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KUKUGA MÉLANCOLIQUE SYSTÈME DIX

Jean-Paul Delore voyage avec les élèves de la Comédie de Saint-Étienne

 

Kukuga mélancolique système dix, c’est un titre plutôt mystérieux…
“Kukuga”, c’est du lingala, une des langues du Congo. Cela veut dire “cuisine forte”. Mêlée à la mélancolie, presque son opposé, j’ai pensé qu’el-le représentait assez bien cette envie d’en découdre de la jeunesse, avec la rêverie, la tristesse. C’est aussi ce mélange de sentiments contradictoires qui accompagne le voyageur au moment de faire ses valises. Et puis, pour expliquer “système dix”, ils sont 10 jeunes comédiens en formation ; je leur ai demandé, partout où nous sommes passés, de réagir, de créer, de “performer” en fonction de leurs propres sensations et des rencontres fortuites ou non, drôles, effrayantes ou tendres, bref, humaines. Le spectacle proposé à Saint-Étienne sera donc composé à partir de 10 portraits.

C’est un peu leur formation mise en scène ?
En quelque sorte, mais c’est surtout la volonté de se servir des rencontres comme moteur de l’écriture. Il faut considérer ce “grand chantier” comme une résidence itinérante. Les 10 comédiens sont notre matériau de création, mais parce que le matériau de l’acteur, c’est lui-même. Nous les avons immergés dans des territoires, des villes étonnantes, parfois, d’où partent et où arrivent des migrants. Ce furent des rencontres avec des histoires inouïes, souvent lourdes et, pourtant, de Vénissieux à Maputo, celles de populations très jeunes. En Afrique du Sud, nous travaillions avec 19 personnes, sans langue commune. Comment fabriquer, alors, un théâtre commun ? Il fallait trouver, en l’expérimentant, ce langage, l’exprimer à partir de la rencontre avec l’autre, à partir des frottements, des incompréhensions, des agressions ou des rires. Il fallait se laisser imbiber par les autres, éprouver, car c’était inévitable, la solitude, les humiliations, mais aussi le plaisir, le désir.

C’est toujours ce projet au long cours que vous menez depuis 8 ans, les Carnets Sud-Nord
La vocation de ce travail est la réunion d’artistes du Sud et du Nord avec un théâtre musical contemporain, toujours en immersion dans des lieux qui, chacun, comme le dit Bernard-Marie Koltès, sont “la métaphore du monde”. Cette fois, je profite de cette formation pour raconter une métaphore de la jeunesse. Car, au bout du compte, ce que nous aimons, c’est raconter des histoires.

Du 28 au 30 mai à l’Usine et du 4 au 6 juin au Théâtre du Parc d’Andrézieux-Bouthéon, Comédie de Saint-Étienne, 04 77 25 14 14

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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