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Après Ça Bouge, Ça Tranche ou Ça Chauffe, voilà Ça Change ! le nouveau week-end des Subsistances autour de la création contemporaine, celle qui se triture les méninges et peut bousculer certaines conventions. Même formule, même démarche artistique pour ces week-ends un peu spéciaux, avec pour mission de “faire la fête à la création contemporaine : l’éclectisme, les nouveaux langages, les découvertes ouvertes à tous. Avec des artistes qui travaillent sur l’idée d’un monde en mouvement, d’un corps potentiellement politique : c’est pour cela que “ça change”, résume magistralement Cathy Bouvard, sa directrice artistique.
Au programme, d’abord une thématique imposée autour d’un texte, Les Gestes, du philosophe écrivain Vilèm Flusser (considéré comme un théoricien des médias du XXème siècle). “Nous avons sollicité des artistes pour qui l’idée et le discours sont une matière centrale du travail, mais qui en font des objets artistiques très vivants, très physiques et à peu près indéfinissables. On leur a donné les textes, une contrainte scénique unique, un budget et ils travaillent totalement librement. Si cela les contraint à interroger leur langage avec une matière qui leur est de prime abord étrangère, cela leur permet aussi d’emprunter parfois des chemins de création qu’ils n’auraient jamais imaginés. C’est particulièrement vrai au sujet de ces Gestes de Vilèm Flusser : des textes philosophiques qui virent de manière imperceptible vers l’absurde et le “dingo”, cela oblige à s’interroger sur la cohérence de son propre langage. Et les cinq propositions du collectif Geste sont très excitantes et totalement différentes : du cirque, à la musique ou à la performance”, développe C. Bouvard.
Que ce soit le travail de la contorsionniste québécoise Angela Laurier (elle a collaboré, entre autres, avec le Cirque du Soleil, Cirque du Trottoir ou François Verret) qui décortique le “geste en vidéo” en fouillant dans son passé : elle analyse le rapport entre son art exigeant “la contorsion est une forme d’aliénation dans la répétition des gestes, n’hésite-t-elle pas à dire. Il y a une forme de violence dans l’entraînement. (…) une fuite dans le physique” et la folie psychiatrique de son frère et son père. Autre approche, celle du duo Renaud Golo (scénographe) / Denis Mariotte (compositeur) qui œuvre autour du geste “le geste de faire”. Le résultat s’annonce loufoque, un peu fou et finalement bien loin du texte initial. On sait juste qu’il y aura des panneaux, qu’ils ont décidé de ne pas être en rapport et que ça aura trait à la musique et à la voix. “Tout ce qu’on peut faire est d’inventer un territoire commun” confient-ils doctement. Avec la Cie du Zerep (leur univers mêle habituellement théâtre, cabaret, musique, boulevard), c’est le “geste de détruire” qui sera décortiqué avec une recherche sur la forme, sur le temps, au final sur l’expressionnisme de leur travail. A découvrir donc.
Ce sont donc quelque 60 artistes qui seront de la partie, alternance de performances, de petites formes et de créations abouties (8 en tout). Dont celle du performer américain, Keith Hennessy, qui s’en revient avec Sol Niger, le soleil noir comme métaphore des réalités politiques, historiques et personnelles. Hennessy, en compagnie de trois artistes de cirque et un musicien, crée un spectacle engagé physiquement et politiquement autour de la question de l’identité américaine. On se doute qu’on n’en sortira pas indemne vu le passé d’agitateur du bonhomme et son habitude d’interpeller toujours de plein front le spectateur à tel point qu’il dérange, gêne et indispose même. “Nous construisons ces week-ends avec l’idée de faire partager l’univers d’artistes qui ont fait bouger nos codes de perceptions, qui nous ont filé des électrochocs ou qui nous ont révélé des champs d’émotions… alors forcément ça peut dérouter un peu”, rappelle Cathy Bouvard.
Autre artiste résident en lice, Alexandre Roccoli poursuit sa recherche autour des rapports entre danse et musiques électroniques. Avec A Short Term Effect, ambiance sound system au programme, un set de danse, avec trois danseuses, construit autour de certains principes de répétitions et d’accumulations.
Quoi d’autre ? La présence d’artistes suisses dans le cadre de l’opération La Belle Voisine avec un Écho Sonore 100% helvétique aux confins des genres. Du blues âpre et urbain avec le trio Hell’s Kitchen, du post-rock racé et cinglant avec les Lausannois de Honey For Petzi, des ambiances barrées avec What’s Wrong With Us ou encore les performeuses poètes vidéastes Les Reines Prochaines. Mais aussi la belle surprise des 7273 qui donneront à découvrir Climax. Laurence Yadi et Nicolas Cantillon sont deux jeunes chorégraphes suisses; leur danse est précise et légère, inventive et pleine d’humour. “Le climax agit sur nous comme une stimulation à rebours, une dynamique négative : en danse, il n'y a pas de recette miracle; c'est ce qui donne le champ libre à l'invention... Enigmatique invitation au spectacle, non ?!”
Au gré de vos déambulations aux Subs, faites aussi le détour par le cabinet de curiosités qu’est Le Frigoscope, soit l’installation en rond de douze carcasses de frigos des années 50. Ces frigos qui s’ouvrent et se ferment se révèlent être de vraies cavernes d’Ali Baba avec diverses installations et petites mises en scène magiques. Pour petits et grands. Autre invité incongru, le Manège à Jipé, bizarroïde manège et musée infernal de tous les désirs, rêves et cauchemars.
La bonne pratique : pas d’œillères, pas de principes, juste l’envie d’en découdre avec la création et d’approcher d’autres perceptions et sensibilités artistiques et de se laisser surprendre… On paie au spectacle et à la performance (5€/3€) au gré de ses envies (néanmoins, fortement conseillé de réserver, les jauges sont petites !).
Subsistances, 19 au 21 janvier, 04 78 39 10 02
Anne Huguet |