|
Comment est né le projet de ce spectacle ?
Marie Dilasser était de la 1re promotion d'écriture théâtrale de l'Ensatt. Je l'ai rencontrée en 2005, quand la Comédie de Valence m'avait justement proposé de mettre en espace les pièces courtes de 3 auteurs de cette promotion, dont celui de Marie Dilasser, Quoi être maintenant ?, que nous avions d'ailleurs monté avec Claire Semet et Hélène Vivies, qui sont dans l'actuelle distribution [avec Anthony Poupard, ndlr]. J'avais été particulièrement marqué parce que Marie Dilasser, à juste 24 ans, avait déjà un véritable ton de la comédie burlesque. Nous avons répété très vite, et le plaisir de lecture, ce 1er choc jubilatoire, s'est amplifié dans le travail !
C'est pourquoi vous avez voulu la retrouver cette année ?
Oui, et c'est à nouveau parti d'une commande de la Comédie de Valence pour créer un texte contemporain en 2007. Nous avons redemandé une pièce à Marie Dilasser et elle a écrit Me zo gwin ha te zo dour. Elle a conservé la question " quoi être maintenant ?" en sous-titre, mais c'est un nouveau texte [publié en décembre 2006 aux Solitaires intempestifs, ndlr].
Que raconte la pièce ?
C'est inracontable ! Le texte est un triptyque dont chaque volet est consacré à chacun des 3 personnages : Boruta, le sans-papiers, Paule, la fille qui voudrait renaître homme, Elfie, la mère que quittent son mari et sa maîtresse. Il y a une obsession pour la question de l'identité, celle qui nous façonne, celle qu'on refuse, celle qu'on imagine. Les hommes veulent être des femmes, les femmes des hommes. C'est assez loufoque, en réalité. Les personnages ont des aventures "sexuello-campagnardes". Entre chaque volet, Marie Dilasser a aussi inventé des intermèdes qui mettent en scène des animaux fantastiques : un taureau fort distingué, une truie angora rousse et une brebis carnivore. J'ai adoré mettre en scène des animaux. Et il y a une espèce de vertige dans la transformation identitaire qui fait exploser les limites du divertissement. C'est une forme légère, un spectacle drôle, une farce que nous avons voulue extrêmement colorée.
La pièce n'a-t-elle pas tout de même une part sombre ?
Les personnages font sans arrêt l'expression d'une volonté de départ, pour s'en aller ailleurs, au-delà des frontières et au-delà d'eux-mêmes. Ils ont une obsession de l'ailleurs. De là où l'on n'est pas. De l'autre. Et, souvent, le renoncement à soi, le fait de changer est aussi une douleur. Il y a une perte de soi. C'est peut-être la part sombre de la pièce.
Que signifie Me zo gwin ha te zo dour ?
C'est du breton [l'auteure est bretonne et vit en Bretagne, ndlr]. Littéralement, cela signifie "je suis vin et tu es eau". Mais, bien sûr, on peut y entendre beaucoup de choses différentes ! Marie Dilasser est toujours dans une culture du double ou triple sens. Il y a un amusement et, dans le texte, une certaine crudité, une énormité des personnages, une démesure des excès langagiers. On pense à Copy ou à Alfred Jarry. Sa pièce est un objet théâtral pas du tout dans l'air du temps, pas du tout sombre, mais drôlissime. A 26 ans, elle a déjà une langue à elle. Une voix.
Du 30 janvier au 9 février au Théâtre du Point du Jour, 04 78 150 180
Florence Roux |