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La noirceur de Carine Pauchon, metteuse en scène de la compagnie In Time, est à chercher dans son chignon imparfait et, par la grâce d'un châle, dans sa gestuelle précieuse. Il faut bien constater que la jeune femme pétillante, même assise en face de moi dans un bistrot de la rue Auguste-Comte, semble toujours en mouvement. Sa parole s'accompagne même aujourd'hui de citations, parfois involontaires, dans la LSF : la langue des signes française. Ainsi, lorsqu'elle évoque la rencontre de 2 personnes rapproche-t-elle d'instinct ses index… Elle apprend inlassablement ce langage qu'elle montre sur scène dans des spectacles bilingues : c'est-à-dire qu'ils sont aussi bien accessibles au public sourd qu'à l'entendant. Sa prochaine création est une collaboration avec l'écrivain Frédérick Houdaer, Exhibition(s). Questions à Carine Pauchon.
Frédérick Houdaer a écrit un texte très vif, qui interroge l'art, par exemple, l'œuvre visible, l'invisible… Dites-nous un peu comment les personnages de la pièce se trouvent, au début de leur visite du musée, face à un mur ?
L'idée de l'architecte et scénographe du musée d'Art moderne de Saint-Étienne, Rénot, était que le musée entre dans la ville. Il a donc construit un chemin pavé qui entre dedans, bordé de colonnes carrelées. Puis il a monté un mur, carrelé lui aussi, une œuvre en soi, autour duquel a été imaginé le bâtiment. Mais un directeur, sans que l'on sache pourquoi, a eu l'idée incongrue de cacher ce mur… par un autre mur ! Une telle histoire, avouez que c'est une aubaine ! Les histoires d'Exhibition(s) sont imaginées à partir d'anecdotes qui nous ont été racontées lors de petits déjeuners-rencontres avec le personnel du musée, comme celle du ministre dont l'hélicoptère ne peut pas se poser sur la pelouse en face du musée parce que de jeunes garçons jouent au foot et que, non, c'est leur terrain de jeu, ils n'en bougeront pas. Le ministre a dû aller jusqu'à Lyon !
Comment vous est venue cette idée de résidence dans un musée ?
Il s'agit d'une commande du musée d'Art moderne de Saint-Étienne. Je connais très bien cette ville où j'ai été étudiante aux Beaux-Arts, j'y ai dansé, joué… Je connais tout le monde, à force ! Pour ses 20 ans, le musée a voulu organiser une résidence d'artistes pluridisciplinaires, il m'a contactée. Avec Frédérick Houdaer nous sommes restés un mois dans les murs du musée, nous avons rencontré les 58 salariés, vu l'ensemble des collections. Nous avons passé beaucoup de temps aussi dans le tram, dans les rues de Saint-Étienne, où nous nous sommes d'ailleurs sentis très bien.
Exhibition(s) comme tous les spectacles de In Time sont bilingues… Comment cela se passe sur scène, est-ce que tout est traduit ?
Je crois que le mot "traduction" pourrait froisser nombre de sourds. Je préfère dire que mes spectacles sont bilingues. L'acteur sourd signera et, en direct, je ferai sa voix off. Quant à la comédienne entendante, ses propos seront repris par le chœur en LSF. Comme tout parcours artistique, le mien est jalonné de rencontres décisives. Assez vite, par exemple, j'ai fait la connaissance du comédien sourd Antony Guillon, qui est d'une famille sourde depuis 3 générations : autant dire qu'il est de culture sourde ! Car oui, il faut savoir que c'est une culture, dont les sourds ne voudraient surtout pas qu'on dise qu'elle est opprimée, mais enfin elle continue toujours à lutter pour se faire sa place.
Exhibition(s) : les 9, 14 et 23 décembre et le 13 janvier
au musée d'Art moderne de Saint-Étienne Métropole,
04 77 79 52 42
Empty : le 3 décembre à l'ENS de Lyon, 04 72 72 80 00
Projet Léon - Laboratoire d'acteur : le 27 décembre
et le 27 janvier au Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, 04 74 53 74 01
Étienne Faye |