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Un voyage d'hiver de Franz Schubert
Béatrice Massin, chorégraphe contemporaine spécialiste de la danse baroque, revisite les 24 lieder du Voyage d'hiver que Franz Schubert écrivit un an avant sa mort. Sur scène, les danseurs de la compagnie Fêtes galantes accompagnent le baryton Philippe Cantor et, en alternance, les pianistes Didier Puntos et Mara Dobresco.
Si vous pensez qu'il suffit de fermer les yeux pour écouter, et entendre, les lieder composés par Franz Schubert, cette proposition dansée du Voyage d'hiver, créée en 2006 par Béatrice Massin et la compagnie Fêtes galantes, vous surprendra peut-être. D'autant que d'habitude, la chorégraphe contemporaine explore plutôt une période antérieure au romantisme naissant chez Schubert.
De 1983 à 1993, Béatrice Massin a en effet travaillé avec la chorégraphe et ethnologue Francine Lancelot, grande spécialiste de la danse baroque, dont les menuets, ballets de cour ou de théâtre étaient étroitement liés à l'essor de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles. Avec l'ensemble qu'elle a fondé en 1993, Béatrice Massin n'a ensuite cessé d'en faire découvrir la richesse, construisant des programmes pédagogiques, participant à une reconstitution pour le cinéaste James Ivory ou le metteur en scène Bob Wilson, et composant aussi des spectacles où le vocabulaire baroque sert une sensibilité toute contemporaine (Pimpinone, Que ma joie demeure…).
Avec Un voyage d'hiver, Béatrice Massin et 7 danseurs des Fêtes galantes osent aborder la musique de Schubert avec les outils baroques - glissés, frottés, tombés - et des lignes d'aujourd'hui - retournement, déplacement, éparpillement. L'anachronisme est fécond et pas si énorme que ça. Les danseurs se souviennent en effet que le jeune Schubert (il est mort à 31 ans) n'était pas que mélancolique et aimait aussi jouer pour ses amis lors de joyeuses fêtes dansantes.
Sur la scène, le pianiste accompagne le chanteur, qui ne le lâche pas d'une semelle alors que tous deux sont suivis à la trace par les danseurs, qui n'hésitent pas, à certains moments, à déplacer le plateau de bois sur lequel est hissé l'instrument. Dans un décor minimaliste, les pastels le disputent au gris et semblent prévenir tout excès d'effet. La subversion est presque secrète : c'est le mouvement qu'instille la danse dans la musique, à la fois discret et efficace. Ces pas glissés, parfois heurtés, infimes, donnent du souffle à l'errance. L'obscurité d'une note est soudain traversée par le porté d'un bras… tandis que le chanteur, au milieu des danseurs, rappelle combien son art est charnel, lui aussi. Quand le baroque s'invite dans le romantisme, le crépuscule s'abandonne un peu au plaisir, aux 1 001 nuances de la mélancolie… Et les 24 lieder du Voyage d'hiver offrent alors aux danseurs d'aujourd'hui une promenade musicale hors du temps.
Du 29 au 31 janvier à la Maison de la danse, 04 72 78 18 00
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