PHILIPPE FORGET COMPOSITEUR
D’AWATSIHU
Toucher les publics
de demain
C’est une première pour les Solistes de Lyon-Bernard Tétu. Attachés à défendre la création actuelle, ils proposent, pour la 1re fois, un spectacle lyrique contemporain destiné à tous les publics à partir de 7 ans, Awatsihu, en coproduction avec le musée des Confluences de Lyon. Inspiré d’un conte amazonien et des objets des collections du musée, ce spectacle, créé le 12 novembre à l’espace Albert-Camus de Bron, est programmé à l’espace Baudelaire. En 50 minutes, il transporte le public au cœur de la forêt amazonienne, là où les hommes morts deviennent des oiseaux extraordinaires… Un univers imaginé et mis en musique par le compositeur Philippe Forget, qui a d’ailleurs été récompensé par un prix de la Fondation Beaumarchais-SACD pour le livret d’Awatsihu. Cette création donnera aussi lieu à des actions de médiation culturelle en direction de publics “éloignés de la culture”, selon l’expression consacrée, et à des actions pédagogiques vers les scolaires. L’idée étant de toucher les publics de demain…
Comment, et par quelle volonté, cet opéra est-il né ?
Bernard Tétu souhaitait avoir une forme de spectacle “jeune public” un peu élaboré, c’est-à-dire au-delà des interventions habituelles de sensibilisation à l’art vocal. En parallèle, il se trouve que j’ai la chance de travailler depuis plusieurs années au Brésil, à Belém, et l’imaginaire qui peut se greffer autour du voyage, des couleurs et des sons constituait un bon point de départ. En résumé, ce spectacle est né d’une expérience personnelle et d’une demande des Chœurs et Solistes pour créer un spectacle tout public. Car nous partons du principe que ce qui n’est pas mauvais pour les enfants ne l’est pas non plus pour les adultes !
Vous utilisez un conte amazonien, Awatsihu, comme support du spectacle. En quoi ce conte vous a-t-il particulièrement touché ?
La responsable des collections amazoniennes du musée des Confluences nous a montré quelques parures extraordinaires, nous a raconté quelques mythes et légendes, puis j’ai effectué des recherches personnelles et suis tombé sur ce conte qui relate la manière dont les oiseaux trouvent leur couleur et leur chant. Cela m’a beaucoup plu, parce qu’il évoque également les relations entre l’homme et l’animalité, entre l’homme et la forêt…
Y a-t-il un parallèle entre votre recherche et celles, légendaires, d’Olivier Messiaen sur les chants d’oiseaux ?
Je n’ai pas voulu faire une pièce qui soit ethnologique d’une part… ni ornithologique d’autre part ! [rires]
Faites-vous un lien entre le chant des oiseaux et la créativité de l’homme ?
Oui. Sans tout raconter, ce conte amazonien nous dit que les oiseaux sont des êtres humains morts. Les dieux de la forêt – Soleil et Lune – sont tristes de voir leurs créations disparaître ; aussi leur donnent-ils une forme d’oiseau. Mais une entité un peu maléfique et jalouse – Awatsihu – confisque le chant et la couleur des oiseaux. Donc c’est la plus belle part de cette création animale qui leur est ôtée. Pour aller combattre cette créature, les oiseaux ont besoin des hommes. C’est un conte un peu initiatique.
Comment vous est venue la musique composée pour ce spectacle ?
Oh, la vaste question ! Ce que je peux vous dire est que je suis très en lien avec les mots. Partir d’un livret, c’est partir de mots ayant leurs rythme, couleur et force. Les sons vont donc épouser ce squelette-là. Pour ce qui me concerne, j’ai besoin que les choses soient organiques, vivantes. Je ne suis pas un compositeur trop cérébral : j’ai besoin d’une émotion palpable qui se transmette rapidement de la musique à l’interprète, et de l’interprète à la salle. J’essaie donc d’obtenir une ligne, une phrase viable, et à partir de là il faut tisser autour… Mais, même quand il y a une partition, un livret, il faut ensuite donner vie à l’ensemble.
Comment se déroulera l’action de médiation culturelle prévue autour du spectacle ?
Il y a une économie réelle du jeune public actuellement, et donc beaucoup de théâtres qui programment des spectacles pour le jeune public. Pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas cherché à saisir un créneau économique, mais une recherche vers les nouveaux publics. Alors on peut inventer toute une terminologie, mais trouver les publics de demain passe, selon moi, par les enfants, le milieu scolaire, et davantage par des formes de spectacles très élaborés vers les enfants que par des actions de sensibilisation ou d’éveil.
Et plus concrètement ?
Ce spectacle est une triple création : musicale, de mise en scène par Claire Monot et scénographique avec Étienne Yver, qui est peintre. Donc nous avons une conception très élaborée, avec plusieurs entrées possibles : par l’univers de la musique, de la peinture, du conte et du voyage. L’extension de ce projet s’incarne très bien avec la participation du musée des Confluences. Le musée va créer une petite exposition à partir d’objets de sa collection amazonienne, et, à l’issue du spectacle, un médiateur du musée va intervenir dans les classes pour donner un point de vue plus géographique et ethnographique. Avant le spectacle, Étienne Yver et moi-même avons eu des rencontres avec ces classes, pas tellement pour donner des clefs d’écoute, mais pour titiller l’imaginaire des enfants et les préparer à écouter la voix lyrique, car c’est un peu déstabilisant pour un enfant.
Est-ce pour vous un idéal de mêler ainsi tous les arts : musique, conte, peinture ?
J’aime beaucoup cette transversalité… Elle autorise finalement à ressentir des émotions dans des domaines de compétence qui ne sont pas vraiment les siens.
D’où la possibilité donnée aux enfants d’accéder à cet opéra ?
Oui ! Le pari que l’on fait sur cet opéra est de dire que les enfants ont la capacité de s’exprimer en déclarant : “J’aime” ou “Je n’aime pas”. Nous n’avons pas opté pour des éléments racoleurs, car l’objectif n’était pas de faire du Walt Disney, mais un spectacle pensé vers les enfants.
Espace Baudelaire, Rillieux-la-Pape les 17 et 18 décembre, 04 37 85 01 50
Caroline Faesch
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