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JANVIER N°133
Daniel Cohn-Bendit
Jamika Ajalon
Les Innatendus
Jean-Philippe Salério
Gaga Dilo 
Louis Langrée
Gilles Granouillet
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Philippe Ménard
Béatrice Massin

FEVRIER N°134
Scorn - Lydia Lunch
François-Frédéric Guy
Sylvie Mongin-Algan
Turak Théâtre
Médecins sans frontières
Chaos Danse
Cie Käfig
Chronique Québécoise

MARS N°135
Têtes Raides
James Giroudon
Emmanuel Meirieu
Yuval Pick

AVRIL N°136
Wax Tailor
Christian Schiaretti
Shaker
Maison d'Izieu
Ça tchache !
Lady in the dark
Philippe Delaigue
Territoires singuliers
Impemanence

MAI N°137
Assises Internationales du Roman
Peter Csaba
Claudia Stavisky
Nuits Sonores

JUIN/JUILLET
N°1
38/139
Les Intranquilles
Jazz à Vienne
Michel Tremblay
Festival des 7 collines

SEPTEMBRE N°140
Septembre de la photographie
Riddim Collision
Emilie Valantin
Guy Darmet

OCTOBRE N°141
Mathurin Bolze
Lola Lafon
Don Quichotte
Jazz à Rive-de-Gier

NOVEMBRE N°142
Traces
Idem
Denis Plassard
Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



  Mathurin Bolze  


En moins d'un an, il aura joué 3 spectacles à Lyon. Reprenant aux Invites Fenêtres - solo vertigineux en apesanteur qui finissait par vous enfermer dans un huis clos oppressant (cf. 491, mai 2005) , impatient de présenter au plus grand nombre sa fantaisie du moment, Ali, petit pas de deux avec Hedi Thabet, unijambiste hors pair, et peaufinant toujours Tangentes, pièce collective à l'univers sombre questionnant sur l'homme dans ses rapports à l'autre (cf. 491, février 2007), Mathurin Bolze, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est toujours cet insatiable curieux et ce travailleur boulimique. États de scène, envies et autres réflexions du moment.

Ali ou la rencontre du 3e type ? C'est une petite forme (ou un numéro long), un pas de deux à 3 jambes avec un vieil ami, Hedi Thabet. Une chaise, une lampe, 4 béquilles ; un morceau de musique qui dure 2'30, pas d'artifices, on ne parle pas : c'est totalement artisanal. Une petite forme qui se colore juste de nos présences et personnalités. Quelque chose d'assez tendre et humoristique avec un côté circassien… même si ce qu'on fait est acrobatique plus que performant. De toute manière, qu'est-ce que la performance ? La question finit par se poser. J'ai un attachement tout particulier à ce spectacle. Parce que c'est une parole, je crois, qu'on n'entend pas souvent. Rien à voir avec la voie choisie par Marie Chouinard dans Body Remix, avec un spectacle très formel. Nous, on décide de parler de 2 bonshommes, du rapport de l'un à l'autre, du rapport de chacun à soi. […] Confronté au regard des autres, Hedi [ndlr : suite à un problème de santé, il a perdu une jambe] n'a pas du tout un regard qui appelle la compassion. Pour lui, c'est un sentiment à chier. Compatir, c'est souffrir avec… Hedi ne souffre pas. Tu ne sens pas son handicap. Parce que c'est quoi, le handicap ? Qui est handicapé et par rapport à quoi ? Quand tu vois les performances aux Jeux paralympiques, tu te demandes qui est handicapé. Hedi a une manière de placer tout ça juste par sa posture, sa qualité de regard, et par - j'espère aussi - ce qu'on a réussi à fabriquer. Parce qu'il y a de l'humour, cette part de fusion à l'endroit où l'on peut ne faire plus qu'un avec nos 2 corps, quand je peux être le soutien dont il a besoin, comme il est mon soutien aussi. On ne cherche pas tant à fabriquer quelque chose qu'à témoigner ou à donner à voir : l'amitié, et comment on la transforme en forme spectaculaire. Ça part d'une posture plus en retrait, moins démonstrative, et qui va toucher à des choses à la fois visuelles et construites. Moi aussi, ça me déplace énormément. Sur Tangentes ou Fenêtres, j'avais des semi-remorques de matériel, et là on part avec une chaise, une lampe et 4 béquilles. C'est partir de rien, comme à poil, pour savoir ce qu'on fabrique ensemble. C'est une redescente en soi : qu'est-ce que c'est, l'essentiel ? Qu'a-t-on à raconter tous les 2 ? Ça tient en peu de mots : amitié, soutien, fraternité, double, siamois, altérité (on est violemment renvoyés, par moments, au fait qu'on est profondément différents). On est vraiment dans ce questionnement de l'autre.

Qu'est-ce donc que la performance, puisque la question se pose ?

Elle est partout, ou elle n'est nulle part. Elle est dans ces petites acrobaties qu'on peut faire tous les 2, parce que c'est impressionnant de le voir. Elle est aussi dans la distance et l'humour qu'il a vis-à-vis de ce corps devenu sans cesse une interrogation. Quand tu vois un corps modifié, tu as "ce" regard (quand tu n'oses plus regarder)… Lui, il réussit à décomplexer ce regard, et ça, c'est une performance.

Avec du recul, comment analysez-vous l’évolution de votre travail ?

Le fil conducteur, c'est moi [rires]… Dans ce qui me touche, comment j'évolue. Le point commun, c'est toujours une envie de témoigner de l'humanité. De montrer des formes de vie, de recréer la vie sur un plateau. Pour ça, il faut des gens qui ne soient pas dans la feinte, ni par rapport à leur histoire, ni à travers ce qu'ils véhiculent ; mais qu'ils soient ancrés à une présence qui les constitue et qu'ils irriguent. C'est dans ce va-et-vient que la rencontre peut se faire, que l'empathie peut naître. Avec Fenêtres, bien que solo, il y avait ce plaisir-là d'être vu. Dans Tangentes, partition à 4, il y avait le plaisir de se rencontrer, l'envie de toucher des choses graves, parce que c'était ce qui nous avait joyeusement mis au travail sur le plateau. Le point commun de tout ça : quand ça parle de bonshommes et que ça s'adresse à d'autres bonshommes. La question de la forme (avec ou sans trampoline, avec ou sans corps) est accessoire… suivant les possibilités du moment, selon la nature de la rencontre. J'y vois un tout… une narration, ou une manière d'écrire qui est faite de ruptures et/ou de sauts. Il n'y a ainsi pas de chronologie, juste une juxtaposition d'états et dans ces états-là, ça donne quelques éléments du kaléidoscope d'une personnalité entière qui dépasse le cadre du spectacle. On a assez avec ce fragment pour arriver à reconstituer ce qui manque. Ce n'est pas loin de la poésie : par ce que tu enlèves, ce que tu cisèles, apparaît en creux tout ce que tu n'y as pas mis.

Il y a aussi toutes ces collaborations artistiques…

C'est toujours enrichissant de travailler avec des gens qui ont de la bouteille. Et des moyens techniques ! Avec Roland Auzet et Jérôme Thomas, c'était aussi une autre manière de se confronter à la question de la musique, du plateau, du duo… Ce qui m'a motivé ? Certainement le fait de savoir que ça pouvait se réaliser sans moi ! Quelque chose dont je n'avais pas la responsabilité première. Et puis, Roland Auzet est un percussionniste virtuose. Quant à Jérôme Thomas, c'est vraiment un personnage de cirque. J'avais envie de les rencontrer plus. [Espace des Arts, du 21 au 24 octobre, 03 85 42 52 00] J'ai aussi travaillé avec Léa Drucker et Maurice Bénichou, pour voir à quoi ressemble le théâtre avec de vrais acteurs. […] Passer du temps sur un plateau dans des ambiances de création : c'est là que tu te forges le métier. Mais cela demande un investissement. C'est un entraînement, un peu comme faire de la musculation ou s'assouplir ! Je multiplie les occasions. Comme avec Caroline Aubin, avec le GdRA. À chaque fois, c'est être confronté à une nouvelle scénographie, un nouveau rapport à la musique, au plateau. C'est ça qui m'importe.

Il a aussi mis en route sa prochaine création, Du goudron et des plumes, réflexion collective à 5 qui questionnera les notions d'altérité, de normalité et/ou de disproportion. Il devrait y avoir des portés, de l'acrobatie, de la manipulation d'objets et un sol particulier, suspendu, instable parfois, un peu comme un tapis volant ou un radeau (présentation publique aux Subsistances le 9 décembre). En attendant, on pourra le (re)voir.

Ali, du 10 au 12 octobre aux Subsistances , Week-End ça Valse !, 04 78 39 10 02, et du 15 au 17 mai à l'École de cirque de Lyon, 04 72 38 81 61 Tangentes, les 25 et 26 novembre au centre culturel Théo-Argence, 04 78 20 02 50

Anne Huguet