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Talent et générosité réunis
Le 10 janvier prochain, l'Auditorium accueillera la 3e édition de Bioforce en scène. En effet, depuis 3 ans des artistes s'engagent à soutenir l'entreprise humanitaire développée par l'association Bioforce à Lyon en lui reversant leurs cachets. À l'affiche cette année : la violoncelliste virtuose Anne Gastinel et l'Orchestre national de Lyon, placés sous la prestigieuse baguette de Louis Langrée. Ce chef, bien connu des Lyonnais, revient du non moins prestigieux Metropolitan Opera de New York, le "temple de la musique", pour défendre ce qu'il qualifie lui-même de "noble cause". Un engagement empreint de toute la générosité de son talent.
Qu'est-ce qui vous a motivé à diriger ce 3e concert Bioforce en scène ?
Comme tous les concerts "au profit de", c'est la rencontre avec certaines personnes qui est déterminante. En l'occurrence c'est Dominique Beauchamp, que je connais depuis 25 ans, qui m'a mis en contact avec la présidente de Bioforce, Claude Lardy. Bioforce forme et accompagne ceux qui s'engagent dans l'action humanitaire. C'est une noble cause à défendre.
Quel regard portez-vous sur les actions d'aide humanitaire en général ?
En ce moment je vis presque plus aux États-Unis qu'en France, et ici le système est tout à fait différent. L'aide personnelle y est beaucoup plus développée et presque normale. Les Français comptent beaucoup sur l'État, alors qu'aux États-Unis le système incite plus à donner, à partager, à ne pas penser que les impôts feront finalement tout. De ce fait, les Américains - qui, certes, payent moins d'impôts - décident souvent d'aider des associations à vocation humanitaire ou culturelle.
Comment le programme de ce concert Bioforce a-t-il été élaboré ?
J'étais à Londres, où je dirigeais la Philharmonique dans la 7e Symphonie de Beethoven, lorsque l'on m'a proposé de participer. Cette œuvre s'est donc naturellement inscrite dans le programme. Après, il faut savoir que ce type de soirée attire des auditeurs qui ne viendraient peut-être pas spontanément au concert. Il fallait donc établir un programme qui puisse toucher tout le monde. À ce titre, la 7e Symphonie de Beethoven est une œuvre incandescente qui convenait parfaitement. Ensuite, la présence d'Anne Gastinel à ce concert nous a portés à choisir le Concerto pour violoncelle en la mineur (op. 129) de Schumann, que j'ai enregistré avec elle et qui possède la particularité d'aller droit au cœur. Enfin, l'ouverture du Freischütz de Weber est un grand chef-d'œuvre qui finalement unit Schumann et Beethoven dans ce programme romantique. Dans le cadre de la saison de l'Orchestre national de Lyon cette fois, je dirigerai également un concert, avec Anne Gastinel, le 12 janvier, dans un programme un peu différent qui comportera le même concerto de Schumann et 2 œuvres de Brahms.
Vous avez dirigé l'Opéra de Lyon entre 1998 et 2000. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Les plus douloureux s'estompent avec le temps… Mais avant d'avoir été directeur, j'ai été pianiste dans cette institution au moment de la création de l'orchestre de l'Opéra. Pour le jeune homme que j'étais, cela s'est traduit par une expérience de découverte musicale extraordinaire. L'Opéra de Lyon est donc pour moi un lieu fondateur. Quant à cette période de direction, elle ne s'est pas déroulée telle que je l'avais imaginée ; c'est la vie. Toutefois, ce fut aussi de grandes joies éprouvées avec l'orchestre et les chœurs de cette institution.
En décembre, vous avez dirigé Iphigénie en Tauride de Gluck au Metropolitan Opera de New York (MET). Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
C'était une première, et cela faisait 90 ans que cette œuvre n'avait pas été donnée au MET. Pour moi, c'est l'occasion de travailler avec l'orchestre de cette institution, qui est absolument fabuleux. Et il s'agit aussi et surtout d'une belle aventure et d'une aventure heureuse : le MET est un temple de la musique. Il permet d'apporter et de porter ce que vous faites, et donc ce que vous êtes.
La programmation du MET est effectivement impressionnante. Comment expliquer un tel dynamisme ?
Aux États-Unis, les institutions sont en général beaucoup moins subventionnées qu'en France. Elles doivent se battre, porter et défendre leurs projets jusqu'au bout et, évidemment, finir en équilibre, car elles ne vont pas demander à un sponsor de combler le déficit ! Ce que j'aime ici, c'est ce dynamisme extraordinaire. Bien entendu, il n'est pas possible de comparer le MET avec l'Opéra de Paris ou de Lyon, par exemple. Au MET, ce sont 27 ou 29 productions différentes cette année avec des conditions de travail très différentes. Et puis le MET est une jeune institution, créée par des gens désireux de développer une culture artistique sur le long terme. Surtout, c'est un lieu où tout le personnel, artistique, technique et administratif, éprouve un plaisir collectif à porter des projets. Ici, ce qui est en jeu, c'est le talent de tous ces gens-là et la générosité de leur talent.
Le 10 janvier à l'Auditorium de Lyon, 04 78 95 95 95
Caroline Faesch
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