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Mais qui donc est Don Quichotte ?
Voilà une question qui peut occuper toute une vie. En la posant aux auteurs et metteurs en scène qui se sont intéressés au personnage de Cervantès, j'avais peur de retrouver plusieurs fois la même réponse. Qui est Don Quichotte ? Eh bien, mais c'est moi, voyons. Car décidément, ce personnage âgé de plus de 400 ans inspire encore beaucoup de créateurs. Dès octobre, à Mâcon, le public aura la chance d'aller admirer la pièce mise en scène par Didier Galas, qui est une adaptation du roman (lire le texte et les dates ci-dessous). En novembre, toujours à Mâcon, également au Théâtre de la Renaissance à Oullins, puis en mars au CAPI Villefontaine, c'est Erri De Luca qui viendra avec son Quichotte et les Invincibles. L'auteur italien, qui ne veut renoncer à aucun de ses combats, se prend-il pour Don Quichotte ? "Nous nous identifions plutôt au cheval de Quichotte, Rossinante, parce que, comme lui, nous avons été forcés de nous battre, d'obéir", dit-il à une consœur québécoise. Dans la version que devrait présenter Sarkis Tcheumlekdjian en janvier à l'espace culturel de Saint-Genis-Laval, c'est Cervantès qui est montré sur scène manipulant son personnage, à la recherche de sa Dulcinée, telle une marionnette. Philippe Adrien, en janvier au Toboggan, s'est, lui, interrogé à propos de cette appropriation du mythe par une association de défense de SDF, et a demandé à Bruno Netter, acteur aveugle, d'incarner le héros. Quant à la pièce intitulée Le Cas Quichotte de Philippe Vincenot et mise en scène par Laurent Vercelletto (lire ci-dessous le texte de l'auteur et les dates), ce que je peux en dire, c'est que nous sommes quelques-uns à l'attendre avec impatience…
Didier Galas, qui donc est Don Quichotte ?
Le Quichotte est un roman, certes ; mais il est surtout devenu un mythe, plus ou moins connu de tous. Et c'est à l'occasion d'une recherche théâtrale sur l'improvisation que j'ai eu le désir d'inventer notre Quichotte. Car l'improvisation corporelle, source de puissance physique et d'invention, m'a semblé un moyen fructueux pour aller au cœur du Quichotte. C'est donc par le corps, plus que par la parole, que nous offrons notre vision théâtrale des 1 000 pages de l'œuvre. Dans notre spectacle, Don Quichotte n'est pas incarné par un seul acteur, mais par tous, pour éviter l'écueil fatal de la psychologie qui réduirait le personnage à un fou ou à un messie. Ainsi, chaque acteur, chaque actrice, peut jouer Don Quichotte mais aussi Sancho, un âne ou un moulin, et les rôles "glissent" de l'un à l'autre. Ces glissements d'incar-nations sont notre moteur pour rendre tangibles les hallucinations d'Alonso Quijano et les doutes sur la réalité que suscite le roman. Ce spectacle s'adresse à tous (lecteurs ou non du roman), car personne n'a échappé au mythe et aux images qu'a inspiré le "chevalier à la triste figure" ; et c'est par là que commence notre spectacle, par le mythe, pour mieux le déconstruire et laisser finalement la place à l'écriture, celle d'un homme sur son temps, celle de Miguel de Cervantès.
Philippe Vincenot, qui donc est Don Quichotte ?
Si, comme il serait souhaitable, la carte du monde recouvrait la surface du monde, Quichotte s'engouffrerait dans tous les plis, toutes les déchirures, tous les recoins secrets où nous avons déposé un bout d'histoire, un peu de compréhension des choses. Cette carte est à une mesure que nous comprenons. Jeunes, vieux, édentés, chevriers, soldats, filles à marier, repas de fromage, glands de chêne, ivresse de l'errance, nuages en majesté, vent. Tout cet incroyable attirail de bonté, de drôlerie, d'espoir, de douleur et de rire, bringuebalement de sons, de couleurs, de parfums, de lumières du couchant, de fraîcheurs levan tines, de cloches éloignées et de chiens errants, tout ce grand sac du monde s'est rempli du versement de la tête penchée de Cervantès, vers la bougie. Quand Quichotte rentre chez lui, à la fin du livre II, en cage sur une charrette, d'un seul coup il oublie tout de Don Quichotte, il retrouve son nom, Alonso Quijano, il se met au lit, et il meurt en 3 jours. Le Cas Quichotte n'est pas une adaptation. C'est l'histoire d'un homme qui se prend pour Quichotte, comme s'il retrouvait son nom, sous l'œil exercé d'un aliéniste, en compagnie d'un quidam qu'il a besoin d'appeler Sancho. Ils sont là pour être soignés. Mais guérit-on du vent ? L'aliéniste fait un rapport, les observe, les surprend, les pousse au théâtre qui soigne, les baigne, les nourrit, s'épuise. Tout avance comme s'il ne servait à rien. Et pourtant ils sont inséparables, sur leur esquif, à vérifier les voiles et les attaches, comme le lecteur et ses personnages. Le vent qui pousse à rêver à l'immensité juste de l'autre côté de la fenêtre, au cheval, à l'aube, à la fleur, à la femme aimée, aux oiseaux qui sont nés de la mer, une fois calmées les tempêtes, reste une brise légère qui nous anime tous, personnages et lecteurs. Mais Quichotte reste un maître. Alors, l'aliéniste, impuissant à maîtriser ce souffle, ouvrira lui-même la porte pour respirer enfin, pour lui-même s'enfermer dehors, et retrouver l'évidence joyeuse d'un univers éternellement nouveau, juste caché, si on regarde bien, sous les restes épars d'une ancienne carte du monde.
Quichotte, de Didier Galas, le 10 octobre au Théâtre de Mâcon.
Quichotte et les Invincibles, d'Erri De Luca et Gianmaria Testa,
les 7 et 8 novembre au Théâtre de la Renaissance,
le 9 novembre au Théâtre de Mâcon, le 17 mars au CAPI Villefontaine.
Le Cas Quichotte, de Philippe Vincenot, les 15 et 16 janvier au centre culturel Charlie-Chaplin, les 22 et 23 janvier au centre culturel Théo-Argence,
le 26 février au Théâtre de Vienne, le 3 mars à l'espace Albert-Camus.
Don Quichotte - Tome II, de Sarkis Tcheumlekdjian,
le 23 janvier à l'espace culturel de Saint-Genis-Laval.
Don Quichotte, de Philippe Adrien, le 4 février au Toboggan.
Étienne Faye
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