ACCUEIL
ARCHIVES
DADA HISTORIQUE OU TROUVER 491 CONTACTS LIENS


 

JANVIER N°133
Daniel Cohn-Bendit
Jamika Ajalon
Les Innatendus
Jean-Philippe Salério
Gaga Dilo 
Louis Langrée
Gilles Granouillet
Éric Massé
Philippe Ménard
Béatrice Massin

FEVRIER N°134
Scorn - Lydia Lunch
François-Frédéric Guy
Sylvie Mongin-Algan
Turak Théâtre
Médecins sans frontières
Chaos Danse
Cie Käfig
Chronique Québécoise

MARS N°135
Têtes Raides
James Giroudon
Emmanuel Meirieu
Yuval Pick

AVRIL N°136
Wax Tailor
Christian Schiaretti
Shaker
Maison d'Izieu
Ça tchache !
Lady in the dark
Philippe Delaigue
Territoires singuliers
Impemanence

MAI N°137
Assises Internationales du Roman
Peter Csaba
Claudia Stavisky
Nuits Sonores

JUIN/JUILLET
N°1
38/139
Les Intranquilles
Jazz à Vienne
Michel Tremblay
Festival des 7 collines

SEPTEMBRE N°140
Septembre de la photographie
Riddim Collision
Emilie Valantin
Guy Darmet

OCTOBRE N°141
Mathurin Bolze
Lola Lafon
Don Quichotte
Jazz à Rive-de-Gier

NOVEMBRE N°142
Traces
Idem
Denis Plassard
Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



  James Giroudon  


D'une "nuit" créée en 1992 sous l'impulsion du compositeur James Giroudon, Musiques en scène s'est progressivement déployé en festival, puis en biennale, dont la 5e édition tient le haut de l'affiche de la vie culturelle lyonnaise du 4 au 20 mars. Aux côtés de Peter Eötvös, compositeur et chef d'orchestre, commissaire associé à la programmation, James Giroudon, directeur artistique du Centre national de création musicale Grame à Lyon, fait de cette édition 2008 un "grand théâtre de l'écoute". Théâtre jalonné de concerts en hommage à Karlheinz Stockhausen, de 19 créations et de 5 nouvelles productions scéniques et multimédias. Autant de croisements entre le son, le mouvement et l'image qui appellent à emprunter les sentiers de la découverte, sans a priori, pour "se laisser porter par le son et ce qui est donné à entendre".
Cette 5e édition de Musiques en scène démarre dans un climat de tension créée par des orientations budgétaires nationales dangereuses pour la culture. Êtes-vous inquiet ? James Giroudon : Vu de haut, cela ne manque pas de sel. C'est même complètement fantaisiste. La réalité est plus inquiétante car nous perdons 4 % de financement sur le budget de la biennale, pour la part de l'État. Nous nous sommes associés aux actions en cours auprès des DRAC et des ministères pour avoir, d'une part, des précisions et, d'autre part, savoir ce qu'il en est exactement. Le Grame a un label national, et à ce titre il a été annoncé que la structure serait préservée ; mais apparemment le fonds national et les créations musicales ne sont pas dans le lot, donc nous avons interpellé le ministère à ce sujet.
Au-delà de ces incertitudes, estimez-vous que la musique contemporaine à Lyon, et plus largement en France, dispose d'une place et d'une visibilité suffisantes ?
On n'en a jamais assez, et sans doute ne faut-il jamais se satisfaire de l'état des choses. À Lyon comme à l'échelle nationale, il existe une grande frilosité des structures culturelles à inscrire la musique contemporaine dans leur programmation. En tant que fonds national et centre de création musicale, notre intention n'est pas de faire un secteur à part qui serait le seul à produire à côté de la vie culturelle. C'est au contraire de faire en sorte que ces musiques se croisent de la façon la plus fréquente avec le spectacle vivant, mais aussi l'art contemporain, et notamment les arts visuels. Bien sûr, nous nous occupons de la musique, mais toujours dans un esprit de synergie et de rencontre avec différents territoires. Dans le cadre de la saison de Grame comme dans celui de la biennale, nous avons la chance d'avoir un réseau important, quasiment constitué de l'ensemble des structures culturelles et musicales lyonnaises. C'est un vrai maillage, et je suis très heureux du rapport de confiance qui s'est ainsi développé depuis des années avec des partenaires qui ne se contentent pas de prêter des lieux mais qui réfléchissent avec nous à la programmation et font en sorte de la voir se réaliser. Il y a un terrain extrêmement favorable. Maintenant, ce que je souhaiterais, c'est qu'au cours de l'année, et au-delà de la biennale, les musiques contemporaines puissent encore mieux s'inscrire dans ces programmations. C'est un enjeu important.
Musiques en scène 2008 met en exergue un bel hommage à Stockhausen. Est-ce votre choix ?
J'ai associé un compositeur et chef d'orchestre, Peter Eötvös, pour cette biennale, en lui donnant carte blanche. Peter a eu l'idée d'un parcours autour de Stockhausen, qui aurait eu 80 ans cette année et qui demeure un compositeur phare du XXe. Par ailleurs, nous avons pensé retrouver autour de Stockhausen une dimension que nous souhaitions mettre en valeur dans l'édition 2008 : il s'agit de la notion d'expérimentation. La vision du monde et de la musique d'un compositeur rend compte de la complexité de la société d'aujourd'hui et va le confronter à différents points de vue, différents types de projets en construction. Stockhausen a été, en ce sens, l'un des grands innovateurs de la seconde moitié du XXe. Il a non seulement ouvert mais aussi franchi quantité de portes. Aussi nous paraissait-il important que cette dimension soit valorisée, et nous avons choisi de faire un parcours quasiment exhaustif de sa musique électronique, avec 3 concerts assez copieux et la création française d'une pièce instrumentale pour 2 harpes [Freude, Zwei Stunde, le 9 mars] écrite en 2006 par Stockhausen. Cela a néanmoins été décidé bien avant le décès de Stockhausen fin 2007.
Cette biennale propose 19 créations. Quels ont été vos critères de choix ?
Ces créations sont de 2 ordres. Elles concernent des concerts pour ensemble instrumental et électronique puisque nous défendons beaucoup le rapport à cette mixité. Et puis les créations de production (5 au total) comme l'opéra de Peter Eötvös Lady Sarashina, commande de l'Opéra de Lyon, intégré à la biennale, mais également de nouvelles productions de spectacles multimédias comme celle de Mauro Lanza, grand jeune compositeur italien extrêmement inventif qui s'est associé au vidéaste Paolo Pachini pour créer Descrizione del Diluvio [le 14 mars]. Dans nos choix, nous tentons de privilégier les compositeurs que nous pouvons accompagner sur un certain temps, dont les musiquefs ont sens parce qu'elles sont de l'ordre de l'expres-sif et non uniquement des musiques de notes et de sons. Ainsi avons-nous choisi des compositeurs comme Thierry De Mey, compositeur belge que l'on accompagne depuis 4 ans, complètement passionné par le mouvement, le geste musical [Silence must be, le 8 mars], ou encore le Français Franck Bedrossian, qui propose une création pour quatuor de saxophones [Habanera, le 8 mars]. Il travaille sur l'excès de sons, sur la densité, la saturation, et demande beaucoup d'engagement aux interprètes.
Pensez-vous qu'il faille d'autres clés d'écoute pour aborder ce type de musique, comparée à celle dite "classique" ?
Je dirais qu'à partir du moment où ce sont des musiques disposant de fortes expressions, il faut se laisser porter par le son et ce qui est donné à entendre. Autrement dit, il faut plutôt abandonner des habitudes d'écoute ! Bien sûr, les clés peuvent être importantes. Toutefois, si certains publics ont besoin d'une entrée plus intellectuelle, d'autres vont pouvoir se laisser porter ; il faut donc offrir toutes ces possibilités. Mais quelles que soient les musiques que nous proposons, je ne pense pas que la question de l'accessibilité se pose. Ce qui se pose serait plutôt celle d'un formatage de l'écoute, de l'oreille, qui vient de la musique dite "classique" ou "commerciale", et qui fait que l'on peut avoir un peu de mal à se propulser dans un monde sonore hors formatage.

Du 4 au 20 mars, 04 78 28 05 35, www.grame.fr.

Propos recueillis par Caroline Faesch