A’Corps
Olé Khamchanla (natif du Laos) et Karim Amghar (originaire de Kabylie), tous deux danseurs, chorégraphes et directeurs artistiques au sein de la compagnie A’Corps, travaillent depuis quelque 10 ans du côté de Valence. Après avoir chorégraphié individuellement plusieurs pièces (Symbiose, Nous sommes tous…), le duo de danseurs-chorégraphes vient de signer une dernière création à 4 mains, Comme un reflet, fruit de la confrontation entre ces 2 personnalités bien trempées. Un travail collectif complice où chacun poursuit aussi sa propre quête esthétique et affirme son style. Olé Khamchanla explore la danse hiphop au-delà de ses apparentes limites en cherchant à utiliser les énergies et les techniques du hip-hop pour aller vers une chorégraphie lente et fluide ; Karim Amghar, lui, s’interroge plus sur les notions d’espace, de temps, de corps dans un univers d’émotions. Les deux se retrouvent, au bout du compte, pour mieux aborder un thème qui leur est cher : l’intériorité. Mais aussi, sous-jacentes, les questions d’identité ou de métissage. “Le métissage est présent avant même de faire un mouvement. Cela n’a pas été le but premier, le métissage est en nous depuis la naissance… C’est logique que cela soit de même dans le travail”, rappelle Karim. Comme un reflet est donc une pièce pour 5 danseurs, 4 garçons et 1 fille – Clarisse Veaux, danseuse tout à la fois physique, généreuse et pleine d’humanité. “Certes, c’est la seule fille dans un milieu plutôt masculin. Elle a un rôle décisif, car elle est le reflet d’Olé et moi avec sa touche féminine : elle apporte fraîcheur, dynamisme et sensibilité”, explique Karim. petite heure de mouvements intenses, de travail au sol, de sauts, de frappes de pieds, de jets de jambes, de déliés poétiques, de gestes répétitifs pour réinventer sans fin la danse, mais aussi trouver de nouvelles esthétiques chorégraphiques. On le sait, le travail des 2 chorégraphes se veut justement basé sur cette quête de nouveaux mouvements, cette envie de parcourir d’autres territoires et de faire se croiser d’autres disciplines. Histoire ou simple juxtaposition de clichés instantanés, difficile de résumer aussi simplement la pièce. Le spectacle parle “d’échange, de confrontation, de la complicité de 2 chorégraphes interprétée par 3 autres interprètes”. Mais aussi et surtout “ça parle des relations humaines, et chacun y trouvera son histoire”, insiste Olé Khamchanla, l’un des protagonistes.“Le titre est important, car il pousse à la réflexion pour chercher sa signification. C’est à la fois tellement clair et flou. Je le vois… un peu comme une trace, un constat.” Karim Amghar, c’est plus simplement “le reflet d’un travail commun démarré en 1998, le regard de 2 chorégraphes à la fois différents et complices”. Effectivement, ils ont imaginé une danse comme un miroir où chaque danseur dévoile et voile les facettes de sa personnalité. Solos, duos, trios, parties dansées à 4 voire à 5, alternant mouvements fluides et violents, contacts et points d’impact, les 5 danseurs s’ingénient à traduire l’extrême complexité des émotions et des personnalités. Autre élément à charge, la musique quasi omniprésente qui envahit l’espace et rythme le spectacle. Tour à tour inquiétante puis comme apaisée. “La musique chez A’Corps a toujours été très importante : c’est une ouverture sur les sonorités du monde, sur des sons plus expérimentaux. C’est une source d’inspiration permanente… pour la recherche d’un mouvement. Et nous attachons une importance toute particulière à diversifier nos univers musicaux”, rappellent Karim et Olé. Que dire de plus ? Que c’est un spectacle à voir et à ressentir plutôt qu’à décortiquer et à expliquer. Que chacun y trouvera son compte. Qu’effectivement la compagnie A’Corps a réussi son pari d’une danse régénérée difficilement “étiquetable”, quelque part entre hip-hop, capoeira, butô et danse contemporaine. Les puristes hip-hop risquent peut-être de se sentir un peu frustrés : on peut parfois regretter que le background hip-hop de ces excellents danseurs ne soit pas plus assumé et que finalement ils ne nous en mettent pas plein la vue avec de la technique pure. “Nous l’avons fait à nos débuts, dorénavant nous prenons d’autres voies artistiques. Nous sommes plutôt dans une recherche permanente pour faire évoluer notre écriture chorégraphique. Aujourd’hui je pense que notre danse est plus mature avec moins d’artifices…”, résume Karim. Plus spirituel, Olé apporte une autre dimension à leur évolution. “Ce que nous vivons chaque jour Karim et moi nourrit notre inspiration artistique.”
Du 29 janvier au 1er février au Théâtre de la Croix-Rousse, 04 72 07 49 49
Anne Huguet
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