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38/139
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Festival des 7 collines

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DECEMBRE N°143
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  Festival des 7 collines  


Heureux Stéphanois en ce début d'été : ils seront les spectateurs privilégiés d'une très belle 14e édition du Festival des 7 Collines. La programmation est un modèle de pluridisciplinarité, musique, danse, théâtre, cirque, performance et même cinéma en plein air (du 4 au 10 juillet place Jean-Cocteau). Remarquable aussi l'origine diverse des artistes, puisqu'ils arrivent de Finlande, du Portugal, de Bulgarie… La chanteuse Asa est d'ailleurs franco-nigériane et c'est elle qui ouvrira les festivités avec une soul en yoruba, sa guitare et sa voix… le 2 juillet, au Fil. Le cirque australien Acrobat, de haute voltige, sensuel et onirique, se montrera ensuite les 4 et 5 au musée de la Mine, et l'Espagnole María Jerez devrait surprendre ses spectateurs avec El Caso del Espectador les 4 et 5 à la salle de l'Usine de la Comédie de Saint-Étienne. Les 7 et 8 à l'Usine, il y aura la danse à la carte de Chris Haring et son Running Sushi. Les mêmes jours, on ira s'ébaudir de la performance énergique d'Ivo Dimchev, le Bulgare, et de cette fort curieuse Lili Handel. À propos de danse, discipline à l'honneur décidément, notons le cirque-danse intitulé Edgar des concepteurs et interprètes Claudia De Serpa Soares et Grayson Millwood (des Allemands, bien sûr) au NEC de Saint-Priest-en-Jarez le 11. Autre spectacle, en provenance de par là, bien que d'un peu partout, la lecture conçue par Philippe Zarch de textes signés du très fameux écrivain voyageur Nicolas Bouvier : J'avais une fleur rouge dans la poitrine et cette fleur regardait le monde. Une lecture dans une yourte installée au musée d'Art et d'Industrie, du 4 au 6 juillet.

Conversation avec Philippe Zarch.

Comment avez-vous eu l'idée de cette lecture-spectacle ?

Nous sommes une compagnie dotée d'une yourte pour un spectacle jeune public actuellement en tournée et j'ai pensé que c'était l'espace idéal pour lire la prose magnifique d'un voyageur comme Nicolas Bouvier. Je me suis replongé avec bonheur dans L'Usage du monde, dans Le Poisson-Scorpion ou dans La Descente de l'Inde, il y croque en peu de mots des portraits superbes. En conséquence, et grâce à la comédienne Danielle Pasquier, à l'accordéoniste Paul Predki, le spectateur sera invité en Turquie, en Inde… Mais ce seront des portraits d'hommes et de femmes croisés au hasard de la route, que le spectateur aura du mal, parfois, à situer.

Ce n'est donc pas le récit des aventures de Nicolas Bouvier ?

Je ne suis pas friand de récits de voyage, en général. Ces portraits, je crois, permettent d'enclencher une réflexion sur le voyage. Nicolas Bouvier travaille sur la lenteur et son œuvre ne peut à l'évidence être résumée à des péripéties. D'ailleurs, ses livres ne sont pas issus de notes prises sur le vif. Il faut savoir qu'il publie L'Usage du monde 10 ans après son retour, et c'est ce qui fait de cet écrivain précieux, à la langue superbe, un conteur peu académique. Car le temps qui passe entre le voyage et le moment de l'écriture ajoute de la matière. Les péripéties ne précipitent pas le récit, au contraire elles ajoutent du temps, elles sont, sous la plume de Bouvier, des non-événements, tandis que les choses les plus anodines deviennent des événements.

Une lecture, c'est un objet particulier ? Quel dispositif avez-vous imaginé ?

J'ai d'abord choisi des textes courts, pour une lecture qui rebondit. On ira vite pour traverser la Yougoslavie, la Turquie ou l'Afghanistan, mais en se laissant porter par l'écriture. Comme le note Nicolas Bouvier dans sa Chronique japonaise, les Japonais préfèrent dire : "La montagne m'a porté jusqu'au sommet." La yourte est un lieu qui incite déjà au voyage, c'est une structure enveloppante, très maternelle, intime, où nous ne pourrons accueillir que 36 à 40 spectateurs par représentation. Cela nous permettra d'établir une proximité avec le spectateur. Deux poteaux soutiennent le tone (clé de voûte du toit permettant l'aération) et le public sera donc réparti de chaque côté, en "bifrontal". C'est génial, une lecture, on peut la faire n'importe où, il suffit de pousser les tables. L'accordéon jouera un répertoire des Balkans, participant à cette magie : un supplément de voyage.

Festival des 7 Collines (42), du 2 au 11 juillet, 04 77 21 90 44

Étienne Faye