OUBLI(É)S / MÉDÉE(S), INTIMES ET MULTIPLES
La Nième
et les habitants
de Vaulx-en-Velin
Sept ans que la Nième Compagnie de Claire Truche et Jean-Philippe Salério travaille à Vaulx-en-Velin. Une résidence au long cours, donc, au centre culturel Charlie-Chaplin, qui prendra son terme à la fin de l’année 2009. Le temps d’une dernière création en octobre et, auparavant, de montrer le travail des ateliers mis en place ces 2 dernières années. La metteuse en scène Claire Truche a déjà, dans la voix, quelques accents de nostalgie pour cette ville avec laquelle, peu à peu, elle a construit des liens. Mais l’instant n’est certes pas encore à la tristesse, les 2 projets de théâtre qu’elle présente avec Adeline Benamara, Valérie Leroux et Marie-Aude Christianne, avec, aussi, les habitants de Vaulx-en-Velin, promettent une jolie fête et, surtout, un beau spectacle.
Claire Truche, quel est le thème d’Oubli(é)s ?
D’abord je voulais évoquer la mémoire, et même le devoir de mémoire, même s’il n’a jamais été dans mes intentions de “traiter” de ce sujet. Ensuite il m’est apparu que la mémoire est un processus assez long, lent… tandis que l’oubli est plus dynamique, plus scénique – “Han, j’ai oublié !”. J’ai commencé les ateliers avec un questionnaire, soumis à chaque intervenant, avec, par exemple, cette question : “Qu’avez-vous oublié la dernière fois ?” Bien sûr, pour répondre, il fallait… qu’ils s’en souviennent. Et puis : “Qu’est-ce que l’histoire a oublié ?” C’est ainsi que nous avons abordé la guerre d’Algérie, qu’on appelait “événement” justement pour oublier que c’était une guerre. Beaucoup de gens, dans ces ateliers, sont issus de l’immigration algérienne.
Quelle population avez-vous rencontrée et comment avez-vous travaillé avec elle ?
Ce sont des volontaires qui se sont manifestés au centre culturel Charlie-Chaplin. Il y en a eu plein, depuis 2 ans, mais le spectacle comportera 9 comédiens non professionnels, tout comme Médée(s), intimes et multiples. Nous avons beaucoup procédé par petites improvisations, à partir de thèmes que j’apportais. De saynète en saynète, j’ai dégagé quelques scènes, une construction. Mon matériau, c’est l’humain, les gens qui viennent, leurs expériences. J’ai voulu des jeunes gens, au départ, car il me semblait qu’ils auraient un peu plus “oublié” que leurs aînés. Mais des personnes de plusieurs générations se sont greffées et ce fut un vrai enrichissement. Par exemple, j’ai un jour évoqué la langue berbère, et soudain nos comédiens amateurs se sont déchirés, l’un affirmant que cette langue avait disparu, l’autre s’insurgeant parce que c’était sa langue natale. Une autre fois, lorsqu’un ancien a évoqué Patrice Lumumba, un plus jeune a demandé : “C’est une danseuse ?”
Avec Médée(s), intimes et multiples, avez-vous procédé de la même manière ?
Valérie Leroux et Marie-Aude Christianne ont travaillé sensiblement de la même façon, en effet. Sauf que le thème imposait un groupe non mixte, féminin donc… mais non point féministe ! Tout de même, sur certains sujets, les femmes éprouvent toujours le besoin de se retrouver entre elles, de se libérer du regard des hommes, et dans ces ateliers elles ont pu se lâcher. Le mythe de Médée est très difficile à comprendre, la déesse tue ses enfants mortels, et certaines se bloquaient parce que, selon elles, c’était juste impossible. Toutefois, il ne s’agit pas de raconter le mythe, même si nous le rappellerons au souvenir des spectateurs. C’est le ressort du mythe qui nous a intéressées, c’est l’amour fou, la passion. Et cela, chacune l’a bien compris.
Du 23 au 25 avril au centre culturel Charlie-Chaplin de Vaulx-en-Velin, 04 72 04 81 18
Étienne Faye
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