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Auteur contemporain de théâtre
L'impression que Gilles Granouillet, auteur associé à la Comédie de Saint-Étienne, devient de plus en plus incontournable dans le paysage du théâtre contemporain régional. Ses pièces sont régulièrement publiées chez Actes Sud-Papiers et sont montées : par le Travelling Théâtre - sa compagnie - mais aussi par d'autres metteurs en scène… Et en ce début 2008, c'est Françoise Maimone qui s'y colle avec un fort et joli texte : Chroniques des oubliés du Tour. Dans un petit hôtel de province, la jeune Esther, étudiante en littérature comparée, occupe un job d'été. Valkoviac le manchot est un passionné du Tour et Clara, dont il pourrait bien être encore amoureux, séduit un chroniqueur reconnu de l'épreuve. Un microcosme comme une famille recomposée, où la tendresse point et les conflits s'exacerbent. Car Esther l'intello se révolte contre sa patronne et ses méthodes féodales, Valkoviac plie, tandis que Clara projette de fuir. Où l'on apprend à ne pas mépriser a priori un personnage, aussi obtus soit-il, et où l'on touche à la vérité des rapports humains en se méfiant du politiquement correct…
Entretien avec Gilles Granouillet.
Parlez-nous de l'idée qui présida à l'écriture de cette Chroniques des oubliés du Tour.
J'ai écrit ce texte en 1997 et je l'ai d'ailleurs monté dans la foulée. J'étais alors en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. C'était en pleine poussée lepéniste en France et nous avions beaucoup de discussions avec les autres artistes et écrivains en résidence. Nous constations tous la montée du fascisme français, mais je dois dire que j'étais dubitatif lorsque les collègues décrivaient les sympathisants du FN comme étant nés avec une croix gammée dans le cœur. Je suis issu d'un milieu populaire et je n'ai jamais eu cette impression. C'est donc en réaction que j'ai imaginé ce personnage de Valkoviac : repoussant à cause de ses idées, aussi capable de cruauté, mais terriblement humain. Ce Valkoviac porte le nom d'un vainqueur du Tour dans les années 60, un nom à très nette consonance étrangère, c'est un fils d'immigré. Malheureusement, on connaît bien cette réaction des enfants et petits-enfants d'immigrés qui pointent du doigt les derniers arrivés…
C'est Valkoviac, justement, qui s'emporte contre Esther : "Regarde, j'ai une carte de bibliothèque. J'y suis allé dix fois pour choisir des livres. Je n'en ai jamais ramené un. Pas un. Quand je rentre là-dedans, y' en a trop de livres, y' en a de partout, ils me regardent tous avec ma tête de pas d'ici à tourner comme un abruti au milieu des rayons sans savoir si je cherche un bouquin ou des petits pois. Ça te fait sourire ? Eh bien moi ça me donne envie de pleurer. J'y mettrais le feu à la bibliothèque, t'entends, j'y mettrais le feu."
Il s'agissait pour moi de montrer à nu le mécanisme de la frustration qui mène à l'incendie d'une bibliothèque. Je n'écris pas un théâtre didactique ou politique, je ne crois pas. J'aime raconter des petites vies intimes. Mais les petites histoires des gens sont toujours traversées par la grande et quand je veux approcher un personnage, je dois m'intéresser au contexte. À cet égard, Vesna, la pièce que je viens de créer à Saint-Étienne, est assez caractéristique. Un pompier ukrainien culpabilise parce qu'il est le seul survivant de sa brigade. J'ai voulu d'abord raconter son histoire d'amour ratée, mais elle se déroule dans le contexte du passage à l'économie de marché. Et ce pompier, dont les amis et collègues ont péri à Tchernobyl, vit dans un pays coupé en deux : entre ceux qui ne savent que faire de leur nouvelle liberté et se sont même paupérisés et ceux qui profitent, parfois honteusement, de ce nouveau système. J'ai pu le vérifier en allant là-bas, c'est frappant !
Du 15 au 18 janvier au Théâtre Astrée de Villeurbanne (La Doua), 04 72 44 79 45
Du 23 au 26 janvier au Théâtre Le Verso à Saint-Étienne, 04 77 47 01 31
Étienne Faye
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