dans la programmation rock des Nuits sonores 2009, phénomène touchant d’ailleurs toute la planète : celui du retour de vieilles gloires de la musique, voire la programmation de groupes reformés alors que l’histoire les avait déjà presque entièrement oubliés. Ce n’est même pas de la nostalgie ou de la frilosité. Le rock en 2009 est décadent ou mort, mais son fantôme (sa momie, si on préfère) aurait conservé de beaux restes, principalement ceux de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : quoi de mieux, alors, que le nihilisme de cette époque révolue pour recaractériser la fuite en avant de l’époque actuelle ?
L’un des gros morceaux de cette programmation 2009 n’est autre que Psychic TV / PTV3. On ne s’appesantira pas sur les transformations physiques de son leader charismatique et limite psychotique Genesis P-Orridge (peut-être qu’il a décidé de faire un concours avec Orlan) ni sur la mort il y a plus d’un an de sa femme, mais concentrons-nous sur l’album du groupe publié en 2008 et véritable renouveau pour PTV3, encore plus que Hell is invisible… Heaven is here, son prédécesseur publié il y a 2 ans. Mr Alien Brain Vs the Skinwalkers est un hommage à la défunte Lady Jaye, mais avant tout un véritable retour aux 2 premiers albums du groupe, Dreams Less Sweet (1983) et surtout Force the Hand of Chance (1982), très marqué par le goût immodéré de P-Orridge pour les sixties psychédéliques et le Velvet Underground en particulier. Cela n’étonnera donc personne de retrouver sur Mr Alien Brain Vs the Skinwalkers une reprise de Syd Barrett (No Good Trying) et une autre du Velvet (Foggy Notion), alliées à des titres douloureux et sombres tels que Trussed. Ce mélange de psychédélisme, de noirceur et de post-punk rétro devrait pouvoir prendre tout son sens sur scène. Autre invitée de taille : Lydia Lunch et son nouveau groupe, pas très finement appelé Big Sexy Noise et comprenant quelques membres de Gallon Drunk, groupe anglais un temps adepte de Birthday Party. Pour notre plus grand plaisir, la grande prêtresse revient à la formule du groupe à guitares et, pour enfoncer le clou, présentera en 1ere partie avec les mêmes musiciens le répertoire de Teenage Jesus, formation séminale de la no wave new-yorkaise de la fin seventies ayant eu une influence considérable sur des gens comme Liveskull et bien sûr Sonic Youth (à écouter la récente compilation Shut up and Bleed). Lors de la 1ere reformation de Teenage Jesus, c’est Thurston Moore qui tenait la basse et Jim Sclavunos qui assurait la batterie. Dommage qu’à Lyon nous n’ayons pas droit à un line-up aussi mythique. Autre reformation, celle de Boss Hog, groupe de la divine et toujours jeune Cristina Martinez. Arrêtons de baver sur la dame (elle posait à poil sur les pochettes des 1er disques du groupe), celle-ci est mariée en bonne et due forme avec Jon Spencer, qui joue également dans le groupe. Boss Hog manie un rock’n’roll sale et violent (Pete Shore et Charlie Ondras d’Unsane ont été la 1ere section rythmique de Boss Hog) dont les premiers – et meilleurs – témoignages discographiques sur Amphetamine Reptile Records sont révélateurs d’une époque où la musique savait encore être dangereuse. Dans le même registre, les Chrome Cranks seront là eux aussi (et dans une formation proche de l’originale comprenant Bob Bert – Sonic Youth, Pussy Galore, etc. à la batterie – ainsi que Peter Aaron et William G. Weber). Encore un groupe qui manie parfaitement le blues trash à l’ancienne. Seul groupe évoqué ici à être de formation récente, les Australiens de The Drones (5 albums au compteur, quand même) n’en sont pas moins également un groupe passéiste. Malgré la déconvenue de leur dernier album (le très moyen Havilah) et malgré un changement de guitariste marquant le passage d’un noise blues urbain et agité à quelque chose de plus rural et moins sexy (pensez Crazy Horse), The Drones reste un bon groupe de scène, emmené par son charismatique leader Gareth Liddiard. En espérant que le groupe jouera bien quelques-uns de ses anciens titres, le fabuleux Shark Fin Blues entre autres…
Les Nuits sonores, du 20 au 24 mai au Marché-Gare. Tous les renseignements utiles et le reste de la programmation sont sur www.nuits-sonores.com.
Guillaume
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