Les 30 ans de Françoise Maimone
C’est une compagnie agréable que celle de Françoise Maimone. Elle est de ces artistes qui ne perdent rien de leur foi inaugurale, même disposant d’un théâtre, comme hier la salle Gérard-Philipe, aujourd’hui le Théâtre Astrée, elle n’a jamais oublié le bouillonnement de ses débuts, le bonheur des rencontres et des créations sauvages. J’ai souvenir d’une répétition d’un de ses spectacles, il y a plus de 10 ans. Avec tout le travail fait en amont, la metteuse en scène ne cherchait pas à imposer ses vues aux comédiens, préférant les laisser venir, leur soufflant le texte ou une idée. Ils donnaient le sentiment de s’inspirer les uns des autres et dans l’espace qu’elle avait minutieusement structuré, le décor qu’elle avait dessiné, la création était presque collective. L’année dernière, elle a monté un superbe Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist, et pour la première de cette sombre pièce romantique, Françoise Maimone avait pris la parole, pour rendre hommage au théâtre populaire de Jean Vilar, puis à ses maîtres. Cette année, en effet, la compagnie Françoise Maimone fête ses 30 ans de théâtre. Le 23 octobre, le public est d’ailleurs convié à Traces, un concert de Gérard Maimone, à partir de ses compositions pour la compagnie. Des danseuses de TDMI interviendront, et une vidéo montée à partir des spectacles de Françoise Maimone sera projetée. Bon, et puis on pourra boire un coup, aussi ! Pour nous, la metteuse en scène évoque ses 30 ans de création.
Trente ans, c’est une paille ?
Je ne me suis rendu compte de rien. Si je regarde vers le passé, j’ai eu des moments de crise, de bonheur, de sérénité, mais, par nature, je suis tournée vers l’avenir. La réalité, prosaïque, ne me revient qu’au moment de faire les comptes, je suis en général concernée par le plateau, qui est le lieu du rêve. En revanche, je travaille de plus en plus avec le sentiment de l’évidence. Je ne sais pas si c’est une forme de sagesse, en tout cas j’éprouve toujours, intact, le plaisir enfantin du jeu, de travailler avec des acteurs, des auteurs, des copains…
Comme à vos débuts ?
Oui ! Nous étions nomades, accueillis par TH Métro d’Alain Peillon, Luce Békistan, dans le quartier Saint-Jean, il y avait Jean-Paul Delore, plein d’autres que j’oublie. C’était l’époque fraternelle, presque communautaire, on faisait tout avec des bouts de ficelle, on était audacieux, insouciants et miséreux, nous ne pensions qu’à fabriquer, on ne dormait pas. On était quelques-uns à bosser au guichet du Théâtre du Huitième, Gironès, le directeur, parlait avec nous, il nous faisait travailler des textes, et c’est là-bas que j’ai rencontré Guy Naigeon, Georges Lavaudant… À l’époque, j’ai monté Télex n° 1 de Jean-Jacques Schuhl, ça a marché tout de suite, on a joué à Grenoble, à Beaubourg… En 1981, il y a eu la gauche et les théâtres ont poussé partout, alors les programmateurs ont fait appel à nous.
Et en 1990, vous avez dirigé feu la salle Gérard-Philipe…
Ce furent 14 ans de créations, de découvertes. J’ai eu beaucoup de moyens, à cette époque, j’ai créé des grands textes, de belles productions. Nous avons aussi programmé plein de spectacles, des grands noms de la scène sont venus, mêlés avec des petites compagnies : par exemple, Laurent Terzieff et, à ses débuts, la Nième… J’ai rencontré Denis Plassard, le danseur, je lui ai aménagé un bureau, il est resté 12 ans. Ensuite, nous avons institué le festival Chaos Danse, qui continue aujourd’hui dans nos nouveaux murs. Car c’est dans le même esprit que nous sommes à Astrée, où j’ai de plus en plus de plaisir à rencontrer les étudiants et où je fais toujours venir nombre d’artistes superbes, tout cela grâce à la mission Culture de l’université Lyon-I.
Et vous, qu’allez-vous montrer cette saison ?
Nous rejouons Le Prince de Hombourg en fin de saison, et auparavant je vais créer Le Sous-Sol de Dostoïevski, d’abord en novembre au Théâtre du Verso à Saint-Étien-ne, puis en décembre à la Doua. C’est une écriture que Nathalie Sarraute a qualifiée de fondatrice du nouveau roman, un long monologue polymorphique, schizophrénique, impressionnant, dit par un comédien fantastique, Stéphane Naigeon.
Le 23 octobre au Théâtre Astrée, 04 72 44 79 45
Étienne Faye
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