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  Riddim Collision  


Sous le plus grand chapiteau du monde

Le plus grand cirque ou presque… La 10e édition du festival Riddim Collision, qui se tiendra effectivement sous chapiteaux sur les quais de Perrache à Lyon du 17 au 21 septembre, devrait combler les amateurs éclairés de rap, électro, dark dub & co avec la grande famille de musiciens du cru quasiment au complet : High Tone dejays, Kaly, le Peuple de l’Herbe, Brain Damage, Grosso Gadgetto, Dokhandeme, etc. Un millésime 2008 qui coïncide avec les 10 ans du label Jarring Effects, dont la division “asso” assure l’intendance de la manifestation sur un mode franchement convivial. Avant que le sud de la ville ne s’abandonne ainsi aux cohortes d’Indiens venant fêter l’été indien, il va sans dire que pour …491, un brin d’histoire associé à une revue d’effectif s’imposait.

Week-end du 15 août, la X-Rousse l’air de rien, des chiens qui rasent les murs, des murs tristes sans affiches, des vitrines sales de peur que l’on s’y regarde, des touristes paumés qui arpentent un été en pente rude à la recherche du dernier des canuts, mais file la soie et descendent les persiennes, des gosses qui sirotent un Fanta devant chez Messaoud (toujours ouvert, Messaoud, sinon c’est la rue qui ferme boutique), une jeune fille en fleur qui passe par là sans en avoir l’air, des anciens qui rouillent, l’air hagard, en attendant l’orage (ô désespoir), un clochard qui sourit sans les dents, un banc public, une partie de backgammon, l’air de rien, la ville et ses fantômes, traversée salutaire du désert urbain, Guignol sur des affiches 4x3, Guignol et Gnafron face aux bleus de la place Satho qui flambent le colt à la ceinture, Public Enemy dans les oreillettes, comme pour en rajouter à la tension devenue palpable, des boulistes qui, eux, prennent le temps, loin de Pékin le temps au ralenti, ce goudron qui voudrait fondre et ce maudit fond de l’air, lourd, moite et limite respirable. Si cette foutue brigade de l’écologie urbaine participait à notre ventilation, ça se saurait. Exit. Le temps de décamper fissa et d’aller respirer l’air frais chez Jarring alors que les âmes se font plutôt rares… Tapi dans l’ombre, Monsieur Mo est bien là, fidèle au(x) poste(s), lui qui cultive moult fonctions au sein de la team de la rue Leynaud : éditorialiste, comptable, chef des Huns, relations publiques, etc. Ma mission : le cuisiner à l’heure des braves, juste avant qu’ils ne reprennent le sentier de la guerre. Et bientôt la ville renaîtra de ses cendres.

Question fatale pour commencer : à l’aube des 10 ans du label et de la 10e édition du festival, quel bilan dresses-tu de l’aventure Jarring ?
Si l’association Jarring Effects est active depuis quasiment 15 ans, le label du même nom fête ses 10 ans suite à la parution en ’98 de la compil Fantasques Hits. Le coup de boost intervient en 2001 lors de la sortie “avec les moyens du bord” du 1er album de High Tone (Opus Incertum), qui se vendra à plus de 5 000 exemplaires dès la 1re année. La masse d’argent ainsi dégagée nous a permis par la suite de développer d’autres artistes, de nous structurer et professionnaliser. Il y a eu une vraie montée en puissance en termes d’investissement sur les productions, de salariat, de publicité, etc. Au détriment de l’équi-libre financier… C’est là où le bât blesse et où le bilan reste mitigé : nombre de disques ont moins bien marché, les coûts de fonctionnement étaient trop élevés et l’équilibre économique global de la structure s’est avéré un leurre. Nous arrivons néanmoins aujourd’hui à bientôt 90 références sur notre catalogue (!), c’est dire que nous avons pu rencontrer au fil de ces années des tas de gens sortant de l’ordi-naire et faire paraître nombre de très bons disques ! Humainement, comme en termes de professionnalisation, y a pas photo ; financièrement, par contre, l’exercice est périlleux et l’avenir incertain. Quant au festival, sa configuration est restée très polymorphe puisque, dès le départ (1re édition au Transbordeur en ’99), il ne s’agissait pas de refaire chaque année la même chose au même endroit.
Ni à la même date !
Nous étions en effet calés jusque-là en novembre, mais, suite aux mésaventures de l’an passé (le maire de Caluire refusant au dernier moment la tenue du festival sur sa commune), nous avons pris les devants cette année pour trouver le lieu et le moment favorables à la tenue du festival sous chapiteaux. Nous avions testé cette formule en 2006 pour sortir des murs des salles lyonnaises (trop étroits, dans tous les sens du terme…) et le bilan, puisque c’est le sujet, fut vraiment positif, concernant aussi bien la fréquentation que l’ambiance générale et les prestations scéniques ! L’avantage d’une telle formule, c’est aussi de pouvoir gérer de A à Z ce qu’il se passe sur le site.
En ’99, nous parlions déjà de complete control concernant Jarring Effects…
Le leitmotiv des origines n’a pas changé : il s’agit toujours de maîtriser le maximum de choses par soi-même, et tout reste perfectible. Cela inclut la promo avec le journal Nuke, dont la 10e édition vient de paraître.
Vous avez également diversifié vos activités ?!
C’est vrai, mais nous sommes restés assez discrets en termes de communication, par exemple concernant le festival en Bosnie ou la tournée européenne [ndlr : Lyon Calling Tour en Europe avec High Tone, Meï Teï Shô et le Peuple de l’Herbe].
Il était question des 12 travaux de Jarring…
On avait effectivement cerné 12 secteurs d’activité : production de disques, organisation de tournées, management, studio d’enregistrement, captation vidéo et studio multimédia, festival, journal, centre de ressources, magasin de disques, promotion d’artistes, distribution de disques, disons, “alternative”… avec dorénavant le projet CD1D, qui regroupe aujourd’hui 70 labels indépendants. Nous sommes devenus une “vraie” petite entreprise au sens légal du terme, assujettie à toutes sortes de taxes, et dans le même temps nous essayons de conserver un fonctionnement différent, qui corresponde à nos valeurs. Il faut sans cesse conjuguer le côté pro avec des activités de plus en plus alternatives, le penchant bon vivant avec les impératifs du job. Ce n’est jamais évident et cela me rappelle l’aventure Pez Ner, que j’ai eu la chance de partager.
Considérant la crise du disque, le laminage du statut d’intermittent ou le désengagement progressif de l’État quant aux budgets culturels, etc., on vous imagine dans une position délicate.
L’avenir est on ne peut plus noir, et les ventes de disques ont en effet chuté de façon vertigineuse depuis février 2006, à l’époque de la crise du CPE, sans que j’y voie un rapport si ce n’est au niveau de la paupérisation accrue de la jeunesse de ce pays. À nous d’informer le public quant au marché du disque, de l’énorme différence qu’il y a entre majors et labels indépendants ; c’est aussi pour cela que le slogan de CD1D est “Télécharger c’est découvrir, acheter c’est soutenir”. À l’inverse de Wagram et d’autres, un label indé peut désormais disparaître du jour au lendemain. Se fédérer autour de CD1D est aussi une question de survie.
Allez-vous “créer une chaîne de prêt-à-porter pour financer vos disques” (cf. Nuke)?
… L’humour est un allié de circonstance, surtout lorsqu’on remarque que dans notre secteur, les prix des disques et des concerts n’ont sûrement pas augmenté, bien au contraire. Et c’est le diable qui se mord la queue puisque l’on revendique cette politique tarifaire devant permettre au plus grand nombre d’accéder à nos “produits culturels”.
Venons-en au Riddim version 2008 !
Il aura donc lieu mi-septembre sur les quais de Perrache, là où les cirques prennent habituellement place. Nous allons monter un grand chapiteau pouvant contenir 1 500 personnes et un autre plus petit à côté pour créer un lieu convivial (bar, apéro mix, distro, projections, etc.). L’espace est vraiment propice à la déambulation, et le festival se terminera tranquillement le dimanche en version guinguette-barbecue ! Entre-temps, et pour fêter les 10 ans, les musiciens lyonnais, qui sont avant tout des amis, seront presque tous là… dont le Peuple, qui a intitulé un titre Riddim Collision sur son dernier album !
En parlant des régionaux de l’étape, vous sortez dans la foulée 2 disques à la qualité indéniable et qui, chacun dans son style, pourraient en surprendre plus d’un : Grosso Gadgetto et Yokohama Zen Rock.
Sûrement ! Et si historiquement Jarring a été catalogué “dub”, force est de constater que nous avons toujours privilégié le mélange des genres tout en essayant de promouvoir la scène locale. Je pense par exemple aux disques de Monsieur Orange ou, plus récemment, d’Azian Z. En définitive, je crois surtout que l’on fait ce que l’on aime, avec des gens qui habitent effectivement au bout de la rue et d’autres au bout du monde, tels Filastine ou Scorn.
Un mot sur le retour de Hint, associé pour le coup à Ezekiel ?
Pour marquer cette 10e édition, nous voulions faire les choses différemment. En l’espèce, Hint ne viendra pas faire du Hint. Au terme d’une vraie collaboration musicale avec Ezekiel (en résidence au Brise Glace), ils joueront ensemble sur scène une création complètement originale. Rencontre + création, 2 mots qui devraient également caractériser la prestation de Dokhandeme associé à Uzul Prod. Le genre de projet que l’on a envie de développer, à terme, avec le Riddim.
Meat Beat Manifesto ?
C’est une bonne surprise de pouvoir le programmer, d’autant qu’il n’y a pas eu de surenchère comme c’est devenu souvent le cas en ce qui concerne le cachet des artistes à la renommée grandissante.
La recette du festival ?
Tout est dans l’accueil, celui des groupes comme du public, parce qu’il ne s’agit pas de se payer leur tête ! Cela sous-entend beaucoup de choses, qui vont des moyens déployés pour la sono à la qualité de la nourriture proposée au catering, en passant par la souplesse de la sécu. La communion est à ce prix, ou plutôt n’a pas de prix ! De toute façon, nous ne sommes pas là pour faire du business, mais pour pérenniser un festival qui, idéalement, doit se muter en lieu de rencontres.

Au-delà du mix des gens et des genres, n’y a-t-il pas finalement une “identité Jarring” qui transpire chez tous les artistes programmés au festival et/ou issus de votre label ?
C’est somme toute très simple et cela me renvoie encore une fois à l’“école” du Pez Ner : à un moment donné, tu as envie d’avoir quelqu’un en face de toi. Là, on ne parle pas d’artistes à la mode ou d’effets de style. On parle de passionnés qui veulent partager ce qu’ils ont dans le bide. De personnes que tu es susceptible de revoir ailleurs et en dehors de tout ça.
En dehors d’un festival musical…
On rêve toujours d’aller plus loin et d’emmener les gens avec nous. On manque certainement de temps pour le faire. Mais sûrement pas d’envie. Et les possibilités sont énormes.

Riddim Collision, du 17 au 21 septembre au 75, quai Perrache, infos sur www.riddimcollision.org

Laurent Zine