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JUIN/JUILLET
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38/139
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OCTOBRE N°141
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Don Quichotte
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NOVEMBRE N°142
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Idem
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Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



©Guy Vivien   François-Frédéric Guy  


De l'"artisanat furieux" pour forger son "je"

À quelques semaines d'un véritable marathon pianistique, qui inclut l'intégrale des sonates pour piano de Beethoven au printemps 2008 puis l'intégrale des concertos pour piano et orchestre du même compositeur en février 2009, François-Frédéric Guy fait l'affiche de Piano à Lyon. Salle Molière, le 8 février prochain, il jouera les Sonates n° 16, 17 et 18 parmi les 32 d'un grand projet artistique. "Le plus exaltant" qu'il lui ait été donné de réaliser. Et le plus "laborieux" à construire pour relever le défi.

 

Comment a germé cette envie de jouer l'intégrale des sonates de Beethoven ?
Il y a quelques années, j'ai participé à une intégrale de Beethoven avec 6 pianistes et nous l'avons donnée sur plusieurs années de suite, dans plusieurs villes d'Europe et même au Japon. C'est de là qu'est progressivement venue l'idée d'en jouer la totalité, de faire le voyage complet. Beethoven est un compositeur dont je me suis toujours senti proche et, de mon point de vue, le seul qui autorise ce type de marathon sans que cela soit forcément une gageure. Il y a un fil rouge, une évolution du style de la première à la dernière sonate, qui, pour l'auditeur comme l'interprète, recouvre tous les sentiments que Beethoven a mis en musique. Ses premières sonates, bien que d'inspiration haydnienne et mozartienne, dotées de mouvements lents, très ambitieux, et déjà si personnelles, offrent un champ de vision et d'écoute totalement renouvelé. Suivent les grandes œuvres virtuoses des sonates médianes qui commencent peut-être avec la Pathétique et qui affirment le style. Les dernières, enfin, sont des voyages poétiques qui annoncent le romantisme. C'est un véritable kaléidoscope. Et c'est intéressant pour le public, qui n'a pas tant l'occasion que cela de l'entendre en une dizaine de jours.
Pour le public, c'est effectivement un bain musical. Mais pour l'artiste ?
Pour l'artiste, ce n'est pas un bain, mais un océan dans lequel il ne faut pas se noyer ! Vivre entièrement dans cette optique durant quelques mois, puis quelques années lorsque l'on redonne le cycle, constitue un tournant dans une carrière.

À quel niveau se situerait le risque de "noyade" ?

Pour plaisanter, j'utilise souvent une comparaison avec cette navigatrice en solitaire, Maud Fontenoy, qui a effectué le tour du monde sur un bateau. Elle a eu des avaries, des doutes, des angoisses, mais elle y est arrivée. C'était d'ailleurs son plus grand défi. Pour ce qui me concerne, je ne risque pas ma vie ; c'est très différent, mais l'idée est la même. L'ambition n'est cependant pas de faire une performance, mais d'inter-préter les 32 sonates. Et, pour que ce soit beau, il faut une présence de tous les instants. À Lyon, je vais jouer 3 de ces sonates, c'est-à-dire l'un des 10 récitals prévus dans le cycle, dont la célèbre
Tempête. Célèbre pas uniquement par ses ritournelles, mais parce que Beethoven y a le mieux maîtrisé une nouvelle forme d'écriture. Ces 3 opus 31 constituent d'ailleurs une étape dans l'œuvre de Beethoven.
Ce compositeur n'a pas toujours été aussi présent dans votre vie. J'ai lu que, plus jeune, vous écoutiez beaucoup de hard-rock. Comment s'est faite la progression vers le classique ?

C'est difficile d'en parler. "Beaucoup" n'est pas le terme exact et je ne peux pas dire qu'il y ait une "progression". J'écoutais de la musique pop parce qu'avec mes camarades je ne voulais pas être marginalisé. Mais je m'en souviens à peine… La seule chose qui reste de cela est que je suis au courant de ce qui se faisait dans les années 1970. Ce n'est pas très passionnant !

Il y a quelque temps, vous aviez formulé le souhait de jouer toute la musique de Brahms. Avez-vous trouvé le partenaire souhaité pour le faire ?
C
omme en ce moment je fais toute la musique de Beethoven, j'ai mis mes recherches un peu entre parenthèses ! Mais je ne désespère pas, il y a tellement de musiciens fantastiques… Il faut simplement créer les opportunités. Mais les journées n'ont que 24 heures !
Ce projet d'intégrale engendre donc une pression majeure ?
Oui, elle est là. De toute façon, j'exerce un métier où l'on est sous pression. Mais il faut savoir lui donner du sens. Pour revenir au début de la conversation et à Maud Fontenoy, nous ne sommes pas en danger de mort. Cependant, ce n'est pas parce que l'on parle d'art que le danger de dérive n'est pas présent. Personnellement, j'ai beaucoup de chance dans les projets que je mène : on me fait confiance parce que j'ai sans doute quelque chose à dire dans cette musique. La pression est très forte actuellement car je suis en préparation d'un voyage qui s'annonce long mais beau. En soi, c'est exaltant. Mais le travail à fournir est important, et parfois ingrat, car dans ce type de situation nous pouvons avoir l'impression que nous n'avançons pas. En réalité, c'est de l'artisanat furieux dont le public ne doit voir que le résultat.

8 février, Salle Molière, 04 78 47 87 56

Caroline Faesch