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Dave St-Pierre
Dave St-Pierre, jeune chorégraphe montréalais, serait presque un phénomène de foire. Le bonhomme est gonflé et provocateur, impudique et dérangeant. Il est du genre à repousser les limites du politiquement correct, à pratiquer le lâcher-prise, comme il dit, n’hésitant pas à se mettre en danger. Il récidive là encore, exposant sans vergogne, voire avec une certaine convoitise potache, des corps nus qui s’agitent en tous sens. Attention les yeux. Car il n’y a “pas de 4e mur”, comme le dit justement l’une des protagonistes. La scène et le public se confondent, le spectateur étant pris à partie, il doit s’impliquer. Un peu de tendresse, bordel de merde ! est donc le 2e volet d’un triptyque (Sexologie et autres utopies contemporaines) sur l’humain, l’amour, la vie et la mort. Un spectacle haut en couleur, presque outrancier et hystérique, entre théâtre, danse et performance, qui parle des mécanismes du sexe et de l’amour – et qui traite donc du rapport entre les hommes et les hommes, les hommes et les femmes, les femmes et les femmes. “Je veux être excité, déstabilisé, percuté”, annonce Dave St-Pierre en préambule.
Ce sont donc quelque 20 interprètes qui s’alignent pour “faire le spectacle”. Au propre et au figuré. Parce que chez Dave St-Pierre, on met le paquet et on tire sur toutes les ficelles sans honte ni fausse pudeur. Parfois limite jusqu’à l’obscénité, avouons-le. Autant dire que le spectacle doit en gêner quelques-uns ! À la vue de ces bites molles qui tressautent dans l’effort, de ces culs offerts. Trash, vous avez dit ?! Les hommes sont efféminés, longues perruques blondes et voix de crécelle, tels des Adam nus et fofolles, les femmes sont des harpies excitées, prêtes aux pires extrémités pour une parcelle de tendresse volée. Cris d’hystérie, spasmes et mouvements saccadés jusqu’à l’épuisement à l’appui. Que dire de Sabrina, maîtresse de cérémonie tout à la fois glamour et dominatrice, qui tient le crachoir entre chaque round (si l’on peut dire, le spectacle est ainsi rythmé par une sonnerie qui introduit ou clôt chacune des séquences qui le constituent). Ponctuant chaque tableau de commentaires caustiques plus ou moins crus : le texte est édifiant, avec une traduction anglais-français simultanée et littérale plus que savoureuse. Chapeau bas d’ailleurs à l’artiste, on lui doit une scène plus que truculente d’un coït en fac-similé. Trash, on vous l’a dit.
Et la danse, là-dedans ? Peut-on, doit-on parler de danse ? Plus ou moins. La danse de Dave St-Pierre est exigeante et extrême, faite de corps disloqués, de bonds et rebonds, de reptations, de soubresauts épuisants qui requièrent obligatoirement une excellente condition physique, voire une certaine virtuosité. Corps qui se trémoussent, sautillent, tombent, rebondissent, roulent ou se tordent, puis cette scène étrange où chacun des 10 danseurs se frappe violemment la joue en rythme. Jusqu’à la souffrance. Ou la jouissance, peut-être ? Le spectacle serait vain et anecdotique sans quelques fulgurances, pleines de poésie et de tendresse, qui illuminent le plateau et nous font toucher du doigt la fragilité de la condition humaine. Tels ces pas de deux où les corps se cherchent, se rencontrent violemment, se rejettent, se reprennent. Ou encore cette scène finale où les corps nagent sur scène, beauté des ralentis qui transcendent le jeu des muscles en mouvement. Puissance évocatrice d’un travail sur le corps avec ses tensions, ses crispations, sa vulnérabilité peut-être aussi. Osez donc l’expérience, très certainement intense ! On pourrait ne pas en sortir totalement indemne.
Du 4 au 6 décembre à la Maison de la danse, 04 72 78 18 00
Anne Huguet
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