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KompleXKapharnaüM

Il est 13 h 30, c’est l’heure du repas chez KompleX- KapharnaüM : tout le monde est à table, ambiance réfectoire, bonnes odeurs de “rata” maison, quelque part entre la colonie de vacances et le sympathique repas de famille… KompleXKapharnaüM est un collectif à part entière, artistique s'il faut lui coller une étiquette (à la base constitué de vidéastes, plasticiens et musiciens). Dorénavant domicilié dans le quartier de la Soie à Villeurbanne quand il n’est pas dans la rue. Un grand hangar désaffecté transformé en capharnaüm géant pour grands enfants abrite vieux bus, murs en béton peints et repeints, bombes de peinture, ferrailles et 1 000 autres objets mis au rebut. J’ai rendez-vous avec Pierre Duforeau, l’un des agitateurs de cette joyeuse troupe de saltimbanques. Pour parler de leur travail, puis surtout de la dernière création sur le feu, Mémento. “Mémento” est aussi un mot latin qui signifie “souvienstoi”. Sûrement un lien de cause à effet, puisque ce nouveau travail questionne indirectement la mémoire en interrogeant, sur la base d’un travail documentaire, les résistances d’hier, d’aujourd’hui et de demain, et se penche sur des pratiques, des expériences développées en marge ou en réaction à la société. Déjà en 2006 avec PlayRec, KompleX s’intéressait à la notion de mémoire urbaine et sociale, en filigrane la notion de mémoire ouvrière. Pour mémo, la compagnie sévit dans la rue et investit l’espace urbain. Dans l’esprit, plutôt des formes audiovisuelles un peu scénographiques, sans interprète, qui tournent en boucle. Pas vraiment théâtre de rue, ni arts de la rue, ni tout à fait art public ni art urbain. “Du théâtre, du théâtre de rue, de la vidéo, du graff, de la musique… C’est ce qui fait la richesse de notre parcours et de notre histoire, mais ce qui en fait aussi les limites. Car on est tellement touche-à-tout qu’en fait on n’est spécialistes de rien ! On défend juste l’idée d’être à la recherche d’un langage artistique… On n’est pas porteurs d’une bonne parole, on ne veut pas être des conquistadors, on essaie juste de se bouger les fesses pour exister… dans le quartier dans lequel on est, dans un territoire […]. On est spécialistes de l’es-pace public – très peu, voire aucune intervention en intérieur. On fait un travail sur et avec la ville et ses habitants. Le projet KompleXKapharnaüM vit dans une triangulaire image-territoire-public, ce dernier se retrouvant parfois acteur de l’image (tout le côté travail documentaire, prise de parole dans la ville). Ils témoignent aussi de leur vécu, de leurs rapports à la ville, de leurs rapports entre eux. Il y a une logique à toujours circuler entre ces 3 pôles.” Le collectif utilise des médias multiples (vidéo, son, collages, bricolages, scénographies urbaines). La réalisation de fresques à base de graffs et de collages constitue le cœur des interventions et entre en interaction avec des images vidéo-projetées et un univers sonore produit en live. KompleX est à la croisée des genres et des chemins, entre installation urbaine et performance. “Le concept de travail de base, c’est un travail documentaire et la restitution de ce travail documentaire. Ensuite ce sont des allers-retours entre ces 2 facettes du boulot. Comment le travail documentaire nourrit la restitution ? Comment la forme de la restitution peut créer un cadre plastique et esthétique qui va donner des axes au boulot documentaire ?” Conceptuel, on vous l’accorde ! Le projet Mémento est en cours depuis plus d’un an. Quasi sur pied, les dernières répétitions générales ont lieu en mai. “Mémento est une intervention qui se déroule sur 3 ou 4 jours. Un peu comme un spectacle qui ne voudrait pas être un mais plusieurs petits spectacles mis bout à bout sur quelques jours, et qui se concevrait comme un jeu de piste. Avec 3 étapes dans son déroulement. D’abord, une forme de rumeur avec les 1res prises d’espace dans la ville : murs conquis avec du papier (il faut le temps que la colle sèche !), grands panneaux en kraft ou en papier blanc, papiers déjà imprimés (avec du texte ou avec un passeport vierge), affichés à des endroits auxquels on ne s’attend pas. J’ai envie d’utiliser la préparation comme déjà une image qui vit dans la ville et qui raconte quelque chose. 2e acte, le temps spectaculaire sur une tranche horaire de 1 h 30 dans un quartier défini (en moyenne, 4 rues), 2 soirs de suite avec une équipe de 8 personnes prêtes à agir. Les performances – fresque sur bus (12 x 5 mètres), affiches 8 x 4 ou 4 x 4 – ont lieu ici et là, à 3 ou 4, sortes de saynètes autour d’un thème avec des interviews projetées, de la musique et un geste plastique. Ailleurs, ce sont de petites formes plus intimistes et improvisées (collages de portraits, etc.). Les scènes ne sont pas rejouées, on procède par accumulation. À l’issue de ces 2 soirées, une dizaine de fresques sont posées (grands formats, moyens formats, petits gestes plastiques…), créant une sorte de parcours, un peu comme une balade en images dans un quartier. Mémento est une forme plus ou moins fixe qui aborde la notion de ‘résistance’ autour de quelque 25 portraits. Résister au regard, ne pas oublier d’où je viens, avoir confiance dans la folie (car la folie est une forme de résistance)… On ne l’aborde pas sous l’aspect politique pur et dur. La résistance interroge tout un chacun. C’est aussi le rapport entre la norme et la marge. Quel regard en a-t-on ? Comment, aussi, des progrès de société sont portés par les marginalités ?” Ce sont donc des individualités qui seront mises en avant, coup de projecteur sur ceux qui font un pas de côté soit par choix, soit parce qu’ils sont poussés de côté. On y croisera Antony le comédien sourd et muet, Nicolas qui vit dans sa caravane avec ses 4 enfants, les activistes de Kokopelli ou encore Roger Pestouri. Il sera aussi question du 17 octobre 1961, jour sanglant où la police de Papon réprima dans un bain de sang une manifestation à Paris des Français d’origine algérienne. “Il s’agit d’interpeller le spectateur, mais gentiment. C’est surtout une posture. Oui, on est en guerre contre la normalité. Contre la fatalité du cours des choses. Contre la crise dont on nous rebat les oreilles. On veut juste relayer la parole et l’attitude de gens qui essaient de faire autrement, ne pas subir. Il peut y avoir de la joie dans la recherche de petits espaces de survie.” Une expérience à vivre avec les yeux, les oreilles et le cœur.

Quartiers de lune, Chalon-sur-Saône, 20 mai, 03 85 90 94 70 Les Invites, Villeurbanne, 17 et 18 juin, 04 72 65 80 90 Chalon dans la rue, 23 et 24 juillet, 03 85 90 94 70 Festival d’Aurillac, 20 et 21 août.

Anne Huguet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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