ACCUEIL
ARCHIVES
L'INVITE DU MOIS
PHONOGRAPHE
LIVRES
HISTORIQUE
TROUVER 491
CONTACTS
LIENS

 


 

JANVIER N°133
Daniel Cohn-Bendit
Jamika Ajalon
Les Innatendus
Jean-Philippe Salério
Gaga Dilo 
Louis Langrée
Gilles Granouillet
Éric Massé
Philippe Ménard
Béatrice Massin

FEVRIER N°134
Scorn - Lydia Lunch
François-Frédéric Guy
Sylvie Mongin-Algan
Turak Théâtre
Médecins sans frontières
Chaos Danse
Cie Käfig
Chronique Québécoise

MARS N°135
Têtes Raides
James Giroudon
Emmanuel Meirieu
Yuval Pick

AVRIL N°136
Wax Tailor
Christian Schiaretti
Shaker
Maison d'Izieu
Ça tchache !
Lady in the dark
Philippe Delaigue
Territoires singuliers
Impemanence

MAI N°137
Assises Internationales du Roman
Peter Csaba
Claudia Stavisky
Nuits Sonores

JUIN/JUILLET
N°1
38/139
Les Intranquilles
Jazz à Vienne
Michel Tremblay
Festival des 7 collines

SEPTEMBRE N°140
Septembre de la photographie
Riddim Collision
Emilie Valantin
Guy Darmet

OCTOBRE N°141
Mathurin Bolze
Lola Lafon
Don Quichotte
Jazz à Rive-de-Gier

NOVEMBRE N°142
Traces
Idem
Denis Plassard
Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



  Lady in the Dark  


de Kurt Weill

Sur le divan à l'opéra

Lady in the Dark, à l'affiche de la Renaissance à Oullins en coproduction avec l'Opéra de Lyon du 28 avril au 7 mai, est une œuvre clé dans le parcours du compositeur Kurt Weill (1900-1950) : elle consacre à la fois sa rupture définitive avec l'Europe et marque son ouverture aux courants de la psychanalyse. Probablement est-ce aussi l'œuvre la plus intéressante de la période américaine de Weill et certainement l'un de ses 1ers grands succès outre-Atlantique. Créée en 1941 avec Ira Gershwin, d'après un livret de Moss Hart, Lady in the Dark invite les spectateurs à entrer dans l'intimité des séances d'analyse de la célèbre rédactrice en chef Liza Elliot. Dans le cabinet feutré du docteur Brooks, Liza tente de rester maîtresse de son univers, encalminée dans la gangue de sa dépression. Mais lorsque les résistances lâchent, rien ne va plus dans le même sens… Liza chante, Liza vibre, autrement dit, Liza vit ! Dans ses rêves, la musique devient reine et les mots enchantent tous ses sens. En découle une kyrielle d'airs de légende aux intonations et rythmes jazzy, taillés sur mesure par Kurt Weill et Ira Gershwin. Car il fallait au moins cette talentueuse alliance entre compositeur et parolier pour engendrer une comédie traitant de ce sujet, aussi ambitieux pour les uns qu'ennuyeux pour les autres, qu'est la psychanalyse ! Il fallait aussi de la curiosité pour cette nouvelle discipline née sur le divan et une sacrée dose d'enthousiasme pour trouver le bon tempo. Ce qui fut justement le cas : dès son arrivée aux États-Unis, Kurt Weill, qui avait fui le nazisme en Europe, s'enflamma littéralement pour la vie musicale et théâtrale new-yorkaise. "Broadway constituait un réservoir inépuisable de talents créateurs en même temps qu'un réservoir de public", reconnut-il plus tard. Et Broadway le lui rendit bien puisque la création de Lady in the Dark fut un succès magistral qui lui donna l'opportunité d'être reconnu sur la scène new-yorkaise dès 1941. Cette réussite lui offrit également une aisance financière qui fut aussi providentielle que celle apportée par L'Opéra de quat' sous en 1928. Elle lui donna même plus que cela : "Dans mes rêves, il n'y a plus aucun mot d'allemand, et depuis le succès de Lady in the Dark je compte même en anglais", confiait le compositeur, le 9 mars 1941, au cours d'une interview accordée à la NBC. Comme pour L'Opéra de quat' sous, des extraits vocaux furent enregistrés, et une version cinématographique fut réalisée en 1944 avec Ginger Rogers et Ray Milland. À peine 3 ans plus tard, la psychanalyse investira d'ailleurs plus largement le grand écran avec La Maison du docteur Edwardes d'Alfred Hitchcock ou encore Le Mystérieux Docteur Korvo d'Otto Preminger, pour ne prendre que ces exemples. En pionniers, Kurt Weill et Ira Gershwin étaient donc parvenus, sur la base de ce que l'on connaissait du processus analytique, à construire une dramaturgie sophistiquée et à donner une sorte de sens collectif à ce que Freud nommait "l'étrange familier". Comme l'avait souligné la presse, le défi artistique relevé consista sans doute à avoir su créer un langage musical fort et imagé permettant à cette pièce musicale de se différencier d'une comédie musicale traditionnelle. À Oullins, cette création française sera rondement menée par la troupe Ecuador, sous la direction musicale de Scott Stroman, dans une mise en scène de Jean Lacornerie. Une mise en scène qui ouvre grand les portes sur un monde où l'imaginaire défie le réel, où le rêve en dit plus long que la réalité.

Théâtre de la Renaissance du 28 avril au 7 mai, 0 826 305 325

Caroline Faesch