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AVRIL 2007 N°125  


© Laurent Zine

Le Sonic
comme son nom l'indique

Ouvert il y a un an sur la péniche Le Mascaret, située sur la Saône en bas à gauche face à la montée de Choulans, ce "club dédié aux musiques underground" commence à faire des vagues (!), et bien au-delà des limites municipales du fleuve. Bienvenue au Sonic, où les "mariniers" de service, Stéphane Bony et Thierry Vignard, vous accueillent avec le sourire et une (sacrée bonne) idée derrière la tête

Avant le Sonic ?
Nous étions éducateur et bibliothécaire […], et sinon membres de l'association Sonotone, qui a commencé à organiser des concerts lors de la première fermeture du Pez Ner [ndlr : en 2000], pensant qu'il y avait justement urgence à se bouger pour faire vivre certaines musiques à Lyon. Nous avons ensuite programmé nombre de groupes, dont Godspeed You Black Emperor! pour leur première apparition dans la région, et pas mal de concerts dans l'antre du cours Tolstoï. Ensuite, quand le Pez Ner a rendu l'âme en 2002, nous nous sommes repliés sur le Kafé Mysik, avec le problème de jauge que cela impliquait, sans parler des problèmes de "nuisances sonores", et ce jusqu'à ce que le Kafé ferme lui aussi… L'idée de monter une salle de concerts dédiée aux musiques underground a donc germé dans nos têtes à ce moment-là.
Vous aviez donc à l'esprit de combler le vide laissé par le Pez Ner ?
C'est un peu ça, toutes proportions gardées, essentiellement parce que nous nous sentions très proches de leur programmation. Quoi qu'il en soit, c'est devenu de plus en plus dur pour Sonotone et toutes les autres associations de trouver des lieux où organiser des concerts dignes de ce nom. On a fini par en faire un au Clos Fleuri (c'est-à-dire une sorte de PMU…), ce qui a convaincu que nous ne pouvions plus accueillir les artistes dans ce genre de conditions.
Le Sonic, c'est donc un peu l'occasion qui a fait les larrons ?
Carrément ! Le besoin d'un tel lieu était criant, mais, en ce qui nous concerne, les moyens financiers nécessaires à sa réalisation étaient de l'ordre de la science-fiction… Sachant que nous étions seulement 2 prêts à nous investir totalement dans le projet, et sachant qu'avec Sonotone nous avions toujours privilégié une certaine indépendance en dehors du système de la culture subventionnée.
Ainsi avez-vous franchi le pas sur la péniche Le Mascaret…
Nous avons découvert cette péniche tout simplement en venant y organiser des concerts. Le lieu marchait de façon sporadique et ses propriétaires étaient à la recherche d'un vrai projet culturel (viable si possible) pour l'avenir, c'est-à-dire autre chose qu'une boîte de nuit lambda. Nous leur avons donc proposé le concept de ce club dédié aux musiques underground, et on a trouvé un accord ultra rapidement puisqu'ils avaient déjà pu appréhender notre façon de faire. En 2 ou 3 mois, il a fallu démissionner de nos boulots, faire les travaux d'aménagement (scène, etc.), sans parler de toute la paperasse… Le Sonic est vraiment né dans l'urgence !
Question bateau, puisque nous y sommes… pourquoi le "Sonic" ?
Sûrement un peu à cause de Sonic Youth, qui est un groupe clé pour nous et qui a eu une énorme influence, toutes chapelles musicales confondues. Et puis, "Sonic", je crois que cela parle dans toutes les langues et à tous les mélomanes.
La jeunesse est-elle toujours autant "sonique" ?
Disons qu'il n'est pas évident de changer ses habitudes de sortie en moins d'un an… Et quand on sait les problèmes que connaissent Les Instants chavirés, c'est-à-dire la salle dédiée aux musiques innovatrices en France [ndlr : à Montreuil], on peut se poser des questions. Mais notre motivation n'est en rien entamée.
Quel bilan dressez-vous après un an d'activité ?
C'est dur économiquement. Et je crois qu'on se voyait un peu trop vite arrivés en pensant naïvement que les gens seraient d'emblée et massivement plus curieux. On reste néanmoins confiants et persuadés qu'il y a la place pour le Sonic, en dehors du circuit des salles institutionnelles et des boîtes de nuit. Il faut simplement du temps pour installer une véritable programmation, se faire connaître, clairement identifier notre lieu, etc. En un an, la progression est néanmoins sensible : il y a de plus en plus de concerts et de gens qui viennent ici, pour se rendre compte que nous sommes situés à seulement 5 minutes de Perrache… quand bien même le côté un peu excentré a un énorme avantage, puisque ceux qui viennent au Sonic ne le font certainement pas par hasard !
Un lieu "dédié aux musiques underground"…
Oui, mais c'est devenu un peu plus large que ça, puisqu'en dehors des concerts on commence à faire du "clubbing" - entre guillemets, j'insiste ! -, c'est-à-dire des soirées où les gens peuvent effectivement venir danser et écouter de la musique (par exemple électronique), j'espère différente de celle qui passe ailleurs. Disons que l'on part des musiques dites "underground" pour s'ouvrir ensuite à d'autres styles, parce que l'on aspire à fédérer les gens et que les différentes micro-scènes sont encore trop cloisonnées ici à Lyon.
Comment faire évoluer le Sonic ?
Il y a forcément le problème de l'ouverture tardive du lieu (3 heures au lieu de 1 heure actuellement) qui va se poser. Ça nous permettrait d'amplifier la scène électronique et tout simplement de ne pas virer les gens juste après les concerts. C'est donc indispensable à terme. Mais l'option est toujours la même : développer les concerts en semaine et faire quelque chose d'un peu plus "festif" le week-end ; une sorte de club à mi-chemin entre le rock et l'électro. Un juste milieu entre la salle trop identifiée "musiques pointues" et le club mainstream.
La nature de vos rapports avec les Institutions culturelles ?
Pour l'instant, c'est le néant…
Vous n'envisagez pas, à terme, de poser des dossiers de subvention, puisque vous avez un véritable projet culturel ?
Nous ne sommes pas réfractaires à l'idée… Mais ce n'était pas non plus la priorité, puisqu'il nous fallait d'abord "installer" progressivement le Sonic, trouver un système de son de qualité, et voir ce que cela donnait par nous-mêmes sur la durée. Quant au projet culturel, la programmation parle d'elle-même au bout d'un an : 150 concerts avec 50 % d'artistes internationaux et, bien sûr, une bonne partie de la scène locale. Sachant que nous ne louons pas la salle mais que nous la mettons à la disposition des associations, ce qui sous-entend une vraie collaboration. Notre idée étant de "garder la main" sur la programmation, puisqu'il n'est absolument pas question de faire tout et n'importe quoi !
Quels sont les groupes que vous aimeriez voir au Sonic ?
Par exemple Zéro, le nouveau projet de Bästard… Sinon, pas mal de groupes issus de la scène électro mais qui sont dans des délires de prix surréalistes pour nous.
Les meilleurs souvenirs ?
Ils sont légion, ne serait-ce que Blurt dernièrement. Sinon Blood Red Shoes, Miranda, Incite ou Neptune et quelques autres groupes pour le moins surprenants.
On en vient à votre anniversaire…
Ce sera une soirée gratuite le samedi 31 mars, avec un concert de Sun God Motel (ex-Blues Butcher Club) et une performance de Jean-Hervé Péron, membre fondateur de Faust. Il y aura aussi des mixes et des surprises en pagaille, sachant que l'on pourra fermer plus tard puisque c'est permis pendant le temps que dure la Foire de Lyon…
L'avenir ?
On reste financièrement fragiles, mais on est sûrs qu'il y a moyen de faire quelque chose puisque, au bout d'un an, les gens commencent vraiment à investir le lieu. Et c'est exactement ce pour quoi il a été fait.
Sur ce, souquez ferme, et bon vent !

Toute la programmation du Sonic sur www.myspace.com/soniclyon

Laurent Zine