|

Peut-être 200 personnes avaient fait le déplacement le 20 décembre dernier pour soutenir le Sonic lors d'une 1re audience concernant le procès de l'affichage libre. La salle lyonnaise encourt pour l'instant une amende de 1 500 euros, mais une trentaine de procès-verbaux ont d'ores et déjà été dressés contre elle. Au-delà du débat "affichage libre-affichage sauvage" se pose très clairement la question de la liberté d'expression et des moyens laissés à celle-ci. À Lyon, l'espace public dévolu aux associations et lieux défendant les cultures parallèles et underground est ridiculement petit par rapport à la taille de la ville, surtout lorsqu'on ne peut que constater la floraison constante de panneaux publicitaires commerciaux. Où se situe la pollution visuelle : dans la grande braderie de l'espace public à un gros affichiste en situation de quasi-monopole, ou dans ces malheureuses affiches en format A3 collées (et parfois tout simplement scotchées…) par des associations bénévoles ?
Suite à une histoire de procédure, le procès du Sonic a été repoussé au 31 janvier. Il faut que cette salle continue à vivre, et à 491 nous souhaitons et espérons qu'autant voire davantage de personnes se seront déplacées à cette 2e audience pour soutenir le Sonic. Il ne serait pas admissible qu'une grande ville comme Lyon, candidate pour être la capitale européenne de la culture en 2013, se prive de ce qui fait aussi sa richesse : la diversité culturelle, y compris lorsque celle-ci concerne la culture non officielle.
La meilleure preuve de l'utilité à Lyon d'un lieu comme le Sonic figure en bonne et due forme dans la fantastique programmation que la salle propose pour ce mois de février. En alignant - entre autres - Scorn et Lydia Lunch, le Sonic accueille ce que l'underground a de plus emblématique et de plus fort à l'heure actuelle.
Trois mois après son passage au festival Riddim Collision, Mick Harris est donc déjà de retour avec son projet Scorn - musique électronique proto-dubstep alignant lignes de basse dub telluriques et sonorités indus éperdues. Scorn, c'est le cataclysme rampant permanent, la transe mortifère et l'embolie sensorielle. Pouvoir regoûter à cette musique aussi rapidement et dans de meilleures conditions (parce qu'il faut bien avouer que début novembre il faisait un peu froid sur le site du marché de gros…) est purement et simplement une bénédiction. Attention, car Mick Harris est un expert en très grosses sensations, l'exemple qu'un type planqué derrière un laptop et une table de mixage peut secouer autant qu'un frontman expérimenté.
Lydia Lunch aussi est de retour, et cette fois elle propose un spectacle intitulé Blood is just memory without language et articulé autour de son dernier album, Ghosts of Spain (chez Widowspeak). À nouveau accompagnée du batteur Ian White - du groupe Gallon Drunk, avec lequel elle vient de publier un nouveau single -, elle donnera corps à ses mots chargés de violence et de colère sur le sexe, la révolte et la douleur. Lire son livre Paradoxia, aux éditions du Serpent à plumes, est plus que jamais d'actualité : Lydia Lunch continue et continuera toujours de dénoncer cette place que notre monde moderne laisse aux femmes et dont aucun homme ne voudrait. Lors de sa venue au Sonic, les mots très forts de Lydia Lunch seront traduits par la comédienne Mélanie Gautier, afin de rompre la barrière de la langue -l'expérience a déjà été tentée avec un précédent spectacle multimédia, Real Pornography, pendant lequel des sous-titres étaient diffusés. À mi-chemin entre la performance chantée et le spoken word, genre où elle excelle, la démarche de Lydia Lunch est essentielle parce que dérangeante et intransigeante.
Scorn le 7 février et Lydia Lunch le 12 au Sonic, 04 78 38 27 40.
Guillaume
|