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  Emilie Valantin  


Marionnettiste-interprète,
directrice du Théâtre du Fust

Bienvenue à Lyon

Alors qu’elle vient de créer le 1er spectacle de marionnettes de la Comédie-Française, la marionnettiste Émilie Valantin est mise à la porte de seslocaux par la municipalité de Montélimar. À la violence de ces pratiques répond la chaleur de l’accueil ailleurs. Au Teil, par exemple, dans la Drôme, en Ardèche ou bien encore chez elle, à Lyon, où elle reprend cet hiver un Guignol créé l’an dernier aux Célestins : Les embiernes recommencent…

Comment avez-vous découvert la marionnette ?
Il me semble que j’ai toujours voulu faire ça. Comme beaucoup de petits Lyonnais, je suis allée au Guignol. J’avais des marionnettes dans les mains, un théâtre à la maison. À l’âge adulte, j’ai d’abord enseigné l’espagnol pendant 7 ans en Afrique. Puis j’ai démissionné de l’Éducation nationale et suivi une formation à la marionnette avec Mireille Antoine et Alain Bordenave. J’ai ensuite créé une compagnie avec Nathalie Roques, à Montélimar (Nathalie Roques a créé une autre compagnie depuis). Nous nous sommes installées dans une vieille menuiserie, dans le quartier du Fust, qui signifie “bois équarri”. Il y avait une part de hasard, mais c’était aussi plus facile de s’y installer qu’à Lyon.
Pourquoi une compagnie de marionnettes ?
J’avais la conviction que les adultes avaient besoin de marionnettes. Elles offrent de telles possibilités de second degré et d’ironie. Elles permettent aussi de travailler sur une autre esthétique que celle qu’on impose aux enfants avec Walt Disney. Je me suis toujours adressée aux adultes, en cherchant à cerner le côté pernicieux ou satirique des situations. J’ai grandi entre la culture plus populaire de mon père, qui était menuisier, lecteur du Crapouillot et du Canard enchaîné, et celle de ma mère, institutrice, qui avait des goûts très contemporains.
Comment ont évolué vos rapports avec la ville où vous vous êtes installée ?
Au départ, en 1975, nous n’avions pas conscience de ce qu’était une subvention. Avec notre fourgonnette, un bon magnéto, nous avons sillonné la Drôme. Dans la ville, il y avait un appétit de culture des milieux associatifs et enseignants, des militants du PC. Les gens nous voyaient fabriquer nos marionnettes dans la vitrine de notre premier atelier, ils s’arrêtaient… Pendant une saison ou deux, on a même fait des ateliers gratuits de manipulation, le dimanche après-midi. Peu à peu, nous avons obtenu des subventions du conseil général, puis du conseil régional et de l’État. La relation avec la Ville a toujours été sinusoïdale. Nous avions une subvention et nous étions programmés par la régie municipale. Mais sans plus, pour ne pas “gêner” la programmation locale. Mais depuis 1989, il y avait cette promesse d’installa-tion dans la chapelle des Carmes, très motivante. C’est finalement l’État, le conseil général et le conseil régional qui ont contribué à en financer la rénovation en 2001. Ce devait être un lieu dédié à la marionnette, en création et en formation. Hélas, le soutien en fonctionnement qui aurait permis de valoriser ces efforts n’est pas venu. Nous vivions dans des locaux dignes d’un CDN, mais avec les moyens d’une petite compagnie. Nous ne sommes toujours que quatre permanents. Le reste de l’équipe est intermittente
Que s’est-il passé avec la municipalité actuelle ?
Après les municipales [ndlr : Émilie Valantin avait soutenu la liste concurrente de celle du maire gagnant], le maire m’a déclarée indésirable, au sens fort. Non seulement nous ne serions plus programmés au théâtre municipal – d’ailleurs nos 2 représentations de cette année ont été annulées –, mais nous perdions notre subvention et devions quitter la chapelle des Carmes, dès septembre. Grâce au soutien des gens, nous avons finalement obtenu un moratoire jusqu’à janvier… Mais nous devons partir. C’est tout de même paradoxal que cela se passe alors que nous recevons notre 2e Molière et un prix de la Critique. La marionnette, ça peut aussi être un moyen de faire parler de la ville ! Il semble que l’unique proposition culturelle du maire soit la construction d’un Zénith. Nous sommes dans l’événementiel. Ce qui est réconfortant, c’est le soutien immédiat des habitants. Un matin, sur le marché, nous avons même recueilli 700 signatures. Pour les saluer, nous voulons d’ailleurs leur présenter une dernière fois les marionnettes de glace du Cid. Et les laisser fondre.
Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Nous avons des contacts au Teil, dans la Drôme, et en Ardèche. Le Théâtre de Privas programme nos 2 représentations annulées à Montélimar. Je souhaiterais aussi revenir à Lyon, où nous reprenons Les embiernes… cet hiver. J’espère bien maintenir des liens avec les Célestins, retrouver Guy Walter ou Jean Lacornerie, le musée Gadagne. Et qui sait, entre le Turak et Guignol, il y a peut-être une place, ici, pour un théâtre de texte et de marionnettes tel que je continue de le porter.
Et dans l’immédiat ?
Dans l’immédiat, nous devons trouver l’argent pour déménager de Montélimar… Pour le stockage de nos 1 700 marionnettes, nous n’avons pas de solution à plus long terme pour leur conservation. Et comme c’est un problème européen, il nous faut peut-être trouver une solution à cette échelle-là.


Les embiernes recommencent, par la compagnie du Fust,
du 10 au 28 décembre au Théâtre des Célestins, 04 72 77 40 00
19 au 21 janvier au Théâtre de Villefranche, 04 74 68 02 89
31 mars au 2 avril au Théâtre du Vellein, 04 74 80 71 85

Florence Roux