Saint-Fons le centre d’arts plastiques entre parenthèses ?
En quoi consistait votre travail avec le CAP, et avec quels objectifs ?
L’école que j’ai dirigée (jusqu’en 2002) dans le quartier des Clochettes à Saint-Fons est quasiment sortie de terre en même temps que le CAP, et ce n’est pas anodin puisque l’on parlait à l’époque d’un grand projet éducatif et culturel, spécialement dirigé vers les enfants des quartiers défavorisés. L’idée était que l’école, particulièrement en banlieue, devait sortir de ses murs et s’ouvrir au monde afin de former les citoyens de demain. Nous avions donc besoin de lieux ressources comme le CAP, qui, avec la bibliothèque, l’école de musique, le théâtre ou l’office municipal des sports, nous permettrait de mener à bien cette mission, en l’espèce, d’éducation du regard et de la pensée. Et il me semble que ces idées chères à Malraux, concernant la formation culturelle (et donc universelle) des citoyens de demain, sont encore d’actualité. Nous avons ainsi développé des projets d’arts plastiques avec les élèves (dès l’âge de 2 ans !) en invitant les artistes dans l’école, puis en emmenant ensuite les élèves dans les lieux d’exposition.
Concrètement, quelles formes pouvait prendre ce partenariat ?
De nombreuses formes ! Par exemple, le CAP possède une grande collection d’œuvres originales (dessins, sculptures, peintures, etc.) qu’il a acquises en plus de 20 ans d’existence, et lesdites œuvres sont tout simplement à la disposition des établissements scolaires, qui les empruntent pour une durée donnée. Ou comment créer un 1er contact – visuel, mais pas que – avec une œuvre. Ajoutez les visites guidées du CAP pour initier élèves et professeurs à l’histoire de l’art du XXe siècle (de Man Ray à Bacon en passant par César ou Ben, etc.), les stages de formation pour enseignants, les ateliers de pratique artistique pour les enfants comme pour leurs parents (!), et bien sûr les visites d’expos. Tout un processus d’apprentissage se faisant par paliers. Sans oublier la dernière étape : les élèves qui exposent leurs œuvres au CAP devant leurs parents et les artistes !
L’ancrage du CAP au niveau local n’est donc pas une vue de l’esprit.
Il fait vraiment partie du patrimoine de cette ville, et le nombre de ses usagers habitant Saint-Fons est énorme, considérant la taille de la commune. D’autant qu’il est évident qu’en banlieue, les gens ne vont pas spontanément vers les lieux culturels.
L’évolution…
Chaque année, il y a de nouveaux élèves et le travail est donc à recommencer ; il ne peut que s’inscrire dans la durée. Et j’ai vu pendant 20 ans de plus en plus de familles inscrire leurs enfants aux ateliers artistiques pendant les vacances scolaires, sans intervention aucune de l’école : ils le faisaient de façon autonome ! C’est cela qui donne du sens à ce travail que nous avons effectué avec Jean-Claude Guillaumon, ancien directeur du CAP.
Peut-on imaginer que certaines expositions aient pu heurter la sensibilité d’une partie du public ?
Forcément. Mais si l’art “classique” qui est exposé dans les musées est définitivement nommé, acquis, officiel… l’art contemporain, lui, est en construction et nous propose des regards singuliers sur le monde d’au-jourd’hui. Ainsi, lors d’une exposition d’art contemporain, tout le monde est sur le même plan d’égalité (parents, enfants, accompagnateurs, etc.) et toute parole est bonne à dire : il y a un vrai débat citoyen.
Quelle est donc la situation depuis que M. Guillaumon a pris sa retraite ?
Anne Giffon-Selle a donc été nommée directrice et, en février 2008, une décision d’agrandissement du CAP a été prise (à l’unanimité du conseil municipal !) pour rendre le tout plus opérationnel. Lesdits travaux ont commencé en septembre avant d’être arrêtés en novembre, a priori pour des raisons financières.
Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je comprends que le budget de la commune ne soit pas extensible. Il y a donc des choix politiques à faire et, a priori encore, ce n’est pas la culture qui arrive en premier…
Quelle est donc votre analyse de la situation ?
Il n’y a plus de lieu d’exposition, donc plus de point de repère, et tout est consigné dans des bureaux, dont les quelque 400 œuvres de l’artothèque. On a parlé d’expos “hors les murs”, mais “hors les murs”, ça veut dire qu’il y a des murs ; il faudra bien y ramener les gens à un moment donné, et aujourd’hui ces murs n’existent plus. Si cela dure trop longtemps, c’est la chronique d’une mort annoncée. Sans adresse, le centre n’aura plus d’identité, tant pour les usagers que pour les artistes, qui ne voudront plus exposer dans ces conditions. Et si le centre fermait, nous serions très tristes pour les futures générations de cette ville.
Il est néanmoins question d’un relogement ?
Je voudrais y croire ! Et si j’étais maire… je me dépêcherais de trouver un autre lieu. Pas forcément grand, mais central, juste un cube avec des murs blancs : un lieu très neutre pour que les artistes le transforment à leur manière et que les Saint-Foniards eux-mêmes l’investissent ! Pourquoi pas une usine reconvertie en centre d’art ? Symboliquement, ce ne serait pas mal à Saint-Fons, non ?
Entendu que l’avenir du centre d’arts plastiques de Saint-Fons est principalement du ressort de la mairie, nous avons choisi de poser quelques questions à Léon Garaix, directeur du cabinet de madame le maire.
Après l’arrêt des travaux de transformation du centre d’arts plastiques, nombre de vos concitoyens s’inquiètent quant à l’avenir de ce lieu. Pouvez-vous aujourd’hui les rassurer ?
La réponse est clairement oui. Déjà, le centre n’est pas fermé et il n’a jamais été question de le fermer. Nous avons à cet effet voté le 18 décembre dernier la reconduction de son budget 2008 afin qu’il puisse assurer en 2009 une véritable “programmation”. J’insiste sur ce mot puisqu’il s’agit également de la repenser en fonction de ce que sera le prochain lieu de résidence du centre d’arts plastiques, d’abord de façon transitoire, puis, à terme, de façon définitive. C’est un moment de réflexion à la fois nécessaire et dicté (!) par la conjoncture économique : 1. parce que la ville de Saint-Fons connaît actuellement de graves difficultés financières, ce qui induit une utilisation plus rationnelle des bâtiments dont la commune est propriétaire ; et 2. parce que Saint-Fons est une ville industrielle qui a le revenu par habitant le plus faible dans le Grand Lyon (à égalité avec Vaulx-en-Velin) et qu’elle connaît aujourd’hui une progression de son taux de chômage inquiétante. La priorité était alors de mettre au service de cette population un pôle emploi-insertion plus efficace, qui ouvrira donc ses portes dans l’ancien bâtiment hier dédié au centre d’arts plastiques.
Vous parliez de phase transitoire. Sachant qu’il s’agit aussi de pérenniser la mission du centre, et particulièrement l’action pédagogique qu’il menait en partenariat avec les écoles, c’est difficile à concevoir de façon transitoire, et surtout hors les murs ?
“Hors les murs” a de suite été compris comme “hors la ville” et ce n’est pas le cas. Profitons au contraire de ce moment de réflexion pour voir comment le centre pourra s’impliquer encore plus au cœur de la ville. Sans qu’il soit question de se couper du monde artistique lyonnais…
Disons que les différents usagers du centre avaient clairement identifié un lieu…
Sûrement, mais cela n’empêche en rien que le lieu soit déplacé. Il sera donc relocalisé sur la commune. En attendant, nous sommes dans une phase d’interrogation, et c’est pourquoi madame le maire a demandé à Anne Giffon-Selle de lui faire nombre de propositions à la fois en termes de relogement (et Anne Giffon-Selle connaît bien le terrain) et en termes de programmation renouvelée. Ce n’est pas ce que j’appelle “botter en touche” !
Peut-on alors imaginer l’avenir en rose pour le centre d’arts plastiques ?
Il y a eu beaucoup d’agitation depuis novembre (instrumentalisée ou pas, je vous laisse juge), mais disons que cette phase de réflexion et/ou de “crise” (entre guillemets, j’insiste) peut vraiment accoucher de quelque chose d’intéressant. Quoi qu’il en soit, la volonté des élus n’est pas d’enterrer le centre d’arts plastiques.
Propos recueillis par Laurent Zine
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