“ÇA TCHATCHE !”
DONNE LA PAROLE AUX ANIMAUX !
Depuis plus de 4 ans, les Subsistances font la part belle à la création contemporaine, poursuivant sans relâche leur travail d’exploration sur les arts vivants. Avec plus de 135 000 spectateurs et quelque 154 compagnies accueillies, on peut dire que le pari est réussi. Après “Ça valse” en octobre dernier, nouveau rendez-vous à ne pas louper : “Ça tchatche !”, 2e édition, relance la problématique autour du langage et des langues. “Beaucoup de gens parlent des langues différentes. Et cette notion de langue implique un écart de vie. Nous avions envie d’inviter des artistes autour de cette problématique de l’écart des langues. Qu’est-ce que c’est que ne pas vivre dans le même univers de langue ? Qu’est-ce qu’une langue étrangère ? Quelle(s) différence(s) cela implique-t-il ?”, explique Cathy Bouvard, chargée de la programmation. “Si la programmation 2008 était beaucoup plus littérale dans son approche du langage, certains spectacles feront cette année plus appel à l’imaginaire.” Ainsi Dong !, présenté par la compagnie basque LagunArte, s’interroge sur l’art campanaire et autres rituels autour des sonnailles, cloches et clochers dans une quête plus musicale qu’orale. Autre voyage imaginaire, celui auquel nous convie la compagnie Arsène avec Ur Asamlet, sorte d’Hamlet shakespearien au pays des Åsa, ethnie minoritaire du Grand Nord sibérien. Reconstitution fictive de leurs mythes et croyances ou aventure réelle ? À vous de voir. La programmation 2009 s’articule autour de 2 thématiques fortes. Premier fil rouge : la notion d’animalité, à laquelle se confrontent 2 compagnies qui mettront en scène de manière très différente des animaux. Existe-t-il un langage animal ? Si oui, quel est-il ? Que nous raconte-t-il ? Jade Duviquet & Cyril Casmèze de la Compagnie du Singe Debout, déjà présents en 2008, présenteront Cet animal qui nous regarde, qui mêle hommes (acteurs, circassiens, plasticiens) et bestioles (perroquet et chat), mots et gestes, sans oublier le phénoménal Cyril Casmèze, zoomorphe accompli – depuis l’enfance, il imite les animaux, car obnubilé par cette envie de parler comme eux. “Je veux juste donner à voir que nous sommes intimement liés à l’animal et que notre destin est avec lui, que le respect de l’animal est aussi celui de l’homme pour l’homme… Je veux le faire à travers des textes étonnants, le corps des acteurs, l’humour, la vidéo qui surprend les regards, le son… Avec cette fois de vrais animaux et Cyril Casmèze, cofondateur de la compagnie, qui est à lui seul le ‘chaînon manquant’ entre l’humanité et l’animalité…”, explique Jade Duviquet, metteur en scène. “Il est courant de dire que le langage parlé est le propre de l’homme, et donc j’ai eu envie de jouer avec cette limite : le langage de l’homme et le ‘silence des bêtes’…” Autre approche, celle du jeune Suisse Massimo Furlan avec un ours – animal emblématique tout à la fois de l’enfance et des peurs ancestrales, mais aussi animal de foire – et un théâtre très visuel et musical. You can speak, you are an animal explore la question de l’animalité, du langage et de l’idiotie. Il s’interroge donc sur le paradoxe de l’ours, l’animal qui ne parle pas mais qui a une voix (il grogne), celui qui peut se mettre debout comme l’homme et marche à 4 pattes, celui qui incarne tout à la fois l’animal sauvage, prédateur, terrifiant par sa force, mais aussi cet animal dressé, civilisé, qu’on exhibe. Un spectacle tout en finesse et poésie qui travaille en même temps sur des zones de nostalgie. “Cela crée une sorte d’errance douce assez ‘déconnante’ avec des personnages sortis de l’enfance”, précise Cathy Bouvard. Deuxième axe de cette programmation de printemps, le Parcours Live avec 2 compagnies américaines qui viennent créer aux Subsistances. Le Big Dance Theater, brillant collectif new-yorkais, se saisit d’un mythe à la française en s’inspirant du scénario de Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, film culte de la Nouvelle Vague. Fidèles à leurs habitudes, les New-Yorkais proposent une pièce autour du corps qui mélange danse, théâtre, textes, musique, design et vidéo. Sous-titrée en anglais, cette création pose le problème de la traduction au sens large. Quelle approche les Américains ont-ils finalement de ce langage cinématographique très français ? Comment traduit-on d’abord ce langage cinématographique en langage théâtral ? Comment passe-t-on du français à l’anglais (et vice versa) ? Problématique poussée à son extrême avec l’Américain Dan Safer, puisque le déroulement de Vicious Dogs on Premises est modifié chaque soir, chaque protagoniste jouant, aléatoirement et à tour de rôle, un des 4 personnages sur scène. Comment peut-on traduire un tel spectacle, là encore en langue anglaise, joué en temps réel et qui se nourrit de l’énergie physique créée entre les interprètes et le public ? Dan Safer s’interroge également sur les notions de geste théâtral, d’incertitude (donc d’in-stabilité) ou d’improvisation (en filigrane, l’anti-incarnation du rôle). Entre danse, théâtre, vidéo et rock, ces 50 minutes de show à 100 à l’heure ne devraient pas passer inaperçues ! Plus ludiques, les cours de langue minute (30 langues différentes), la version My Way de Joachim Latarjet, qui revisite, en chansons, l’histoire d’une vingtaine d’habitants du quartier de la Guillotière, ou encore la boîte à paroles (Entrée libre) de Pascale Henry devraient faire un tabac. Cette dernière s’intéresse au langage politique à travers les écrits de Tocqueville sur la démocratie. But du jeu : “Faire entendre au milieu de la foule une langue qui requiert une certaine concentration, un face-à-face intime avec les dimensions qu’elle dessine. Il s’agit de placer en quelque sorte physiquement le spectateur dans la réflexion de Tocqueville”, résume-t-elle. “Au cœur d’une institution démocratique où chacun circule à sa guise, ce dispositif invitera à se retirer pour ‘voir’. C’est donc dans le va-et-vient entre image et langage, entre impression et réflexion, que les spectateurs auront ‘Entrée libre’.” Bienvenue aux Subsistances.
“Ça tchatche !”, du 23 au 26 avril, 04 78 39 10 02
Anne Huguet
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