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  Guy Darmet  


Directeur artistique de la Biennale de la danse, directeur de la Maison de la danse

“Place à la fête !”

À l’aube d’une 13e Biennale en forme de bilan, Guy Darmet, son créateur, directeur artistique, conserve la même gourmandise pour la danse, “art populaire et vivant”. Il annonce son départ pour le 31 décembre 2010, le temps de préparer sa succession. Mais, tout de suite, place à la danse ! Vingt-cinq ans de Biennale, ça se fête.

Au-delà des chiffres – très bons –, que représente pour vous cette Biennale ?
Ces chiffres témoignent tout de même d’une belle réalité. Nous espérons cette année 85 000 spectateurs, avec un taux de remplissage moyen de 90 %. Cela correspond exactement à la mission que je m’étais donnée en créant la Biennale : faire tomber la barrière qui séparait encore le public et la danse. La danse est un art populaire et vivant. Et les habitants du Grand Lyon se sont vraiment approprié la Biennale par le défilé. Dès le premier, en 1996, il y avait 200 000 personnes dans les rues. C’est une image optimiste et généreuse, et je crois qu’elle me ressemble, dans cette envie de donner aux autres. On met tellement de soi, de son temps, de sa vie dans ces rencontres, dans la programmation, que cela doit se ressentir. La Biennale, c’est vraiment mon enfant. J’y ai mis beaucoup de cœur. J’ai toujours eu envie que la danse ait son Avignon ou son Aix. Ma grande fierté, cette année, est d’avoir coproduit 17 spectacles. Avec le dispositif Focus, nous permettons aussi à 70 professionnels étrangers de découvrir des compagnies de danse françaises, comme Fabrice Lambert ou Abou Lagraa.
Le thème de la Biennale de cette année est “Retour en avant”. “Sans mémoire, dites-vous encore, comment construire le présent et penser le futur”… Est-ce une manière de bilan pour les 25 ans de la Biennale ?
Pour les 25 ans de la Biennale, j’avais envie d’avoir un petit regard en arrière, mais sans absolument aucune nostalgie ! C’est pourquoi j’ai été ravi que les chorégraphes s’emparent de cette question de la mémoire avec enthousiasme. La jeune génération, en particulier. Ainsi, Olga de Soto présente un travail autour du spectacle Le Jeune Homme et la Mort, créé par Roland Petit, en juin 1946, à Paris. Wen Hui se souvient de son enfance en Chine et interroge la révolution culturelle. Ce thème nous permet de poser la question importante d’un répertoire contemporain. Existe-t-il ? Est-il une nécessité ? La danse, art de l’éphémère, a été bouleversée par l’arrivée des nouvelles technologies. Avant, malgré les systèmes de notation, beaucoup d’œuvres ont totalement disparu. Dans cette Biennale, Carolyn Carlson va transmettre son solo mythique, Blue Lady, au danseur finlandais Tero Saarinen. Les Ballets de Lorraine vont recréer Les Petites Pièces de Berlin, que Dominique Bagouet avait créées lors de la Biennale de 1988. On va aussi retrouver Suzanne Linke, qui était venue lors de l’édition allemande de la Biennale, en 1985… ou encore José Montalvo et Dominique Hervieu, qui viennent créer un spectacle autour de Gershwin. Dans cette Biennale, j’ai également tenu à ce qu’il y ait des classiques contemporains, qui créent à partir des techniques classiques, comme Matteo Levaggi. On a un retour dans la création contemporaine à une danse “qui danse”, et parallèlement un vrai développement de performances dansées. Ce qui me semble très intéressant aujourd’hui, c’est l’interdisciplinarité, comme la développent par exemple Pierre Rigal ou Mathurin Bolze avec le cirque.
Au-delà de la Biennale, avez-vous toujours l’intention de quitter vos fonctions ? Et y a-t-il des projets de déménagement ou de construction de la Maison de la danse ?
La danse est un atout pour la ville et pour la région. D’ailleurs, avec le Centre chorégraphique national de Rillieux, le Ballet de l’Opéra et le Toboggan, le Conservatoire, la Maison de la danse et la Biennale, nous avons à Lyon un ensemble unique en France. Je reste ouvert à toute proposition pour un nouvel emplacement, mais ça ne peut qu’être un projet architectural exceptionnel, un bâtiment écologique… Pour ce qui me concerne, j’ai décidé de quitter la Maison de la danse le 31 décembre 2010. Je reste au service de ma ville, mais j’ai aussi envie de profiter de la vie et des gens que j’aime. On m’a confié la Maison de la danse à l’âge de 33 ans. Je me donne aujourd’hui 2 ans pour transmettre cette responsabilité. Je crois que c’est raisonnable. D’où que vienne mon successeur – je ne veux pas me priver d’un éventuel appel d’offres européen –, j’espère que ce sera quelqu’un de passionné, qui respectera l’ouverture et le caractère populaire de la Maison de la danse et de la Biennale. La prochaine Biennale, en septembre 2010, sera la dernière dont j’assurerai la programmation, avec Benjamin Perchet [ndlr : adjoint à la programmation]. Nous avons déjà commencé et nous allons nous éloigner de la notion de thème. Mais, pour l’instant, place à la 13e Biennale. Place à la fête !

13e Biennale de la danse, du 6 au 30 septembre dans l’agglomération lyonnaise, 04 72 26 38 01

Florence Roux