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Le campus de la Doua commençait à sentir le vieux, voire la ruine, lorsque l'université Lyon-III déménagea sa fac de droit à la Manufacture des tabacs. Parmi les bâtiments qu'elle laissa bien obligeamment à son successeur Lyon-I la scientifique : Astrée. Après rénovation, l'université Claude-Bernard a décidé d'y installer un théâtre et, depuis 2005, une compagnie, celle de Françoise Maimone. C'est ce qui s'appelle une renaissance ! Le fantôme des cours d'extrême droit s'éloigne ! D'autant que la metteuse en scène de feu la salle Gérard-Philipe, déjà à Villeurbanne, est venue avec les coffres pleins. Avec ses idées de théâtre, avec son expérience et sa passion des spectacles vivants et le festival Chaos Danse, 2 semaines de danse !
Questions à Françoise Maimone.
Il s'agit de la 6e édition de ce festival Chaos Danse.
Lorsque je me suis retrouvée à la direction artistique de la salle Gérard-Philipe, en 1991, j'ai rencontré un jour Denis Plassard, qui m'a convaincue de la nécessité de nous ouvrir, nous "théâtreux", au langage du corps développé par la danse. Son 1er spectacle, Propos, a été pour moi une révélation, et j'ai souhaité immédiatement que Denis fasse partie de la "maison" de Gérard-Philipe. D'autres compagnies chorégraphiques nous ont rejoints et ont fait leurs 1res créations chez nous, et de nombreux danseurs-chorégraphes hors région ont alors pris contact avec nous… Des relations très fortes se sont établies entre nous et l'envie est alors venue de créer une manifestation annuelle autour de la danse contemporaine, d'organiser une série de soirées, de présenter au public des petites formes en relation avec l'espace scénique proposé… D'année en année, Chaos Danse a pris l'aspect d'un "festival" à échelle humaine où des spectateurs fidèles et curieux venaient découvrir artistes et créations. Quand nous avons déménagé à Astrée, bien entendu, Chaos Danse a suivi.
Comment décidez-vous de la programmation ?
Les artistes accueillis sont d'abord souvent des habitués du festival : Frédéric Cellé, Christine Bastin, Hervé Diasnas, Yuval Pick… Nous sommes fidèles aux artistes que nous programmons. Ils sont là pour apporter au public davantage qu'une simple représentation, car ils contribuent à apporter de la "vie" en acceptant de participer à des rencontres avec le public, à des stages pour nos étudiants, à des débats autour de leur démarche artistique. Nous aimons ces artistes, chacun défendant avec force et conviction son point de vue très personnel sur la danse, chacun dans son originalité imposant une technique et un savoir-faire sans faille, toujours très appréciés du public. Quant au choix des nouvelles compagnies programmées, il s'accomplit, dans la majeure partie des cas, en fonction de la qualité relationnelle établie au cours des 1ers contacts et de ce que nous avons pu apercevoir sur des supports vidéo.
Quelles incidences a pour votre travail la situation d'Astrée, en plein milieu d'un campus ?
La situation géographique d'Astrée, théâtre implanté sur un site universitaire par la volonté des instances dirigeantes de l'université Claude-Bernard, fait que nous accueillons un grand nombre d'étu-diants et de lycéens du Grand Lyon, pour qui les représentations sont, en outre, gratuites. Mais cette situation n'a pas d'incidence sur les choix de programmation, car nous ne saurions imaginer une politique culturelle "clientéliste" et le pari est bien plutôt d'associer de nouveaux publics à celui, plus traditionnel, fréquentant les lieux culturels de l'agglomération lyonnaise.
Parlez-nous de l'ensemble de votre programmation.
J'ai toujours aimé le "désordre", les programmations "chaotiques" où seules comptent les rencontres avec des équipes artistiques qui proposent, quelle que soit leur discipline d'expression, des projets audacieux, intelligents et sensibles à la fois. Ce sont ces critères qui me font vous proposer notamment en mars prochain la création de l'Ampoule Théâtre Macbeth (Horror Suite) d'après Shakespeare et Carmelo Bene, Ce doit être tentant d'être Dieu d'après Joseph Conrad par Gilles Chabrier ou La Dispute de Marivaux dans une mise en scène de Filip Forgeau. Et je n'oublie pas les expos de photographies initiées par Pascal Michalon.
Etienne Faye
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