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Vanessa Wagner et Bertrand Chamayou, jeunes pianistes virtuoses mais dotés de tempéraments très différents, font respectivement l'affiche des saisons de la Société de musique de chambre (les 6 et 7 mars) et de Piano à Lyon (le 17 mars). Vanessa Wagner se produira en trio dans un programme Rachmaninov, Mendelssohn et Brahms. Bertrand Chamayou, pour sa part, est invité pour un cycle entièrement dédié à Chopin : il y interprétera le Concerto pour piano n° 1 en mi mineur dans sa version pour piano et quintette à cordes. Portrait croisé de 2 instrumentistes, nouvelles icônes de la scène actuelle.
Avec quelques printemps d'avance sur Bertrand Chamayou, Vanessa Wagner amorce sa 33e année gratifiée d'une belle expérience de concertiste, en soliste ou chambriste. Avec un 1er Prix de piano obtenu à 17 ans, elle est entrée première nommée en cycle de perfectionnement dans la classe de Jean-François Heisser au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Sa carrière de pianiste se révèle alors comme une nécessité. "Je n'ai pas vraiment choisi d'être pianiste", explique-t-elle. "Cela s'est imposé à moi." Avec une sensibilité à fleur de peau doublée d'un patronyme prédestiné, la jeune pianiste se fait vite remarquer, et proposition lui est faite d'intégrer en septembre 1995 l'Academia de Cadenabbia (Côme, Italie), où elle reçoit notamment l'enseignement de Léon Fleisher et de Murray Perahia. Cette même année, elle enregistre un 1er disque autour d'œuvres de Serge Rachmaninov. Plutôt bien accueilli par la critique, cet opus révélait une jeune pianiste à la technique irréprochable, mais dont la personnalité devait s'affirmer. Suivra un 2e disque, cette fois consacré à Scriabine, doublé d'un gain de maturité qui lui vaudra une Victoire de la musique dans la catégorie "Nouveau talent" en 1999. Une étape marquée par la prise de conscience que la voie choisie serait dure. "Je crois à la vertu du travail et je suis persuadée qu'une belle carrière qui dure, c'est bien cela le plus difficile", expliquait-elle alors. Grandeur du jeu, finesse de l'interprétation, Vanessa Wagner franchit l'an 2000 tout à son avantage. Elle apparaît avec l'Orchestre national de France, l'Orchestre national du Mexique ou l'Orchestre de la philharmonie de Budapest, vogue de Paris à Shanghai en passant par Munich. Et consacre un disque à Debussy en 2005. Admirée pour la fluidité de son jeu et l'émotion qui s'en dégage, la soliste sait aussi se faire aimer des chambristes. C'est d'ailleurs en trio que la Société de musique de chambre de Lyon l'a conviée, et dans un de ses registres de prédilection : Rachmaninov. Aujourd'hui plus qu'hier, Vanessa Wagner dispose d'un imaginaire étoffé, tout au service de son interprétation. Dans ce Trio élégiaque n° 1 pour piano, violon et violoncelle ici programmé, elle promet le meilleur d'elle-même. Renversement des sens assuré.
6 mars, Salle Molière, 04 78 38 09 09
Mystère
Quelques jours plus tard, c'est l'indomptable Bertrand Chamayou qui lui succédera, salle Molière, également pour un concert de musique de chambre. À 25 ans, il fait déjà montre d'un talent exceptionnel, doublé d'une bonne dose de maturité pour son âge. Plus insaisissable que son homologue féminin, Bertrand Chamayou donne dans la catégorie touche-à-tout, réussit tout. Émotif, passionné, se reconnaissant volontiers "d'humeur changeante", il vit avec une soif insatiable de découvrir et d'expérimenter. Contrairement à Vanessa Wagner, sa vocation de musicien a émergé dès l'âge de 13 ans : il s'intéresse alors à l'harmonie, à la musique contemporaine, s'essaie à la composition… Puis il embrasse le cursus classique au Conservatoire de Paris et entre lui aussi en perfectionnement avec Léon Fleisher et Murray Parahia, qui, quelques années auparavant, avait prêté une oreille tout aussi attentive au talent émergent de la jeune Wagner. Suivent les premiers contacts avec la scène et ses bouffées d'adrénaline. Aujourd'hui, Bertrand Chamayou avoue que, s'il aime toute forme de concert, la musique de chambre est "moins éprouvante". Et d'expliquer : "En soliste, je suis victime d'un trac assez violent. J'ai appris à vivre avec lui et il m'apporte beaucoup de joie." Nul doute que le jeune Chamayou aime la chose et son contraire ; fougue et passion obligent ! À son palmarès figurent un 2e Prix au concours Kraïnev, un 4e au Long-Thibaud et, plus récemment, une Victoire de la musique en 2006. Adepte des défis musicaux, il ne rechigne pas à jouer Schumann, Scriabine ou Debussy et ambitionne de se lancer à clavier perdu dans Ligeti, Stockhausen ou Lachenmann… C'est toutefois dans une posture plus classique qu'il reviendra sur la scène lyonnaise, pour un week-end "Hommage à Chopin". Exaltation garantie sous les doigts du prodige, avec une petite touche d'imprévu qui le caractérise si bien : ce Concerto pour piano n° 1 en mi mineur opus 11 sera interprété dans sa version pour piano et quintette à cordes, avec des amis du jeune talent. Des amis, mais lesquels ? Eh bien, Bertrand Chamayou semble vouloir garder le mystère entier. Brio, romantisme et surprise à l'affiche : qui dit mieux ?
17 mars, Salle Molière, 04 78 47 87 56
Caroline Faesch |