CHALON DANS LA RUE
La 23e édition du Festival transnational des artistes de la rue se tiendra à Chalon-sur-Saône du 22 au 26 juin. Depuis de nombreuses années déjà, cette manifestation est devenue le rendez-vous incontournable de la région (et bien au-delà !) en ce qui concerne les arts de la rue confondus. Entretien avec Pedro Garcia, directeur artistique.
Vous évoquiez l’an dernier la fragilité financière des projets culturels et la précarité gagnant la majorité des compagnies. Qu’en est-il aujourd’hui ?
J’ai l’impression qu’il y a au minimum une écoute qui est différente, même si beaucoup de choses restent à faire… Il y a néanmoins eu des discussions approfondies avec notre ministère de tutelle, et l’on parle d’un plan possible pour le spectacle vivant en général. La mobilisation des artistes a permis que les questions soient posées, et dorénavant il y a une vraie bataille à mener pour qu’ils puissent continuer à pratiquer leur art dans des conditions honorables.
Une part belle est faite cette année à la danse, dans votre programmation…
La danse contemporaine reste largement minoritaire dans les programmations et il nous semblait important de la replacer au centre de la nôtre cette année, en accueillant plusieurs compagnies. Il y aura ainsi 3 spectacles dans le “in” et une dizaine dans le “off”. Deux matinées seront également consacrées à des séances de réflexion quant à la place de la danse dans l’espace public. Ces débats donneront ensuite matière à un dossier, qui sera publié dans le numéro de rentrée de Strada.
En quelques mots, comment se présente cette 23e édition ?
Étant donné que le festival dure désormais 5 jours, elle se présente déjà avec un “vrai” mercredi, c’est-à-dire une journée avec une douzaine de représentations, qui permettra à ceux qui ont envie d’échapper au rush du week-end de prendre un peu d’avance ! Quand bien même, il est impossible de tout voir puisqu’il y aura plus de 1 000 représentations de près de 170 spectacles. Trois d’entre eux devraient ainsi attirer un public très nombreux : l’opéra lumière Babel de la compagnie belge Théâtre Attrape, Jamais 203 de la compagnie Générik Vapeur et Place des Anges des Studios de cirque de Marseille. Il s’agira, lors de ce dernier spectacle, de faire entrer environ 3 000 personnes dans un espace transformé en boule que l’on retourne afin qu’il y neige… Voilà pour le côté “monumental” de cette édition, qui, ne l’oublions pas, réservera également moult rendez-vous beaucoup plus intimistes !
Des représentations gratuites ou au prix le plus juste : cette politique tarifaire est devenue une véritable marque de fabrique ?
Absolument, parce que la culture ne doit pas être un luxe, et nous avons effectivement cette année enlevé le tarif le plus élevé des spectacles (8€). C’est dire que toutes les représentations seront soit gratuites, soit entre 3€ et 5€. L’argent ne doit en aucun cas être un frein, et la culture doit pouvoir se partager avec le plus grand nombre : elle nous permet ainsi de tendre la main à nos concitoyens. Chalon dans la rue est certes une fête artistique, mais elle se doit également d’être fraternelle et conviviale.
Comment appréciez-vous l’évolution du festival ?
Je crois qu’en plus de 20 ans, les Chalonnais se sont fait un regard et sont devenus plus exigeants, sans que cela nuise ni à leur enthousiasme ni à leur empathie envers les artistes. Ceux-là le ressentent réellement, particulièrement pendant le “off”. Il y a ainsi aujourd’hui de la place pour des spectacles plus délicats, peut-être plus difficiles et plus extrêmes, parce que le public aime finalement prendre des risques. Je prendrai l’exemple de KompleXKapharnaüM, qui est une compagnie qui n’est jamais là où on l’attend ! Et je suis certain que le public viendra en nombre pour apprécier Mémento, leur dernière création.
Le mot de la fin ?
Peut-être un mot sur les “coulisses” : à Chalon dans la rue, elles sont tout sauf inaccessibles, puisqu’elles font partie de l’espace public ! À la fin des spectacles, public et artistes peuvent franchir cette barrière symbolique et palabrer ensemble le plus simplement du monde. Et ça, c’est formidable.
Chalon dans la rue (71), du 22 au 26 juillet, 03 85 90 94 70
Laurent Zine
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