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Ann Veronica Janssens, Blue, red and yellow, 2001
Pavillon en panneaux polycarbonate, machine à brouillard Collection [mac] musée d'art contemporain, Marseille photo : Ceter, ville de Marseille
L'exposition "Collection(s) 08" nous trouble
L'Institut d'art contemporain, qui fêtera son 30e printemps au mois de mai prochain, met en place un principe biennal de présentation et de mise en perspective d'œuvres de sa collection. Inaugurant cette démarche, "Collection(s) 08" est une mise en mouvement réussie du sens et des sens. Contre toute linéarité du propos, elle nous propose une expérience critique et sensible. Durant tout son parcours, des dialogues se jouent naturellement avec notre environnement et entre les œuvres, au-delà des médiums et à travers les générations. Pièces centrales de "Collection(s) 08", les œuvres de Dan Graham posent les fondamentaux autour desquels s'ar-ticulent les diverses démarches artistiques en présence dans l'exposition. À partir d'un phénomène physique de réverbération, la projection Project for Slide Projector jette un trouble sur notre appréhension sensible. De même, la confusion dans laquelle nous introduit l'architecture de Two Cubes, One Cube Rotated 45° nous invite à interroger la relativité de notre positionnement. En questionnant ce qui unit l'œuvre au spectateur, il ouvre une conscience en acte de notre existence en tant que corps physique et social. Par le déplacement de multiples références (pouvant aller de Freud à James Bond) et dispositifs (reprenant ceux de Donald Judd ou encore d'une projection cinématographique), Rodney Graham bouleverse lui aussi nos lectures et perceptions. À l'extrême, Two Generators est une œuvre qui force les limites de notre expérience sensorielle. L'artiste a filmé une rivière de nuit, éclairée par 2 générateurs dont il restitue un bruit assourdissant. Le visionnage du film devient une véritable performance pour le spectateur. Cette dimension expérimentale, nous la retrouvons dans le Cabinet (en croissance), véritable petit laboratoire pour les sens d'Ann Veronica Janssens, mais aussi dans Doubling Back d'Anthony McCall, un environnement sculpté par la lumière. Ainsi, qu'elles soient perceptives ou conceptuelles, les œuvres nous rappellent ici, chacune à leur façon, que l'art est une expérience vitale qui tient en éveil une conscience d'être au monde. Et c'est ce que viennent le plus clairement exprimer les œuvres de Jef Geys. Son lent et long travelling (de 26 heures) Documenta 11 est un diaporama qui immerge le visiteur dans de nombreuses images liées à la vie de l'artiste. The Never Ending Book d'Allen Ruppersberg est, quant à lui, un livre ouvert sur l'univers relatif à la mère de l'artiste. Textes et images sont déployés au mur et dans des boîtes, comme autant de citations d'une mémoire individuelle et collective. Chacun peut repartir de l'exposition avec quelques feuillets et participer par cette appropriation à son prolongement. Parmi les plus jeunes artistes de cette exposition, Melik Ohanian et Laurent Grasso créent des dispositifs dans lesquels toute circonscription d'une réalité tangible est à mettre au conditionnel. Invisible Film, de Melik Ohanian, ramène le film Punishment Park de Peter Watkins (censuré pendant 25 ans) aux seules conditions de sa réalité matérielle et aux circonstances de son tournage. Confrontation des temps et des espaces, jusqu'à la confusion… appréhension du territoire de l'autre jusqu'à la paranoïa, telles sont les impressions qui se dégagent de la pièce consacrée au travail de Laurent Grasso. Y sont rassemblées, dans un espace obscur, une vidéo (Haarp) et une maquette (Échelon). Elles retranscrivent l'hypothétique existence de lieux d'actions hautement sécurisés dans un sentiment d'oppression et d'inaccessibilité. L'espace de l'autre dans ce qu'il nous échappe… ou dans ce qu'il nous touche. Jimmie Durham nous invite à découvrir autrui en explorant la singularité. Dans The man who had a beautiful house, l'artiste détaille, preuve en main (brique, morceau de bois de chaise…), la description de sa maison. Derrière la dérision, son travail met à mal la construction de l'individu dans le matérialisme et le consumérisme. Dans une continuité conceptuelle ralliant l'art à la vie, le poétique et subversif François Curlet ouvre et clôture à la fois l'exposition avec la série Architecture fainéante, ironie contre toute forme constituée et permanence du monde. Vectrices de troubles, les œuvres présentées pour "Collection(s) 08" déploient un territoire de l'art indéfini, à (re)découvrir et inventer dans cet "entre" : entre soi et l'expérience du monde, entre soi et l'expérience de l'autre.
Jusqu'au 13 avril à l'Institut d'art contemporain, 04 78 03 47 00
Florence Meyssonnier
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